La guitare “National Steel” de Mark Knopfler

Tous les guitar-heroes ont leur guitare fétiche, parfois aussi connue qu’eux. Mark Knopfler est surtout associé à sa Stratocaster rouge, mais il a également largement contribué à la renommée de la guitare “National”, rendue célèbre notamment par la pochette de l’album de Dire Straits Brothers in arms. Revue de détail de cet instrument pas comme les autres.

Mark-Knopfler-Guitare-National

Sommaire

Des guitares nées dans les années 20

Les guitares “à résonateur” sont nées à la fin des années 20. Ce procédé était destiné à amplifier acoustiquement le son des guitares pour qu’elle deviennent audibles au sein des big-bands de jazz, dont les cuivres couvraient les autres instruments. Trois systèmes de résonateurs ont vu le jour :

  1. Le système “tricone”, créé par la société “National String Instrument Corporation”
  2. le système “spider”, associé aux guitares “Dobro” (marque propriétaire de Gibson)
  3. le système “biscuit”

Pour faire simple, la principale différence entre les guitares Dobro et les guitares National est que les Dobro mélangent bois et acier, alors que les National sont entièrement en acier (sauf le manche bien entendu). Plus de précisions dans cet article Wikipédia.

A gauche, système tricone – A droite, système spider © Wikipedia

Par la suite, Dobro a racheté National, ce qui a contribué à la confusion entre les deux, et le terme “Dobro” est devenu un nom commun désignant de manière générale les guitares à résonateur, par abus de langage (tout comme karcher, frigidaire, klaxon, mobylette, etc…).

Le blues et la musique hawaïenne

Ces instruments ont très vite été adoptés par les bluesmen, leur permettant ainsi de jouer à fort volume, avant la démocratisation de l’amplification électrique (qui bien que déjà existante dans les années 30, ne se répandra véritablement qu’une décennie plus tard).

Ce son métallique, un peu “casserole”, s’accommodait parfaitement au jeu en slide de beaucoup de bluesmen. On peut citer notamment Bukka White (de son vrai nom Booker White), Son House, Peetie Wheatstraw, John Dee Holeman, et bien d’autres.

De gauche à droite et de haut en bas : Bukka White, Son House, Peetie Wheatstraw, John Dee Holeman

Du fait d’être fréquemment jouées au bottleneck, ces guitares sont très souvent accordées en Open Tuning (accord ouverts). Le jeu en slide est d’ailleurs issu d’une tradition musicale hawaïenne, ce qui explique que les guitares à résonateur ont aussi baigné dans ce style, et que certaines décorations gravées sur les corps de ces guitares représentent des décors avec palmiers et canoés.

Au carrefour de ces 2 styles, Bob Brozman a des années plus tard revisité cette musique d’avant-guerre et est devenu LE spécialiste des guitares à résonateur, et plus particulièrement de la marque National, dont il a été un grand collectionneur. Son encyclopédie The History & Artistry of National Resonator Instruments publiée en 1993, fait, encore aujourd’hui, autorité dans le domaine.

Un tout petit aperçu de l’impresionnante collection de Bob Brozman et la couverture de son encylopédie, référence en la matière

Des guitares peu utilisées dans la pop et le rock

Alors que les guitares a résonateur ont été plébiscitées par nombre de bluesmen, elles se sont fait plus rares dans le rock et la pop des années 50 à 70. On compte quand même quelques exemples notoires :

Keith Richards / The Rolling Stones

Lors du concert des Rolling Stones au Madison Square Garden à New York en 1969 (ayant servi pour le live Get Yer ya-ya’s out!) Keith Richards joue une guitare National style O sur Prodigal son et You gotta move. Il a du la jouer sur toute cette tournée, comme on peut l’entendre sur cette version de Prodigal Son à Boston le 29 novembre 1969.

