Il y a 20 ans, Mark Knopfler jouait à Lyon

Le 27 juin 2001, j’allais voir mon idole en concert pour la troisième fois.

Un concert « spoilé »

Juin 2001. Je viens d’avoir 30 ans. Je suis papa pour la deuxième fois depuis 6 mois, et on est en plein déménagement. Ce concert est donc une petite pause au milieu des travaux de peinture qui durent depuis 2 semaines. Je me souviens que c’est aussi le mois où je commence à acheter des bootlegs en CDs, après en avoir eu sur cassettes pendant des années. Bref, je baigne dans la musique de Mark, comme d’habitude, rien de nouveau. Et l’album qui tourne en boucle à cette période, est bien sûr son dernier, Sailing to Philadelphia, sorti 10 mois auparavant.

A l’époque, il n’y a pas de réseaux sociaux, on est encore dans le Web 1.0, je sais ça fait bizarre de l’écrire. Le forum de fans de Mark Knopfler A Mark in time n’existe pas (créé en 2008), et tous les aficionados de sa musique à travers le globe se retrouvent sur MK News pour discuter. Géré par Terry Kilburn, ce site est le pendant de markknopfler.com, à la différence qu’il possède un forum (vous savez cet ancêtre de discussion avant Facebook) où l’on échange de sujets divers et variés.

Le forum MK News aujourd’hui © Mark Knopfler News 2021

Mais en ce mois de juin 2001, tous les « threads » du forum tournent autour de la tournée de Mark qui a débuté le 27 mars à Mexico. Une tournée mondiale pour promouvoir son dernier album Sailing to Philadelphia, qui passe par l’Amérique du Sud, puis l’Amérique du nord et le Canada, avant de traverser l’Atlantique et de parcourir l’Europe. C’est la première tournée pour laquelle le claviériste Guy Fletcher rédige et publie un journal sur son site. Il gardera cette habitude à chaque nouvelle tournée de Mark Knopfler. En France, David Perbal créé le site local-hero qui répertorie tous les concerts et collecte les photos, vidéos et impressions du public. Travail de titan, renouvelé là aussi à chaque nouvelle tournée. (► le site d’origine)

Ainsi, même sans réseaux sociaux, les infos circulent vite et deviennent rapidement publiques. Ce n’est que sur les tournées suivantes que se prendra l’habitude d’indiquer « spoiler alert ! » dans le titre du thread sur le forum. Mais pour ce STP Tour c’est open bar : les setlists de chaque soir sont même carrément postées par Terry Kilburn sur le site officiel ! Et quand on a pris l’habitude d’aller consulter MK News quotidiennement, et bien on ne peut que tomber dessus !

C’est comme ça que j’ai connu la setlist qui m’attendait pour ce concert. Et aujourd’hui encore, je regrette de l’avoir su, car j’aurais aimé avoir la surprise en live de morceaux auxquels je ne m’attendais pas. Mais tant pis, on ne refait pas l’histoire. Direction la Halle Tony Garnier pour un concert de haut niveau sur le plan musical.

© Denys Legros

Deux nouveaux musiciens

Pour cette tournée, Mark reprend les musiciens qui l’ont accompagné en 1996, à l’exception de Jim Cox qui ne peut plus prendre l’avion à cause d’un problème de santé aux oreilles. Il est remplacé par Geraint Watkins, au CV impressionnant (Nick Lowe, Dave Edmunds, Van Morrison, Paul McCartney…) mais qui reste discret dans son apport musical.

Et un troisième guitariste se joint à l’aventure : Mike Henderson (qui joue déjà dans l’album Sailing to Philadelphia : mandoline sur Junkie doll). A l’inverse de Watkins, lui va prendre les feux de la rampe à plusieurs reprises. D’un naturel scénique spontané et parfois un poil envahissant (on pense à Jack Sonni), c’est tout juste s’il ne vole pas la vedette à Mark sur plusieurs morceaux : solo bruyant sur Calling Elvis, harmonica puis guitare slide sur Walk of life, sonorité country-rock, sur Who’s your baby now, premier solo sur Baloney again, wah-wah sur Wag the dog… Et en plus il est multi-instrumentiste : violon sur What it is et Done with Bonaparte, harmonica à nouveau sur Pyroman, mandoline sur Junkie Doll... Son Stetson vissé sur la tête, il est le cow-boy du groupe et lui donne une couleur blues-rock texan qui convient bien à une partie du répertoire, mais pas à toutes les chansons.

