Dire Straits : “Brothers in arms” a 35 ans aujourd’hui

Le 13 mai 1985 sortait un des albums phares des années 80, bien malgré lui. Retour sur le disque qui a lancé le format CD.

La cassette par où tout a commencé

Comme sans doute beaucoup de gens, c’est l’album par lequel j’ai découvert le groupe et en suis devenu fan. C’était en juin 1988, avec certes 3 ans de retard, mais la musique de Dire Straits et Mark Knopfler ne m’a plus quitté depuis. Des heures et des heures à écouter en boucle la cassette sur un walkman Sony avec les écouteurs enrobés de mousse orange.

Après une enfance bercée par la musique classique et la chanson française, puis des années collège à dévorer des musiques de films, de la country et du jazz-swing, et enfin la découverte du blues et du rock au lycée, un nouvel univers musical s’ouvrait à moi.

Oh bien sûr, j’avais bien déjà entendu Walk of life depuis un ou deux ans, dans des soirées festives… j’ose à peine dire des « boums » pour ne pas paraître trop ringard…

« Has been », « ringard », c’est d’ailleurs le terme qui colle encore trop souvent à Dire Straits, qui passe pour un groupe étiqueté eighties, mais pas de façon valorisante. La faute à ce disque ?

Un album daté ?

Le problème avec les années 80 c’est très souvent la production, plus que la musique elle-même. Alors que les fifties, sixties et seventies ont su garder une fraîcheur quasi intemporelle, les eighties souffrent d’un son daté et parfois cliché. 50 ans ou 60 ans après, un Sgt. Pepper ou un Let it bleed sonnent toujours plus modernes qu’un Kind of magic ou justement un Brothers in arms.

Mark Knopfler lui-même avouait avoir entendu un jour Rave on de Buddy Holly à la suite de Telegraph road, et avoir trouvé que son morceau de 1982 était terriblement froid et sans âme, comparé à la spontanéité et l’énergie de la chanson de 1958. Même s’il faut nuancer son propos quand on connait la modestie maladive du bonhomme, la réflexion est symptomatique de cette période : la surenchère des arrangements, et la recherche de toujours plus de perfection sonore, ont parfois abouti à des disques dont les sonorités les ont quelque peu figés dans le temps. Et les modes vestimentaires et capillaires associées n’ont pas toujours arrangé les choses…

Brothers in arms sonne-t-il daté ? A la fois oui et non. Les synthétiseurs sont plutôt présents, le son des guitares est bien ancré dans son époque, et le mixage bien dans l’esprit formaté radio FM. Mais d’un autre côté, il a été un terrain d’expérimentation technique, et Mark Knopfler, aidé de l’ingénieur du son et producteur Neil Dorfsman, a su tirer bénéfice de la nouvelle technologie qui voyait alors le jour.

L’album qui a lancé le CD

Au même titre que The Dark side of the moon a longtemps été le vinyle étalon pour tester les chaines Hi-Fi, Brothers in arms reste à jamais associé au lancement du Compact Disc.

En France, on appelait ça les « disques lasers ». Une technologie qui offrait le meilleur rendu sonore possible, sans aspérités, sans défaut, parfaitement lisse. C’est justement ce qu’on lui reprochera plus tard : ce manque de chaleur et de corps, chers à l’analogique. Une clarté qui privilégie les aigus et les basses, mais creuse un peu trop dans les médiums, et enlève cette rondeur qu’on entend dans les disques des décennies précédentes.

Mais en 1984-85, c’est LE format qui va révolutionner l’industrie musicale. Et les artistes en vogue s’y engouffrent, Dire Straits en tête. Le groupe signe un partenariat avec Philips qui commercialise les CD (après avoir développé le support conjointement avec Sony). L’album est présenté comme fer de lance de ce nouveau produit, et la tournée qui suit s’affiche à grand renfort de sponsor.

DireStraits-Philips1985

Forcément, un groupe promoteur d’une nouvelle technologie, même liée à la musique, ça ne fait pas trop rock’n’roll. Mark Knopfler s’en fiche, il est toujours resté en dehors des clichés de la rock-star. Les chambres d’hôtel dévastées, les orgies backstage, et les groupies adolescentes, ça n’a jamais caractérisé Dire Straits, et ça ne va pas changer avec ce disque.

Non, ce qui obsède notre homme, c’est la recherche du son absolu. Et l’outil numérique s’offre à lui comme un véritable terrain de jeu.