Keith Richards sur scène et backstage en 1969 © Eddie Kramer

Ray Davies / The Kinks

On peut entendre une guitare National sur le tube des Kinks : Lola. Et Ray Davies (l’oncle de Phil Palmer, pour les fans de Dire Straits) en utilise une pour ce playback lors de l’émission “Top of the Pops” à la BBC, en 1970 :

Rory Gallagher

Le guitariste irlandais, connu pour sa Stratocaster usée par le temps, était aussi un adepte du jeu (en slide ou non) sur guitare National. Bien que jouant au mediator, il pouvait avoir un style proche du fingerpicking

Les 2 guitares National de Mark Knopfler

A part ces rares exceptions, au début des seventies, alors que le hard, le glam, le folk, le prog vivent leurs heures de gloire, les guitares à résonateur ne sont pas vraiment à la mode, et se vendent pour une bouchée de pain.

La National Tricone de 1928

Photo extraite de la lithographie de 2002 (Merci à Jeroen van Tol)

C’est ainsi que Mark Knopfler, alors musicien pas encore célèbre, mais passionné par le blues et le hillbilly, achète sa première guitare National à une personne habitant au pays de Galles, en 1969.Il raconte avoir du louer une camionnette, parcouru plusieurs centaines de kilomètres, pour aller chercher cet instrument.C’est un modèle Tricone de 1928. Il l’a sans doute utilisée en studio sur Romeo and Juliet et Telegraph Road (voir la liste des chansons plus bas).

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Il l’a également montrée à la télévision en 1980, pour un playback de Romeo and Juliet :

C’est également cette guitare que Guy Fletcher arbore sur les pochettes de l’album et du single des Notting Hillbillies en 1990, tout simplement car il n’en possédait pas, à la différence des 3 autres musiciens du groupe.

Les pochettes de l’album et du single « Your own sweet way »

Deux autres prises de la session photo ayant servi pour les pochettes :

Sur ces photos, Mark est avec sa deuxième guitare National, la Style ‘O’.

Une photo de la même période montre Mark jouant sur le modèle tricone :

La National style ‘O’ de 1937

Peu de temps après, Mark fait l’acquisition de sa deuxième guitare National, auprès de son ami Steve Phillips avec qui il joue au sein des “Duolian String Pickers”.

A gauche, Mark au sein des « Duolian String Pickers » avec la Tricone

C’est la fameuse Style ‘O’, avec les motifs en pieds de poule, et les gravures de palmiers et scène hawaïenne, datant de 1937 :

La National Style O de Mark Knopfler (Merci à Kamel Chemeingui pour les photos)

Pour voir d’autres détails de cette guitare, cet article de Ingo Raven présente de nombreuses photos de sa propre National, datant de 1936, et similaire en tous points à celle de Mark Knopfler. Un autre article compare deux modèles, le sien de 1936 et un autre de 1932.Mark la décrit comme “difficile à jouer”, du fait de son action (distance entre les cordes et le manche) très haute. Il en parle dans le documentaire “Guitar Stories” diffusé sur la chaine anglaise Sky Arts en 2012 (cliquez ici pour voir l’émission complète) :

Lorsqu’il en fait l’acquisition au début des années 70, il ne le sait pas encore, mais l’image de cette guitare va devenir emblématique de son futur groupe Dire Straits.

Rendue célèbre par la pochette de Brothers in arms

En 1985, Dire Straits sort son 5ème album studio Brothers in arms. La guitare a déjà été utilisée sur tous les albums précédents (voir liste des chansons plus bas), elle a même été vue sur les 2 tournées précédentes (voir aussi plus bas), mais là, elle va figurer sur la pochette, au milieu de nuages, donnant un aspect irréel, la guitare semblant flotter dans les airs. La photo a été prise par Deborah Feingold. Guy Fletcher se souvient qu’elle a demandé à quelqu’un de tenir la guitare par la tête, pendant qu’elle la prenait en photo. Les personnes dans le studio étaient un peu circonspectes. Et puis quelques jours plus tard quand elle a présenté la composition picturale avec le ciel en fond, tout le monde a trouvé ça magnifique.

