L’album “Communiqué” de Dire Straits est sorti il y a 40 ans aujourd’hui

Le 15 juin 1979 apparaissait dans les bacs Communiqué, le deuxième album de Dire Straits, groupe alors en plein essor, avec le succès du premier album et surtout du single Sultans of swing. Mais ce disque ne connaîtra pas le même engouement que son prédécesseur et reste encore aujourd’hui le moins connu du grand public. Retour sur un petit bijou, mésestimé.

Les premières versions live des chansons en 1978

Un des premiers concerts de Dire Straits où l’on peut entendre un morceau de Communiqué est celui du 4 juillet 1978 à Birmingham au club “Barbarella’s”. Il s’agit de Portobello Belle dans une version inédite, puisque David Knopfler y joue du piano. On peut entendre Mark présenter la chanson et annoncer que David va assurer le piano car “il en a joué enfant”, à la fin du morceau précédent Water of love (à partir de 6:16) :

Au tout début du clip suivant, Mark dit “maybe on the next album” (“peut-être sur le prochain album”). A noter qu’il joue ici le morceau sur sa Stratocaster en accordage standard, à la différence de la version studio qui sera sur la guitare National

A l’automne 1978, Dire Straits a un peu plus d’un an d’existence, un premier album qui marche fort, porté par le single Sultans of swing qui cartonne, surtout en Europe. Le groupe enchaîne les concerts : après avoir écumé les salles moyennes d’Angleterre entre le printemps et l’été, le quatuor de Deptford sort des frontières et joue à l’émission Chorus le 14 octobre, avant de s’envoler pour Amsterdam, puis Hambourg, et la Belgique, où les concerts sont reprogrammés à la hâte dans des grandes salles, en raison d’une énorme demande de billets. Dire Straits commençait à devenir l’attraction du moment. Lors de cette tournée, de nouveaux morceaux voient le jour, ils apparaîtront ensuite sur l’album :

Once upon a time in the west (Rotterdam 19 octobre 1978)

Lady Writer (Rotterdam 19 octobre 1978)

Single handed sailor (Amsterdam 23 octobre 1978)

Follow me home (Amsterdam 23 octobre 1978)

On peut noter quelques différences par rapport aux futures versions studio (la plus notoire étant Follow me home, notamment dans le tempo), mais globalement l’ossature des morceaux est déjà bien en place.

La genèse de l’album : novembre 1978 – janvier 1979

A la fin de cette première tournée européenne (essentiellement anglaise), il est décidé d’enregistrer l’album suivant. Ce sera à Nassau, aux Bahamas (pour des raisons fiscales), et produit par Jerry Wexler et Barry Beckett, deux pointures des grandes années de la soul, et officiant aux célèbres studios Muscle Shoals, en Alabama (où sera mixé l’album). Avant de traverser l’atlantique fin novembre, le groupe enregistre entièrement l’album en demos, à Londres (sauf la chanson Communiqué, qui sera écrite aux Bahamas). C’est d’ailleurs Jerry Wexler qui blague à ce sujet pendant les sessions à Nassau :

“Vous avez fait l’album du premier coup.

Maintenant, on n’a plus qu’à le refaire”

Jerry Wexler

Jusqu’à aujourd’hui, seul le morceau Where Do You Think You’re Going? a émergé de ses sessions. Il est apparu en 1988 sur la compilation Money for nothing (dont le livret indique bien “Novembre 1978”) :

Il existe donc quelque part toutes les chansons de Communiqué (mis à part le morceau-titre), dans ces versions demo. Espérons qu’elles fassent surface un jour, à l’occasion d’une réédition spéciale, même si on sait bien que c’est le genre de chose dont se désintéresse totalement Mark Knopfler.

Après que Mark Knopfler et le manager Ed Bicknell soient passés aux studios Muscle Shoals pour finaliser le contrat (et qui donne lieu au passage à une session impromptue avec Mavis Staples), le groupe arrive donc aux Bahamas avec les chansons déjà prêtes, et n’a plus qu’à les enregistrer. L’ambiance est plutôt détendue comme le montrent les photos prises pendant ces semaines. Sur plusieurs, on voit Mark jouer sur sa guitare National, parfois avec un bottleneck. De fait, cette ambiance “exotique “ sous le soleil brûlant se ressent dans le son de l’album, doux et feutré.

Mark à Nassau, durant les sessions d’enregistrement de « Communiqué », en décembre 1978 (Merci à Kamel Chemeingui pour les photos, celle du milieu figure dans le livre de Michael Oldfield, paru en 1984)

L’intervention de Wexler et Beckett reste discrète, et aucun des deux ne cherche à infléchir le style musical. Pas de suggestion d’ajouter des Memphis Horns. La production reste au service des chansons de Knopfler, et Beckett joue simplement quelques claviers ci et là.

