Une « vraie » Stratocaster rouge

Dernière étape du projet de transformation de mes guitares : un modèle Stratocaster rouge, proche d’une réelle Fender.

Une guitare emblématique

Dès les premiers mois où j’ai commencé à écouter Dire Straits, j’ai rapidement été fasciné par cette guitare rouge et blanche arborée par Mark knopfler. Au début je ne saisissais pas toutes les subtiles différences entre Schecter et Fender, entre touche érable et touche palissandre, etc… Mais que ce soit dans la vidéo du live Alchemy ou l’émission Chorus de 1978, dans le clip de Sultans of swing ou sur les différentes photos de magazines que je prospectais, un élément commun revenait à chaque fois : ce rouge vif et éclatant, symbole iconique qui mettait la guitare au même rang qu’une Ferrari. « Dans le genre bolide californien », comme le dit Mark à 12:04 dans la vidéo ci-dessous :

Bien plus tard, en échangeant notamment avec Ingo Raven, j’ai appris à différencier les nombreux modèles que Mark Knopfler a utilisé au cours de sa carrière. Des deux premières Fender des débuts (1977-1980) jusqu’à la consécration du modèle signature de 2003, en passant par la période Schecter durant les années 1980 à 1992.

Hank Marvin des Shadows a reçu au début des années soixante la toute première Stratocaster importée en Grande-Bretagne. Et son modèle de couleur rouge est rapidement devenu le coloris de référence. Vénérant Marvin, Knopfler ne pouvait que jouer sur une Straocaster rouge.

« It had to be red »

Mark Knopfler

D’autres guitaristes comme Jimi Hendrix, Eric Clapton, David Gilmour, Gary Moore, Mike Oldfield, Chris Rea, Popa Chubby, Mike Rutherdord, Louis Bertignac, Stevie Ray Vaughan, et même Pete Townshend, ou plus récemment Kirk Fletcher, ont eu entre leurs mains une Stratocaster rouge à un moment donné. Et cette liste est bien loin d’être exhaustive.

Mon modèle Hondo

Alors forcément, tout comme Knopfler avait voulu la même guitare que son idole (il a d’abord dû se contenter d’une réplique Hofner Super Solid V2), ma première guitare électrique se devait d’être rouge. Mais comme l’acquisition d’une Fender était impossible pour le budget de l’époque, c’est sur une réplique Hondo (marque coréenne) que j’ai tenté mes premiers riffs et solos en 1991 (j’avais commencé mes premières gammes sur guitare acoustique fin 88).

Version d’origine

Le corps était plutôt bien imité. Le même pan coupé que sur une vraie strat, un rouge qui me paraissait vif à l’époque (j’ai vu plus tard qu’il était en réalité plus foncé en comparaison avec d’autres modèles), un sélecteur 5 positions, et un chevalet avec des pontets vintage. Mais deux éléments ne me convenaient pas car trop différents d’une vraie Fender : d’abord, la tige de vibrato n’avait pas l’embout blanc en plastique (certes un détail), mais surtout la tête du manche était droite et pointue, avec un énorme logo « Hondo » en jaune. Et puis bien sûr, le son des micros était à l’avenant d’une copie de premier prix.

Nouveau manche

La première modification que j’ai apportée à cette guitare (début 1993) a été d’y installer un manche Godin avec mécaniques autobloquantes Sperzel. Le toucher s’en trouvait radicalement amélioré, je récupérais une case de plus (22 frettes au lieu de 21), et le look donnait enfin à voir un aspect global comme une véritable Stratocaster, hormis la tige de vibrato et le détail de chez détail : la base du manche était droite comme sur une Telecaster et non arrondie comme sur une Stratocaster…

Et petit hic : le talon du manche Godin étant plus large que le Hondo, j’ai du agrandir l’embase du corps qui accueille le manche. De façon un peu grossière je dois bien l’avouer.