Un album « digital »

Brothers in arms n’est pas le tout premier disque enregistré en numérique. Dans le genre pop et rock, c’est Bop till you drop de Ry Cooder qui fait office de précurseur en 1979. Et lui-même n’est pas le tout premier, des enregistrements en musique classique ayant déjà été réalisés dès le milieu des années 70.

En revanche, l’album de Dire Straits est le premier à avoir utilisé la chaîne numérique de bout en bout, c’est-à-dire de l’enregistrement au mastering, en passant par le mixage. C’est ainsi le tout premier à afficher fièrement l’inscription DDD sur sa pochette. D pour « Digital », chacune des lettres représentant les 3 étapes de la production d’un disque : enregistrement, mixage, et mastering/support.

► Plus d’infos à ce sujet dans cette chronique sur la production en studio

Même si le son de l’album peut paraître aujourd’hui un peu daté, à l’époque il sonne quasiment révolutionnaire, voire expérimental : une guitare qui pilote un synthétiseur dans So far away, un timbre de guitare inédit sur Money for nothing, des accords de guitare-synthé dans The man’s too strong, des couleurs sonores qui mixent ambiances folk, synthés new-vave, percussions tropicales, cuivres jazzy, guitare slide à résonateur, basse fretless et orgue Hammond… quand on y réfléchit de plus près, ce n’est pas franchement ce qui prédominait dans la musique à l’époque.

Un disque « eighties » malgré lui

Et c’est bien le paradoxe de Brothers in arms : présenté inexorablement comme un disque phare des années 80, sa démarche en était pourtant très éloignée. Si l’on écoute la musique en elle-même, on est très loin de la mode New vave de l’époque. Les morceaux sont bâtis sur des architectures plutôt classic-rock, un brin country-folk, ou légèrement jazzy.

guitare National BIA

Et sa pochette devenue légendaire arbore une guitare antique de 1937… Un symbole du blues deep-south-delta de l’entre deux-guerres ! On a fait mieux comme icône des années Reagan-Thatcher et leurs hordes de yuppies-traders en costume Armani aux volants de leurs Ford Fuego. Mais c’est ainsi : prononcez « Dire Straits » ou « Brothers in arms » et la plupart des gens l’associeront à des images, au pire de jeunes cadres dynamiques des années 80, au mieux de Don Johnson et Philip-Michael Thomas dans Deux flics à Miami (le morceau-titre ayant d’ailleurs illustré un épisode de la série).

Dire Straits aux Studios AIR à Montserrat fin 1984. De gauche à droite : Alan Clark (claviers), Terry Williams (batterie), Mark Knopfler (guitare et chant), John Illsley (basse) et Guy Fletcher (claviers)

Mark Knopfler ne voulait d’ailleurs pas sonner comme les autres groupes dans le vent. Il insistait pour minimiser au maximum le son de la caisse claire, alors prédominant dans les productions de l’époque. La batterie binaire « bien en avant » pour séduire les dance floor, il voulait justement éviter ça. D’où les arrangements feutrés sur Your latest trick et Why worry, ou au contraire légèrement off beat sur Ride across the river ou The mans’ too strong, voire limite funky sur One world.

Mais comble du destin, et au grand désarroi de son compositeur, les trois tubes de l’album sont au contraire ceux dont le rythme est bien carré avec un « snare sound » proéminent ! Le public a bien évidemment retenu So far away, Money for nothing et Walk of life, au tempo standard, plutôt que Ride across the river ou The mans’ too strong au groove plus subtil.

Un album de groupe ou solo ?

Et cette question de la batterie est à ce sujet assez cocasse, puisque non content de la prestation de Terry Williams, Mark Knopfler a fait réenregistrer la quasi-totalité des parties de batterie par le musicien de studio chevronné Omar Hakim. Officiellement, seule l’intro de Money for nothing serait jouée par Williams. Mais d’autres sources évoquent que Walk of life et So far away pourraient aussi être l’oeuvre du batteur ayant rejoint Dire Straits fin 82.

Dire-Straits-à-Montserrat-en-1984-85
Le batteur Terry Williams devant à droite

Cet « incident » est symptomatique de la façon dont Knopfler gère son « groupe » si tant est qu’on puisse parler de groupe. Depuis les débuts de Dire Straits en 1978, il est en effet aux manettes sur tous les fronts : parolier, compositeur, chanteur, guitariste, arrangeur, et même producteur à partir de Making movies en 1980. Mais plus encore sur Brothers in arms, il apparaît comme quasiment seul maître à bord. Preuve en est par l’intervention de nombreux musiciens extérieurs : des pointures de studio venues apporter la touche spécifique, tels Tony Levin, Neil Jason, les frères Brecker…

On peut d’ailleurs se poser la question de la part d’implication de Jack Sonni, crédité au même titre que les autres « session men ». Ce dernier a confirmé avoir joué la partie de guitare-synthé sur les accords tonitruants de The man’s too strong. Mais qu’en est-il des rythmiques sur So far away et Walk of life ? On n’aura jamais vraiment la réponse précise. Mais ça n’a guère d’importance.