L’album est mixé en janvier aux studios Muscle Shoals, puis Dire Straits repart en tournée dès le mois suivant en commençant par l’Allemagne (notamment le très célèbre Rockpalast), suivi des Etats-Unis dans la foulée, pour un retour en Europe au mois de mai.

La tournée et la sortie de l’album : février – juin 1979

C’est lors du concert au Roxy à Los Angeles le 29 mars 1979, que Bob Dylan, présent dans l’assistance, vient proposer à Mark Knopfler et Pick Withers de venir jouer sur son album Slow train coming, qui se trouve être produit par le tandem Wexler-Beckett. Retrouvez tous les détails de cet album, sur cet article très complet d’Ingo Raven.

C’est au cours de cette même tournée que Mark est approché par Steely Dan pour enregistrer un morceau. Sa contribution, assez discrète (uniquement sur le canal droit, à ne pas confondre avec la guitare de Walter Becker bien plus présente), s’entend sur le titre Time Out Of Mind qui figure dans l’album Gaucho, sorti en 1980.

La pochette de l’album © Geoff Halpin / Vertigo / Mercury

Au mois de juin, l’album (dont le titre a failli être “News”) est prêt à sortir, mais la distribution américaine voudrait le retarder pour capitaliser sur le premier album qui, lui, n’est sorti qu’à l’automne 1978 aux Etats-Unis (à la différence de juin 1978 en Europe). Mais le groupe choisit de sortir Communiqué sans attendre, et de fait il ne va pas décoller sur le marché américain, en raison, entre autres, de la confusion avec le premier album, “récent” dans l’esprit du public. De plus il est descendu par les critiques outre-Atlantique, qui le jugent trop semblable à son prédécesseur. C’est le fameux “syndrome du deuxième album” : ne pas imiter le premier, sans trop s’en éloigner non plus…pas toujours facile.

Les photos à l’intérieur du disque © Peter Brill / Charlot Wising / Adrian Boot

Pourtant, même s’il est méconnu du grand public, Communiqué a souvent une place de choix parmi les fans du groupe. Écoutons chaque morceau, pour en découvrir la richesse et le raffinement.

L’album chanson par chanson

Un changement s’est opéré dans l’écriture de Mark Knopfler par rapport au premier album. Dans ce dernier, la plupart des textes étaient à la première personne et racontaient le vécu de l’auteur, notamment le fiasco de son premier mariage, ou ses souvenirs adolescence le long de la rivière Tyne. Dans Communiqué, il y a plus de récits à la troisième personne, une prise de recul et un détachement qui vont devenir la marque de fabrique du songwriter. Au cours d’interviews données pour la promotion de l’album, il s’est d’ailleurs exprimé sur le sujet en disant “Par moment, en réécoutant mes chansons, je me dis qu’elles n’ont rien à voir avec moi en tant que personne. En ce sens, j’aime bien être ‘divorcé de la chanson”. Mark Knopfler n’aura de cesse de reprendre ce discours au cours de sa carrière, avec son fameux adage “c’est la chanson qui commande, pas moi”, justifiant ainsi ses choix d’arrangements, la présence d’un solo ou non, par exemple.

“The song is king”

Mark Knopfler

A cette période, Mark joue essentiellement sur ses 2 Stratocasters de 1961 et 1962, et ce sont donc ces deux guitares que l’on entend sur l’album. D’après le spécialiste Ingo Raven, il semblerait que la Strat au manche érable de 1962 soit la guitare prépondérante sur ce disque. Question amplis, ils en empruntaient à Robert Palmer qui logeait dans le même hôtel. Bien que nous n’ayons pas d’autres précisions, les sonorités font clairement pencher vers des modèles Fender.

Le dos de la pochette avec les photos du groupe, et le logo à la Strato rouge, comme sur le premier album © Barry Schulz / Vertigo / Mercury

Tout comme sur le premier album, Mark est crédité “lead & rhythm guitars”, ce qui indique qu’il joue au moins une rythmique en plus des solos, David jouant la deuxième rythmique. Pour plus de précisions sur les parties de guitares, morceaux par morceaux, retrouvez le tableau que j’ai co-rédigé sur le site d’Ingo Raven.

Il est amusant de noter que John Illsley et David Knopfler sont cette fois crédités aux chœurs, alors qu’on ne les entend que sur 3 morceaux (Once upon a time in the west, Lady Writer et Angel of Mercy) tandis qu’ils chantaient sur quasiment tous les morceaux du premier album (sauf Six blade knife et Southbound again) et qu’il n’apparaissaient pas sur la pochette aux “vocals”.