Nouveaux micros

Vers 1997, un ami guitariste avec qui je jouais (Michel si tu me lis) s’est acheté une Stratocaster Japon et y a fait installer des micros Texas Special. Il m’a donné les 3 micros Japon qui offraient un bien meilleur son que mes micros Hondo d’origine. Mais en voulant les incorporer à ma plaque, je me suis aperçu que les trous n’étaient pas au format standard de chez Fender. Les micros Japon n’ont pu passer qu’en enlevant les caches blancs. Cela donnait un nouveau look, qui rappelait un peu la Schecter de Mark en 1980 (bien que celle-ci avait un manche érable).

N.B. Sur la photo ci-dessus à gauche, on aperçoit ma toute première guitare classique, cadeau de noël 1988.

Retour du manche d’origine

Lorsqu’en 2006, j’ai pu acquérir une authentique Stratocaster américaine Fender, je n’avais plus vraiment de raisons d’utiliser ma Hondo qui forcément était moins bien à tous les niveaux (lutherie, toucher, son, électronique, justesse,…). J’ai ainsi revendu le manche Godin et remis le manche d’origine (avec donc la jointure limée apparente), et ma toute première guitare électrique a été remisée au placard, tandis que mon modèle American Standard devenait ma guitare principale et permanente.

La version finale

Quand j’ai eu l’idée il y a quelques mois de repartir à nouveau sur des modifications, j’ai fait appel au luthier Luis Henriques en lui soumettant l’ensemble du projet :

Et le résultat final ressemble bien à une « vraie Stratocaster ». Une « Parts O Caster » plus exactement, néologisme par lequel on désigne communément une guitare de type Stratocaster, montée à partir de plusieurs éléments disparates. Le fait que la tête ne comporte aucune marque pourrait aussi lui donner le nom de « Nocaster ». Mais ce terme est plutôt réservé aux premiers modèles Fender Telecaster qui ne portaient pas encore le nom, car les décalcomanies Telecaster n’étaient pas encore prêtes (plus de précisions à ce sujet sur Wikipedia).

La guitare comporte tout de même l’inscription Fender, sur la plaque de jointure du manche et sur les mécaniques, qui proviennent de la Strat noire (celle-ci étant dorénavant équipée d’une plaque et de mécaniques dorées). Et l’électronique (micros + sélecteur) ainsi que l’accastillage (chevalet, vibrato, mécaniques, potards) étant purs « Fender », on peut considérer que cette guitare en est quasiment une.

Luis a une fois de plus fait un travail d’orfèvre en rebouchant le trou vers la jointure corps-manche, et en élargissant les trous de la plaque Hondo originale pour y insérer les micros Fender. En effet, la plaque de la Strat noire ne s’adaptait pas parfaitement sur le corps de la Hondo. C’est dans ces cas-là qu’on s’aperçoit vraiment que les copies n’ont pas exactement les mêmes mesures que les originales de chez Fender.

Concernant le manche, il est mate avec un toucher différent du brillant présent sur la Strat noire devenue Sunburst. Il n’a pas de marque sur la tête, et il a visiblement été conçu comme les manches de Strats dans les années soixante : la tige a été insérée par le dessus, avant d’appliquer la touche, ce qui évite de creuser l’arrière du manche, et qui explique également qu’il n’y a pas de trait noir.

En effet, cette rayure foncée qu’on aperçoit sur les manches une pièce (comme c’est le cas sur ma Fender), mais également dorénavant sur tous les manches, même ceux avec une touche ajoutée, est destiné à masquer le trou accueillant la tige. Durant les sixties et début seventies, la tige était insérée par le dessus, et une touche était rajoutée, même quand il ‘s’agissait d’une touche érable. On peu le voir par exemple sur les deux Stratocasters de Jimi Hendrix fabriquées en 1968 (la blanche de Woodstock et la noire de Wight).