Geraint Watkins à l’accordéon, Mike Henderson à la Telecaster slide, Mark, et Glenn Worf, durant le final de Walk of life

La Setlist

  1. Calling Elvis
  2. Walk of life
  3. What it is
  4. Romeo and Juliet
  5. Sultans of swing
  6. Done with Bonaparte
  7. Who’s your baby now
  8. Baloney again
  9. Wag the dog
  10. Junkie doll
  11. Pyroman
  12. Speedway at Nazareth
  13. Telegraph road
  14. Brothers in arms
  15. Money for nothing
  16. So far away
  17. Wild theme

Plusieurs surprises (ou nouveautés) dans cette setlist :

  • ouvrir à nouveau le concert par Calling Elvis, comme sur la dernière tournée de Dire Straits en 91-92 est une idée rarement reprise. Seuls trois morceaux dans la carrière de Mark Knopfler ont eu l’honneur d’ouvrir deux tournées (je ne compte pas 78 et 79 comme deux tournées « différentes ») : Once upon a time in the west en 80-81 et 82-83, Calling Elvis donc, en 91-92 et 2001, et enfin Why Aye man en 2005 et 2019.
  • Sultans of swing qui se retrouve pour la première fois « écourté » avec la suppression du breakdown, et un retour à la formule à 4, mais avec quand même un solo de fin plus long qu’en 78-79. Une sorte de mix à mi-chemin entre le pub-rock des débuts et l’extravagance des eighties et nineties.
  • What it is avec son intro sur le traditionnel Bonnie Banks O’Loch Lomond, et surtout le retour de la Stratocaster légendaire de 1961 ! Celle-là même que Mark a acheté en 1976, et avec laquelle il a fait les débuts de Dire Straits (ainsi que la deuxième, celle de 1962, et son manche à touche en érable).
Nîmes, 28/06/2001
  • Who’s your baby now offre une couleur plus rock que sur l’album, avec la Telecaster claquante de Mike Henderson. Mark ironise sur la « complexité « des paroles, surtout dans le refrain : « baby now, baby now, baby now »
  • Baloney again bénéficie de deux solos différents et aux styles et sonorités bien distinctes : Mike Henderson sur Silvertone (modèle de guitare que Mark adoptera plus tard) et Mark sur ES-335 (sans doute comme sur la version album)
  • Wag the dog : une découverte pour moi, car en 2001 je n’avais pas encore entendu la BO du film (sortie en 1998). Au début j’ai cru qu’il s’agissait du fameux morceau inédit dont tout le monde parlait depuis des semaines !
  • Junkie doll se prête bien au live et Mark délivre des solos sur la Les Paul 58 qui restent encore dans les oreilles, même 20 ans après
  • Enfin arrive le fameux « inédit » : Pyroman verse dans le riff gras et rugueux, avec solo de guitare de Richard Bennett et harmonica baveux de Mike Henderson, puis ritournelle au synthé de Guy Fletcher, avant le final grunge de Glenn Worf qui ne ménage pas sa basse…. la fameuse Pyrobass ! Chaque soir, le bassiste fait subir à son instrument des tortures dignes des Who… la basse finira la tournée complètement explosée, avec entre autres la tête fêlée, mais le corps signé par tous les membres du groupe, et elle sera vendue aux enchères pour une œuvre caritative.
  • A peine le temps de se remettre qu’on part pour plus de 7 min dans ce qui va devenir un des points d’orgue de chaque concert de Mark Knopfler depuis cette tournée : Speedway at Nazareth. Si le morceau était déjà en bonne place sur l’album, il va prendre une nouvelle dimension en live. Les 3 guitaristes débutent la chanson en acoustique, et pour le solo, ils vont chacun à leur tour aller récupérer une électrique pour faire monter crescendo jusqu’au final assourdissant. Une montée en puissance qui sera un peu moindre sur les tournées suivantes, Mark jouant dès le début sur électrique (et en plus avec un guitariste de moins).
  • Money for nothing trouve une seconde jeunesse avec cette excellente idée de l’intro façon delta blues, Mark jouant en slide sur la guitare National
Mark-Knopfler-Guitare-National
  • So far away fait son grand retour après quasiment 15 ans d’absence (si on excepte 2 concerts de la tournée 91-92, et un concert des Notting Hillbillies en 93). Le morceau va s’installer durablement dans la setlist pendant les 15 années suivantes…
  • Enfin, Wild theme voit à nouveau Mark rejouer sur sa Stratocaster de 1961. Mais c’est la dernière tournée où on la verra.

Pour le reste, on est en terrain connu : Walk of life, Romeo and Juliet, Done with Bonaparte, Telegraph road, et Brothers in arms sont impeccables, mais sans réelle « surprise ».

Les vidéos

La chaine YouTube BEST Knopfler LIVE propose le concert en deux versions : dans son intégralité (certains passages en audio uniquement) en une seule vidéo, et une playlist de 10 vidéos séparées.

concert complet (certains passages en audio uniquement) avec indexes
Playlist des vidéos

Un concert très bon sur le plan musical avec Mark Knopfler au mieux de sa forme à l’époque. Les Telegraph Road, Sultans of swing, Money for nothing… étaient encore de haute volée à cette période, et son jeu de guitare toujours de très haut niveau. Je garde juste une (très) légère déception d’avoir connu la setlist avant le concert, et de n’avoir pas complétement revécu l’émerveillement de la tournée 1996…. dont mon concert à Fourvière fêtera ses 25 ans le 9 juillet prochain… à suivre.

© Jean-François Convert – Juin 2021

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