Les claviers sont assurés par Barry Beckett, sous le pseudo “B. Bear”

Once upon a time in the west

Mark Knopfler a expliqué dans une interview (Guitar player septembre 1984) avoir écrit cette chanson en regardant le film de Sergio Leone, sans le son, et après avoir un peu bu… Musicalement, l’intro peut rappeler celle qui ouvrait le premier album avec Down to the waterline, de même que l’effet phaser sur la guitare de David (canal droit). La rythmique de Mark se trouve sur le canal gauche. Ce morceau ouvrira les concerts sur les deux tournées suivantes (80-81, et 82-83) et atteindra son apogée sur le live Alchemy. Depuis, il a fait son grand retour sur la tournée actuelle.

Mise à jour du 17/06/2019 : Il existe un clip de Once upon a time in the west, mais très peu connu et très peu diffusé (merci à Brunno Nunes pour cette info) :

News

Jerry Wexler insistait pour que ce titre soit celui de l’album. Mark tient bon face aux pressions et impose Communiqué. Inspirées par le fait divers d’un motocycliste tué dans un accident de la route, les paroles prendront une autre dimension en live lors de la tournée 80-81, quand Mark dédiera la chanson à Lennon en décembre 80, puis à Marley en juin 81.

Toujours la rythmique de Mark à gauche et celle de David à droite. Et l’intro jouée avec l’effet “violon” à la pédale de volume, typique du son Knopfler.

Durant la tournée 80-81, le morceau prendra de l’ampleur et une dimension épique, avec un final qui deviendra par la suite celui de Private investigations.

Where Do You Think You’re Going?

C’est le seul morceau de l’album qu’on connaisse en version demo (voir précédemment). Il comporte 4 guitares, dont 3 jouées par Mark. A noter l’arrivée d’un orgue sur le dernier couplet.

Cette histoire de rupture incertaine (la fille s’en va-t-elle ou reste-t-elle ?) a donné lieu à une interprétation de Mark en live avec une intensité particulière, selon Ed Bicknell. Le manager raconte en effet que le soir où le chanteur-guitariste a appris par téléphone la fin de son histoire idyllique avec la chanteuse Holly Vincent, “il a chanté ce titre comme jamais avant, ni depuis”. Ed rajoute : “j’étais au bord des larmes”. Bien que ce passage du livre de Oldfield ne précise pas la date, il se pourrait bien que ce soit le concert du 8 septembre 1979, à Boston.

Cette rupture inspirera à Mark une de ses plus célèbres chansons : Romeo and Juliet. Quant à Where Do You Think You’re Going?, elle s’étoffera en 1981 d’un solo de claviers, donnant au passage musical central, une intensité encore plus dramatique.

Communiqué

C’est le seul morceau composé à Nassau durant les sessions, un après-midi où l’ingénieur du son était malade. Un peu comme pour Lions, écrit en studio lors de l’enregistrement du premier album. Le texte est émaillé de nombreuses références journalistiques, évoquant sans doute le passé professionnel de Mark Knopfler. C’est le titre où le piano est le plus présent. Communiqué n’a jamais été joué en concert, sauf par le tribute band “The Straits” avec entre autres, Alan Clark et Chris White.

Lady Writer

Le texte mêle le souvenir d’un amour disparu, et une prestation télévisée de l’écrivaine Marina Warner, regardée là aussi sans le son. “Elle n’arrêtait pas de se faire de la pub, on pouvait le lire sur son visage. Le son était coupé” (magazine BEST, 1980).

Anecdote : plusieurs pays produisent leur propre pochette pour le single Lady Writer. Phonogram commercialise même un 45 tours avec le titre de Dire Straits sur en face A, et Victim of love d’Elton John sur la face B ! (merci à Franck Thuillier pour cette info dans sa bande dessinée “Mark Knopfler, une vie au service de la musique”).

Différentes versions du single « Lady writer »

C’est le seul titre de l’album à bénéficier d’un clip vidéo, et à sortir en single. Souvent considéré comme trop similaire à Sultans of swing, il a souffert de la comparaison à son illustre prédécesseur, et n’a pas eu la carrière escomptée. Pourtant, il est doté d’un rythme à l’énergie rock, et plus pêchue que le premier single du groupe, et son lick de fin est encore plus impressionnant à mon goût. Un de mes morceaux préférés de Dire Straits.

Angel of Mercy

Une chanson jouissive où, pour une fois, l’histoire d’amour se déroule sous un ciel sans nuages. Un moment de bonheur, palpable dans la façon de chanter et jouer. Et ces superbes solos, que ce soit le deuxième entre 2:20 et 3:06 sur le canal gauche (guitare douze cordes comme en live ?) ou le final qui exulte et laisse éclater la joie, que l’on entend aussi à travers la voix qui répond à la guitare.

Encore une de mes favorites, et notamment sa version live de Werchter 81, complètement remaniée.

Portobello Belle

Pas courant chez Dire Straits à cette période, le morceau ne comporte qu’une seule guitare : la fameuse National. En revanche, deux claviers : piano et orgue. Une ballade londonienne du côté de Portobello Road, qui fait echo à Wild west end et Lions.