Vidéos

Pour l’occasion, j’ai même ressorti mon ampli Peavey ‘Express 112’ (60 Watts) que j’avais acheté quelques temps après la Hondo. Depuis plusieurs années, je joue sur le simulateur Vox ToneLab ST, mais là j’ai réuni à nouveau le combo guitare-ampli de mes débuts, avec cette fois une Strato grandement améliorée, en comparaison d’il y a 30 ans ! Les voisins ont dû être contents… 😁

Ampli seul

La guitare est branchée directement dans l’ampli, aucun effet entre les deux, ni à la prise de son au micro canon sur la caméra. Légère Reverb sur l’ampli, equalisation droite. ‘Bright’ enclenché

Canal ‘Normal Gain’

Canal ‘Lead Gain’

Saturation à moins de la moitié. Avec rajout du boost « Pull Gain » à partir de 2:23 dans la vidéo

‘Wild Theme’ (Canal ‘Normal Gain’)

Avec une Strat rouge, obligé de jouer un morceau de Dire Straits… Bon, j’ai fait plein de pains, mais pas le temps et la flemme de refaire 😁. De toute façon, c’est juste pour vous faire entendre le son hein, pas pour juger de mon niveau guitaristique plus qu’approximatif… 🥴

Simulateur, Backing Track, et Ampli

La guitare branchée à travers le Vox ToneLab ST et le TRIO+ Band Creator+Looper, puis dans l’ampli, sur le canal ‘Normal Gain’. Différents effets sur la guitare, et simulation d’ampli. Le mix général Drums-Bass-Loop + guitare sort sur l’ampli Peavy. Le son est toujours pris via le micro canon sur la caméra.

Blues

J’ai toujours aimé les bluesmen qui jouaient sur Strat. Et avec un overdrive type Tube Screamer, je trouve que la Strat peut largement rivaliser avec des Gibson dans ce style.

‘Sultans Of Swing’

S’il y a un morceau qu’on associe régulièrement à une Strato rouge en position milieu+chevalet c’est bien celui-ci. Et pourtant il a très vraisemblablement été enregistré sur une Strat finition naturelle et en position manche+milieu ! ► Plus d’explications dans ma chronique « à la loupe »

‘Six Blade Knife’

Impro sur les accords de cet autre morceau de Dire Straits qui figure sur le même (premier) album

‘Hey Joe’

Encore un autre morceau viscéralement lié à la Strat. Hendrix a joué sur une Strat rouge, notamment à Monterey, mais sur Hey Joe il avait encore le modèle noir, puis la guitare rouge n’est arrive qu’à la fin sur Wild Thing, et a fini de la manière légendaire qu’on connait. ► Ma chronique sur franceinfo culture (à l’époque culturebox)

À la différence des autres morceaux, le backing track de celui-ci a été réalisé en direct, de même que l’empilement des boucles

Au final, je me retrouve avec trois guitares électriques aux sonorités distinctes et complémentaires : une Custom avec un micro double, chose que je n’avais pas avant, une Strat avec des micros switchables entre simple et double bobine, et enfin une Strat « classique » avec ce look rouge iconique. « It had to be red », et je vais la tester dès ce soir en jam au King Arthur !

© Jean-François Convert – Juillet 2022

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4 commentaires sur “Une « vraie » Stratocaster rouge

  1. Étant l’heureux papa d’une authentique strat de 56 rouge obtenue par un hasard invraisemblable et pour un prix ridicule (qui fût noire autrefois). Je ne peux que être touché par cet article d’autant que je n’ai eu que des guitares rouges… La faute à Mark Knopfler.
    Je n’aurai jamais pensé me retrouver par jouer sur une authentique de ces bestioles un jour, ça c’est certain (même si elle a beaucoup, beaucoup, vécue…)

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    1. merci pour ce témoignage.
      56, donc manche érable une pièce je présume ?

  2. Je ne sais pas pourquoi Google actualités m’a proposé vos articles mais c’est un régal

    2
    1. Merci 🙂

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