La pochette de l’album « Brothers in arms » © Deborah Feingold

Au dos de la pochette, la guitare est représentée, peinte par Thomas Steyer, avec des effets de couleurs :

Le dos de la pochette © Thomas Steyer

La guitare figure sur un seul titre de l’album : The man’s too strong (jouée au bottleneck).

Affiche de la campagne promo Philips, au moment de la sortie de l’album en 1985

C’est d’ailleurs un album phare des eighties, au son caractéristique de cette période, et qui a accompagné la promotion du nouveau support audio lancé par Phillips : le CD, ou compact disc. En France on appelait ça les disques lasers ! C’est donc assez surprenant de voir que l’image qui reste de ce disque est une vieille guitare des années 30 ! La musique préférée des yuppies des années 80, avec sax et synthés à profusion, représentée par la guitare symbolique du blues pendant la grande dépression de l’entre-deux-guerres…Une particularité propre au groupe Dire Straits, qui a toujours navigué entre influences musicales roots et image “so eighties”.

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Mark a posé pour de nombreuses couvertures de magazines avec cette guitare, à l’époque de la sortie de Brothers in arms :

Une autre pochette d’album du groupe a utilisé cette guitare comme emblème : il s’agit du Best-of Sultans of swing, sorti en 1998.

Le Best-of « Sultans of swing », sorti en 1998. A gauche le DVD, à droite l’édition limitée 2 CDs (dont un live de Mark Knopfler, du 23 mai 1996 au Royal Albert Hall)

Outre l’album des Notting Hillbillies sorti en 1990, déjà cité plus haut, la pochette du single What it is, extrait de l’album Sailing to Philadlphia, sorti en 2000, montre également Mark avec cette guitare :

Enfin, la pochette du Real Live Roadrunning, sorti en 2006, joue sur le côté duo Mark Knopfler et Emmylou Harris, en les représentant par leurs guitares :

La guitare est devenue tellement emblématique du groupe qu’elle a servi également pour des pochettes de bootlegs ou de disques divers comme la réédition de l’album de Brewers Droop, le groupe avec lequel Mark Knopfler a joué en 1973 :

L’album de Brewers Droop, et plusieurs pochettes de bootlegs de Dire Straits, reprenant l’image (plus ou moins fidèle) de la National

La réplique “Reissue” de 2006

A partir de 2006, Mark joue également en tournée sur une réplique fabriquée par National. Bien que parfaitement identique à l’originale, on la distingue par son aspect plus neuf et plus brillant.

La National Style « O » Reissue de 2006
(Merci à Jeroen Van Tol pour la photo)

Mark joue la National originale sur Romeo and Juliet et Telegraph road. Il joue la Reissue sur Done with Bonaparte, The fish and the bird, Haul away, Donkey Town… (voir liste des chansons en live plus bas).

Autres guitares similaires

Au cours de la carrière de Mark Knopfler, on a pu apercevoir d’autres guitares semblables à la célèbre National style O de la pochette de Brothers in arms, qui peuvent parfois prêter à confusion. Jeroen Van Tol les a recensées sur son site. Quelques exemples :

National Duolian “Hard Rock” (1933)

Cette guitare a appartenu au légendaire Bukka White (de son vrai nom Booker White), bluesman de référence, et que Mark a plusieurs fois cité en interview parmi ses influences. Les 2 photos ci-dessous semblent être de la période Communiqué, peut-être à Nassau en décembre 1978 :

Merci à Jeroen Van Tol pour les photos © Keith Perry

Mark a eu une nouvelle fois l’occasion de jouer sur cette guitare mythique, lorsqu’il a inauguré la filière “Musique” à l’Université de Newcastle (la ville où il a passé son enfance), le 4 septembre 2001 :

Cette guitare a également été jouée par Eric Bibb sur deux morceaux : Booker’s Guitar et Postcard from Booker, tiré de l’album Migration Blues.