John Illsley et Mark Knopfler en 1984-85 aux Studios AIR à Montserrat

On le sait, le « groupe » Dire Straits a toujours été le véhicule des chansons de Mark Knopfler, rien d’autre. Tout au plus, le duo entre lui et John Illsley constitue l’ossature constante sur l’ensemble de la carrière du groupe. Et l’apport musical d’Alan Clark reste indéniable. Mais si Knopfler a officialisé sa carrière solo en 1996, il n’est pas incongru de considérer Brothers in arms comme déjà dans cette démarche, encore plus peut-être que les 4 albums précédents. Sans doute que son expérience d’avoir composé sous son nom propre des musiques de films en 1983 (Local Hero) et 1984 (Cal et Comfort & Joy) avait commencé à le conforter dans son statut d’artiste à part entière.

Mais aussi un disque best-seller

Malgré toutes ces considérations de disque estampillé eighties, numérique, groupe ou virtuellement solo, Brothers in arms reste avant tout un recueil de sacrées chansons. Des mélodies simples et accrocheuses, qui après les développements complexes et quasi prog-rock de Love over gold, revenaient à plus d’efficacité. C’est peut-être aussi ce qui a fait son succès phénoménal. L’album demeure à ce jour la plus grosse vente du groupe, et l’un des plus vendus au monde, avec plus de 30 millions d’exemplaires écoulés. En France, l’album s’est vendu à près de 2 millions.

Et le caractère intemporel des chansons n’y est sans doute pas étranger. Des « tubes », mais pas uniquement. Une couleur « Rock FM » ? Certes un peu oui, mais les versions sur le CD, rarement en dessous des 6 minutes, contredisent cette vision standardisée pour les radios. En effet, en raison d’une limitation physique de place, les morceaux sont écourtés sur la version vinyle, alors qu’ils prennent toute leur dimension, parfois presque épique, sur le Compact Disc, ce tout nouveau support prometteur. Revue de détails.

L’album chanson par chanson

Pour tous les détails des parties de guitares, retrouvez mon tableau sur le site mk-guitar.com

1. So far away

L’album s’ouvre sur un tempo tranquille, un riff simple, et des paroles passe-partout. Après les développements quasi-prog sur l’album Love over gold, qui démarrait sur un chef-d’oeuvre de près de 15 minutes, le retour à des chansons plus « standard » est évident dès ce premier titre.

Le son particulier de la guitare, qui pourrait faire penser à du flanger ou du chorus, est en fait obtenu par le synclaviar, piloté par la Pensa R-Custom. On voit cette guitare dans le clip vidéo, dont la durée est calée sur la version single et vinyle, donc plus courte de quasiment 1 minute par rapport à la version intégrale sur CD:

Petite rareté : un passage télé en playback, où Mark « joue » sur une Stratocaster rouge avec manche en érable. Apparemment c’est un modèle Squier comme l’indique l’inscription sur la tête. Sans doute une guitare d’emprunt pour les besoins du tournage :

Ce qui est sûr c’est qu’il ne s’agit ni de sa Strato 1962 (cette dernière ayant la fixation de la sangle derrière la plaque du manche) ni de sa Stratocaster Schecter rouge (pas la même couleur, ni le même manche, ni les mêmes potentiomètres).

2. Money for nothing

Des paroles glanées dans un magasin électroménager, un son de guitare singulier, une intervention de Sting, un clip en images de synthèse… retrouvez toutes les infos sur ce morceau mythique dans ma chronique détaillée :

Money for nothing, décortiqué « à la loupe »

Comme plusieurs autres morceaux de l’album, Money for nothing est beaucoup plus long sur le CD que sur le 33 tours : 8 minutes et 30 secondes ! Durant la coda (à partir de 7:00), on entend bien les 2 Les Paul qui se répondent sur chaque canal :

3. Walk of life

La chanson qui m’a fait aimer Dire Straits. Il me semble qu’en France elle a été encore un plus gros hit que Money for nothing. Une fois rentrée dans la tête, sa ritournelle à l’orgue Farsifa n’en sort plus.

Sans doute le seul morceau de sa carrière où Mark Knopfler a tenté des « ouh-ouh » haut perchés, même si plus tard il s’est risqué à encore plus aigu avec le « Paraguayyyy ! » de Postcards from Paraguay, et plus récemment « Cow cow » sur Nobody’s child.