C’est le titre de l’album qui est resté le plus longtemps dans les setlists en tournée (voir plus bas). Il a connu son apogée en 1983, avec un long final, couplé à l’intro de Tunnel of love.

Single handed sailor

Une autre pépite de l’album. Il s’agit d’un hommage à Francis Chichester, navigateur d’exception et vainqueur de la première transat anglaise en 1960, et premier homme à réaliser le tour du monde en voilier avec une seule escale, en 1967, à l’âge de 66 ans. Son bateau, le Gipsy Moth IV a été ancré à Greenwich, à côté d’une autre prestigieux navire également cité dans la chanson : le Cutty Sark (non loin du studio de répétitions du groupe).

Quatre guitares se partagent les arrangements. Outre le superbe solo final, on peut également admirer le jeu rythmique de Mark, complexe et élaboré. Avant que le morceau ne prenne une couleur funky en 1980, il commence déjà à s’émanciper de la version studio à l’automne 1979.

Follow me home

Peut-être le morceau dont l’ambiance sonore reflète le mieux l’atmosphère dans laquelle a été enregistré le disque : ce bruit de vagues, le riff lascif et ce chant nonchalant collent parfaitement avec l’illustration de la pochette, et l’image qu’on peut se faire des Bahamas.

Les paroles évoquent un incident du passé de Mark, sans doute son premier mariage, à l’instar de plusieurs chansons du premier album.

Un final très laid-back, qui clôt un album gorgé de soleil, de chaleur moite, et d’errances sur la plage. Les musiciens ne le savent pas encore, mais c’est aussi la fin du groupe originel, David Knopfler quittant le groupe pendant les sessions de l’opus suivant, Making Movies.

L’album sur les tournées

Mis à part le morceau-titre, toutes les chansons de l’album sont jouées sur la tournée qui suit, durant l’année 1979. Le concert le plus célèbre de cette époque reste l’émission télévisée allemande Rockpalast. Les versions sont globalement semblables à celles en studio. Deux légères différences à noter (mais qui n’apparaissent pas dans Rockpalast) :

  1. Portobello Belle est jouée sur Stratocaster, Mark n’emportant pas la National en tournée à cette époque
  2. Angel of mercy est parfois jouée au bottelneck, et chose assez incroyable, sur la guitare Burns Baldwin 12 cordes !

Dès la tournée On Location en 1980-81, Lady Writer et Follow Me Home sont abandonnées. Tous les morceaux étant réarrangés à cette période, ceux de Communiqué n’échappent pas à la refonte totale, avec inclusion (parfois massive) de claviers :

Ainsi, Single handed sailor prend une tournure funky, quasi disco avec un son type clavinet qui évoque instantanément Supersition de Stevie Wonder.

Where do you think you’re Going?, News et Angel of Mercy sont elles aussi complètement relookées. Cette dernière sert d’ailleurs à la présentation des musiciens (le fameux “Dire Straits Rock n Roll orchestra”), une première dans les concerts depuis la création du groupe. Mais c’est surtout Once upon a time in the west qui devient un titre emblématique. Le groupe rentre en scène sur l’air du Bon, la brute et le truand de Morricone, et enchaîne avec ce titre en référence au film de Leone.

Si la version de 80-81 est déjà très différente de celle en studio, elle n’est encore qu’une ébauche du chef d’œuvre qui ouvre les concerts sur la tournée suivante (à noter que c’est d’ailleurs la seule fois dans la carrière de Dire Straits / Mark Knopfler où un même morceau à ouvert, deux tournées de suite).

La tournée 82-83 est également l’occasion d’entendre les plus belles versions de Portobello Belle, avec un duo guitare-saxo d’anthologie, et un final avec présentation des musiciens, qui ensuite se fond dans l’intro de Tunnel of love :

Après Alchemy, l’album Communiqué a été passablement ignoré pendant plus de 30 ans, si l’on excepte les rares reprises de Portobello Belle en 1991, 1993 (avec Steve Philips et Brendan Croker) et 1996. On peut même dire que c’est l’album le moins joué sur toutes les tournées cumulées de la carrière de Dire Straits / Mark Knopfler.

Et puis cette année, pour ce qu’il a annoncé comme sa dernière grande tournée, Mark Knopfler a repris Once upon in the west, plus de 35 ans après Alchemy. Remis au goût du jour, et joué cette fois à la Les Paul, le morceau mythique a surpris et ému plus d’un fan.

Une façon de rendre un dernier hommage à cet album un peu oublié, et qui reste pourtant un véritable joyau dans la discographie foisonnante de ce groupe un peu atypique, et de son leader tout aussi singulier. Un album sorti, il y a tout juste 40 ans aujourd’hui.

Sources

© Jean-François Convert – Juin 2019

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