National Style O de 1933

Merci à Jeroen Van Tol pour la photo

Mark a joué cette guitare lors des “Chet Atkins Musicians Days” à Nashville en juin 1998. La forme du corps est différente, et typique de l’année 1933.

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Beltona – Guitare électrique à résonateur

Mark a utilisé cette guitare avec les Notting Hillbillies en 1998 et 1999, en 2002 pour les concerts “Mark Knopfler & friends” et enfin en 2012 avec Steve Phillips.

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National Tricone de Richard Bennett

Merci à Jeroen Van Tol pour la photo

Sur plusieurs morceaux, que ce soit en live ou en studio (All that matters, Belle Star, et peut-être aussi Old Pigweed, In the heartland…) Richard Bennett joue en slide sur une guitare National Tricone, mais il s’agit de la sienne. Elle possède un manche beaucoup plus large (“square neck”), qui ne peut être joué qu’à plat sur les genoux (“lap steel”). Richard Bennett joue également de cette façon, et avec cette guitare, lors des “Meet & greet”

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Mini-Martin en accordage “Terz”

On peut entendre cette guitare notamment sur Remembrance day. Il s’agit d’un accordage spécifique avec les notes plus haut, ce qui donne ce son un peu métallique mais pas vraiment, à mi-chemin entre le ukulélé et la guitare. Cela produit une sonorité qui se rapproche très légèrement de la National, et qui pouvait laisser croire que cette dernière figurait par exemple sur le morceau River Towns, mais ce n’est pas le cas.

Mark pendant la session d’enregistrement de « Remembrance day » (Merci à Jeroen Van Tol pour la photo)

Liste des chansons jouées sur la National en studio

La particularité de cette guitare est qu’elle figure sur tous les albums de Dire Straits, et sur quasiment tous les albums solo de Mark Knopfler.

Nota Bene : pour plus d’informations sur les guitares utilisées par Mark Knopfler sur toutes les chansons de sa discographie, consultez la page “Gear on all songs” que j’ai eu le plaisir de co-rédiger sur le blog d‘Ingo Raven.

Avant le Premier album

Il est intéressant de noter qu’à l’origine,Sultans of swing a été composé par Mark sur la National, en open tuning. Non satisfait de cet arrangement, il a ensuite retravaillé le morceau sur sa Stratocaster, trouvant ainsi ce fameux riff qui allait faire le tour du monde et lancer le groupe. Il l’explique dans cet extrait du documentaire “Guitar Stories” (cliquez ici pour voir l’émission complète) :

Premier album

  • Water of love : Jouée en slide (bottleneck). En live c’est la Telecaster Thinline (appartenant à David) qui la remplace.
  • Wild west end : partie rythmique, jouée par Mark (David joue les accords égrenés sur l’autre canal). En live durant les années 78-79, c’est David qui joue la partie rythmique, sur la Telecaster Thinline. De même sur le clip vidéo, où il mime bien évidemment. Sur la tournée 1980, Hal Lindes joue la partie rythmique sur électrique. A noter que Mark rejouera cette partie sur la National, lors de la tournée Brothers in arms, en 1985, tandis que Jack Sonni prendra le lead, et même un long solo à la fin (voir plus bas).

A noter également que ces deux morceaux sont joués de la même façon avec la National dès les demos enregistrées en juillet 1977 :

Communiqué

  • Portobello Belle : une seule guitare sur ce morceau. En live, Mark a surtout joué ce morceau sur électrique, sauf à de rares exceptions, en 1982, 1991 et 1996 où il a ressorti la National (voir plus bas, ou cliquer sur les années).
Mark à Nassau, durant les sessions d’enregistrement de « Communiqué« , en décembre 1978 (Merci à Kamel Chemeingui pour les photos, celle du milieu figure dans le livre de Michael Oldfield, paru en 1984)

Bob Dylan – Slow train coming

  • Do right to me baby (do unto others) : rythmique typique du jeu en fingerpicking de Mark

Plus d’infos sur le matériel utilisé par Mark sur cet album dans cet article d’Ingo Raven

Making movies

  • Romeo and Juliet : les arpèges célèbres de la chanson (que certains trouvent ressemblant avec l’intro piano de Jungleland de Bruce Springsteen, la présence de Roy Bittan aux claviers sur tout l’album, pouvant éventuellement expliquer une influence inconsciente). Sachant que Mark a utilisé la Tricone pour un playback télé de la chanson, on peut supposer que c’est ce modèle qu’il aurait utilisé en studio, sans aucune certitude bien entendu. Mais s’il avait utilisé la Style O, pourquoi aurait-il tenu à montrer la Tricone lors d’une simple apparition télé, alors qu’il ne l’a jamais ressortie en public par la suite, hormis une photo backstage avec les Notting Hillbillies (voir plus haut).

Love over gold

  • Telegraph road : l’introduction en arpèges, puis tout le long du morceau. On entend résonner ses harmoniques particulièrement à 7:29 . C’est le modèle Tricone utilisé ici.

Brothers in arms

  • The man’s too strong : les parties lead au bottleneck. La partie acoustique (au mediator) est jouée sur une Ovation Adamas. En concert, Mark ne jouera que cette partie. La National termine le morceau en beauté par un magnifique arpège égrené.
Photos promo pour la sortie de « Brothers in arms ». Les 2 premières sont tirées du recueil de partitions de l’album pour piano

The Notting Hillibillies

il est assez cocasse de noter qu’aucun morceau de cet album ne contient de guitare National, alors que les musiciens les exhibent fièrement sur la pochette ! Les parties qui sonnent comme telles (That’s where I belong, Weapon of prayer) sont jouées au Pedabro par Paul Franklin.

De gauche à droite : Les trois National de Brendan Crocker (1936), puis Mark Knopfler (1937), et Steve Phillips (1935).
(Merci à Jeroen Van Tol pour la photo)

On every street

Les autres parties qui sonnent comme telles (You and your friend, Iron hand, How long) sont jouées au Pedabro par Paul Franklin.

Golden heart

A noter que Sonny Landreth joue en slide sur une guitare à résonateur sur Je suis désolé

Wag the dog – B.O. du film “Des hommes d’influence”

  • In the heartland : mélodie-arpèges. Les phrases en slide pourraient être jouées par Richard Bennett en lap steel sur son modèle Tricone.
  • Drooling national : un morceau qui porte bien son titre. Fingerpicking typique du style swing-bluegrass d’avant-guerre

Sailing to Philadephia

  • Junkie doll : ryhtmique sur le canal gauche. Ne pas confondre avec la mandoline sur le canal droit. En live c’est Richard Bennett qui joue sur la guitare de Mark (voir plus bas)
Photo promo pour l’album « Sailing to Philadelphia » (2000)

The Ragpicker’s dream

A priori, pas de National sur cet album. Richard Bennett joue sa National Tricone en lap steel sur Old pigweed


Shangri-La

A priori, pas de National sur cet album. Richard Bennett joue sa National en lap steel sur All that matters et Stand up guy


All the roadrunning

Richard Bennett joue sa National en lap steel sur Belle Star


Kill to get crimson

Mark Knopfler et Joan Armatrading pour une émission à la BBC en 2009

Get lucky

A priori, pas de National sur cet album. Sur le bonus track Pulling Down The Ride, on entend une partie en slide qui pourrait être Richard Bennett sur sa lap steel, mais qui pourrait être aussi Mark Knopfler sur sa National ?


Privateering

Tracker

A priori, pas de National sur cet album. Aucune photo en studio ne montre la National

A noter que sur cet album figure une guitare folk Mini-Martin en accordage »Terz« , tout comme elle figurait sur l’album Get lucky (notamment le morceau Remembrance day). Il s’agit d’un accordage spécifique avec les notes plus haut, ce qui donne ce son un peu métallique mais pas vraiment, à mi-chemin entre le ukulélé et la guitare. Cela produit une sonorité qui se rapproche très légèrement de la National, et qui pouvait laisser croire que cette dernière figurait sur River Towns, mais ce n’est pas le cas.

Down the road wherever

Mark en studio en 2017 ou 2018

Pas de National sur la version standard de l’album. Mais on l’entend sur le bonus track Sky and water. On avait en effet pu voir une photo des sessions en studio avec Mark sur cette guitare :

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De plus, il a posé avec ce qui semble être la Reissue sur les photos promo :

Photos promo pour la sortie de « Down the road wherever »

La guitare National lors des tournées

Note générale : Mis à part une exception en 1980 pour une apparition télé, la Tricone n’est jamais partie en tournée. On ne parle donc ici que du modèle Style O.

Tournées 1978 et 1979

Pour les premières tournées en 1978 et 1979, Mark n’utilise pas la guitare National. C’est la Telecaster Thinline de David qui sert pour la partie de slide sur Water of love et la partie rythmique sur Wild west end. Un doute subsiste sur le fait de savoir si Mark aurait joué Wild west end sur la National aux tous débuts de Dire Straits. En effet, dans le livre de Michael Oldfield, paru en 1984, le passage décrivant le premier concert du groupe (encore sous le nom des Café Racers, en juillet 1977, derrière Farrer House) raconte :

Les Racers jouèrent à peu près une demie-heure, devant Squeeze (…) Les délices de “Wild west end” avec Mark à la guitare National Steel, passèrent au-dessus de la plupart des têtes (…)

De plus, sur cette photo de ce fameux premier concert, on peut apercevoir la National sur la gauche de la scène, à côté de David. On peut donc supposer qu’ils aient eu l’idée de l’utiliser en concert, puis que cette idée ait été abandonnée par la suite, car aucune des vidéos de l’époque (Chorus, Rockpalast…) ne montre la National sur scène.

Le tout premier concert de Dire Straits, encore sous le nom des Café Racers, en juillet 1977, derrière Farrer House (Merci à Jeroen Van Tol pour la photo)

Tournée On Location 1980-1981

Mark joue la National sur Romeo and Juliet. Il est intéressant de noter qu’il aurait pu également l’utiliser sur Wild west end jouée au début de la tournée (automne 1980), mais il garde l’électrique pour jouer le lead.

Mark en concert à Werchter (Belgique), le 5 juillet 1981

Tournée Love over gold 1982-1983

Il joue naturellement la National sur Romeo and Juliet, et sur l’intro de Telegraph road comme on peut le voir sur la vidéo d’Alchemy. Mais plus rare, on peut entendre la guitare sur les premières versions de Portobello Belle au début de la tournée à l’automne 1982 (particulièrement vers 2:06) :

Le morceau va considérablement évoluer dans les mois suivants, avec solo électrique en duo avec le saxophone, et final lié à l’intro de Tunnel of love. La National est alors abandonnée au profit d’une Stratocaster noire.

Tournée Brothers in arms 1985-1986

Il joue naturellement la National sur Romeo and Juliet, comme on peut le voir sur la vidéo de Sydney. Mais il l’utilise également sur Wild west end, rejouant ainsi la partie rythmique originale, tandis que Jack Sonni prend le lead, et même un long solo à la fin (Mark s’éclipsant pour aller changer de guitare et s’équiper avec la Stratocaster Shecter sunburst pour revenir jouer Tunnel of love).

The man’s too strong est joué sur l’Ovation Adamas, et ne comprend que la partie rythmique au mediator, et pas la partie slide de la version studio. Telegraph road n’a été joué que sur la période 1986 en Australie et Nouvelle Zélande. Le seul enregistrement connu de cette tournée est celui de Christchurch du 7 mars 1986. On peut supposer qu’il joue la National sur l’intro comme d’habitude.

Concert pour Mandela 11 juin 1988

Mark joue naturellement la National sur Romeo and Juliet. Particularité de ce concert, la guitare est équipée de 2 micros, comme nous l’explique Ingo Raven dans cet article.

Tournée On every street 1991-1992

Mark joue naturellement la National sur Romeo and Juliet.

Mais nouveauté : sur Telegraph road, il garde la National pendant les 2 premiers couplets, le premier solo étant joué au saxo. C’est pendant le pont, durant le passage calme au piano, que Mark va changer de guitare et prendre la Pensa-Suhr MKI pour le reste du morceau.

Avant de s’éclipser, il utilise les réflexions du corps métallique pour jouer avec les lumières, en la brandissant verticalement. L’occasion sur la photo de gauche d’admirer le dos, magnifiquement gravé de la guitare.

Les débuts de la tournée On every street ont connu des set-list changeantes, et lors des premiers concerts à Dublin, fin août 1991 (avant même que l’album ne soit sorti !), le groupe a joué Portobello Belle (qui a priori n’a été rejouée qu’une autre fois durant la tournée, à Grenoble, le 22 avril 1992). Ici plus du tout les envolées épiques de 1983, mais un retour à un rythme plus lent, une intro au saxo, et une coda à la Pedal Steel, jouée par Paul Franklin. Sur cette vidéo amateur, malgré la piètre qualité, on reconnait la National dans les mains de Mark Knopfler :

Tournée Golden heart 1996

Mark joue naturellement la National sur Romeo and Juliet et sur Done with Bonaparte, comme sur l’album. De même sur l’intro de Telegraph road qui reprend sa mouture originale. Il l’utilise également sur A night in summer long ago au cours de la tournée, mais fait étrange, il joue ce morceau avec sa Telecaster blonde de 1954 sur A night in London. Enfin, il joue Portobello Belle pour quelques concerts seulement, et avec la National :

Tournée Sailing to Philadelphia 2001

Mark joue naturellement la National sur Romeo and Juliet et Done with Bonaparte. De même sur l’intro de Telegraph road toujours en version “classique” (c’est-à-dire avec guitare électrique dès le premier couplet). Richard Bennett l’utilise sur Junkie Doll (visible à 2:15 sur la vidéo).

Photo tirée d’un magazine japonais listant toutes les guitares de la tournée (Merci à Jeroen van Tol)

Mais le plus notable sur cette tournée est l’intro du célèbre Money for Nothing : la National retrouve son statut de guitare blues destinée au slide comme avant-guerre. Mark débute en effet le tube de Dire Straits par un arrangement typique “Deep south delta”, en ternaire, et au bottleneck, avec voix caverneuse. Avant que Chad Cromwell ne fasse rugir ses fûts, et que Mark ne revienne avec sa Les Paul 58 pour délivrer le riff mythique :

Concerts 2002 “Mark Knopfler & Friends”

Mark joue naturellement la National sur Romeo and Juliet. (Cliquez ici pour voir le concert complet)

Tournée Shangri-La 2005

Mark joue naturellement la National sur Romeo and Juliet et Done with Bonaparte. De même sur l’intro de Telegraph road toujours en version “classique” (c’est-à-dire avec guitare électrique dès le premier couplet)

Sur All that matters, Richard joue en slide sur sa guitare National Tricone :

Tournée All the Roadrunning 2006

A partir de 2006, Mark joue également sur une réplique fabriquée par National. Bien que parfaitement identique à l’originale, on la distingue par son aspect plus neuf et plus brillant. Mark joue la National originale sur Romeo and Juliet et la Reissue sur Done with Bonaparte.

Sur All that matters, Richard joue en slide sur sa guitare National Tricone.

Mark joue également la National sur Donkey town, comme sur l’album. Ce morceau n’a été joué qu’au début de la tournée, et ne figure pas sur le live officiel Real Live Raodrunning. Il semble que ce soit la Reissue.

Concert Boothbay, 20 septembre 2006

Ce concert de charité (cliquez ici pour le voir en entier) à la particularité d’être en formation “acoustique”, sans batterie.

Mark joue naturellement la National sur Done with Bonaparte et Romeo and Juliet. Fait notoire, c’est la seule version de cette chanson où Mark ne joue pas le solo de fin, qui est ici assuré par Richard Bennett :

Sur All that matters, Richard joue en slide sur sa guitare National Tricone. Au début de cette vidéo, on peut voir Richard prendre la guitare.

Tournée promo Kill to get crimson 2007

Mark joue naturellement la National sur Done with Bonaparte. Il serait logique que ce soit la reissue, mais l’éclairage sur la scène ne permet pas toujours de l’assurer avec certitude.

Tournée Kill to get crimson 2008

Mark joue naturellement la National originale sur Romeo and Juliet. Il joue la reissue sur The fish and the bird.

Telegraph road reprend une forme similaire à la tournée 1991-1992 : Mark conserve la National (originale) sur le premier couplet (le solo n’étant joué qu’au piano), et ne change pour la Pensa que sur le pont. A noter qu’un écran circulaire situé derrière la scène projette une image de la partie centrale de la guitare National :

Tournée promo Get Lucky 2009

Lors du concert “Prince Trust” du 09/09/2009 (!), Mark explique pour plusieurs chansons comment lui sont venues les idées de mélodies.Il raconte notamment la naissance de l’intro de Romeo and Juliet, liée à l’accordage en open tuning, et nous montre le dos magnifiquement gravé de la guitare :

Tournée Get Lucky 2010

Mark joue naturellement la National originale sur Romeo and Juliet. Il joue la reissue sur The fish and the bird. Quant à Telegraph road, le morceau reste dans la même version que sur la tournée précédente.

A night in summer long ago a été jouée à Paris. Il s’agit apparemment de la Reissue :

Tournée avec Bob Dylan 2011-2012

Mark joue naturellement la National (il semble que seule la Reissue ai été emmenée pour cette tournée) sur Done with Bonaparte et A night in summer long ago.

Il joue également Haul away qui a l’époque est une chanson inédite pour le public :

Tournée Privateering 2013

Mark joue naturellement la National originale sur Romeo and Juliet et Telegraph road, qui reste dans la même version que sur la tournée précédente. Il joue la Reissue sur Haul away.

Tournée Tracker 2015

Mark joue naturellement la National originale sur Romeo and Juliet et Telegraph road, qui reste dans la même version que sur la tournée précédente. Il joue la Reissue sur Haul away.

A noter que Haul away a été jouée sur une guitare acoustique folk en 2016 :

De même, Romeo and Juliet a été jouée sur une autre guitare que la National, récemment, pour l’émission “Piano Room” sur la BBC radio 2. Il s’agit d’une Beard Deco Phone Model 27, qui lui a été offerte par le réputé Jerry Douglas.

Ce n’était d’ailleurs pas la première fois que Mark jouait ce morceau sur une autre guitare que la National. Il l’a joué également sur une acoustique folk en 2000 pendant la promo de Sailing To Philadelphia. On ne trouve pas de vidéo sur YouTube, mais il s’agit du Show de Craig Kilborn du 29-11-2000, présente sur différents bootlegs du 2000 promo tour.

Verra-t-on à nouveau la guitare National sur la prochaine tournée à venir en 2019 ? On peut espérer que oui, sans trop prendre de risques, tant cette guitare unique et iconique a accompagné la carrière entière de Mark Knopfler.

Les années ont passé, mais la guitare National est toujours là

Sources

© Jean-François Convert – Janvier 2019

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