Bizarrement, il existe un deuxième clip vidéo, tout comme pour Tunnel of love. A noter que l’image du musicien dans le passage souterrain a servi pour la pochette du single, ainsi que pour celle du premier album solo de John Illsley, Never told a soul, sorti en juin 1984, soit près d’un an avant Brothers in arms.

Walk of life a été repris en version southern-country-rock par Shooter Jennings, le thème de l’orgue étant joué sur une guitare lapsteel

4. Your latest trick

L’intro à la trompette ne figure que sur la version CD. Sur le vinyle, le morceau débute directement sur le célèbre air au saxophone. Ayant été longuement habitué à la version 33 tours (sur une copie cassette), le jour où j’ai entendu pour la première fois l’intro intégrale, j’ai cru qu’il y avait un problème de piles dans mon walkman et que la bande avançait à vitesse lente !

Le titre de l’album où l’atmosphère jazzy est la plus présente.

5. Why worry ?

Alors que le sur le vinyle, le morceau se termine en fondu sur les notes en cascade du clavier, la version CD offre un développement ambiant-jazz qui porte là aussi la durée à 8 minutes 30 !

Des ambiances qui rappellent certains morceaux de la BO de Local Hero comme Boomtown ou Smooching. D’ailleurs, je suis quasiment sûr que la basse fretless qu’on entend est jouée par Neil Jason, le même bassiste que sur Boomtown.

Why Worry a été repris par, entre autres, Nana Mouskouri et les Everly Brothers.

6. Ride across the river

Une véritable pépite que je n’ai appréciée que plus tard. Il a fallu que j’entende les versions live pour redécouvrir ce morceau magnifique, avec son atmosphère tropicale et sa guitare lumineuse.

La deuxième face s’ouvre ainsi sur un plaidoyer anti-militariste et annonce deux autres chansons sur le même thème, dont la suivante.

7. The man’s too strong

Bien qu’un journaliste lui ait demandé en interview si « L’homme est trop fort » avait une connotation sexuelle (véridique !), Mark Knopfler, amusé par la question, a confirmé qu’il s’agissait d’un texte à la première personne, dit par un soldat se repentant de ses exactions.

Certains ont perçu dans le riff de Privateering, sorti en 2012, une similitude avec ce titre. Mark joue ce thème typiquement folk sur une guitare Ovation Adamas, au mediator. C’est également lui à la guitare National en slide, dont on entend le superbe arpège égrené à la toute fin du morceau, et ce son caractéristique des guitares à résonateur.

Les accords puissants à la fin de chaque couplet sont joués par Jack Sonni sur une guitare-synthétiseur, comme il l’a expliqué lui-même sur le forum amarkintime.

8. One world

Cette chanson peut sonner un peu « outsider » sur cette deuxième face anti-guerre. Elle a été parfois décriée et jugée très moyenne, certains fans l’ayant même qualifiée de « pire chanson écrite par MK ! »

Sans doute que le texte ne figure pas parmi ses plus belles prouesses poétiques, mais j’aime bien le côté funky-blues avec sa guitare au son un peu sale, et sa basse en slap jouée par Tony Levin.

Pour les guitar-freaks : une configuration inédite pour Mark, puisqu’il joue sur la Stratocaster verte de Jack Sonni, à travers un ampli Jim Kelley (Infos révélées par Ingo Raven).

9. Brothers in arms

Avec Ride across the river et The man’s too strong, le morceau-titre clôt le triptyque antimilitariste de l’album, en même temps qu’il referme le disque.

Le clip vidéo, en dessins d’animation, a remporté le Grammy Award du meilleur clip vidéo en 1987 :

Mais là aussi, le clip est basé sur la version single, nettement raccourcie (intro et outro coupées). Le morceau intégral quant à lui, atteint en effet les 7 minutes :

La chanson a été écrite en 1982, pendant le conflit de la guerre des Malouines, opposant le Royaume-Uni à l’Argentine. Tous comme les deux autres de l’album sur le même thème, le texte est aussi à la première personne du point de vue d’un soldat, mais cette fois sur le champ de bataille, en train de mourir. Un contexte que Mark reprendra dans Piper to the end, dédié à son oncle, joueur de cornemuse (« piper »), mort au combat.

Après avoir été le tout premier CD single de l’histoire en 1985, Brothers in arms a été réédité pour une édition spéciale en 2007, lors de la commémoration des 25 ans du conflit des « Falklands » (Malouines), afin de récolter des fonds en faveur des associations de vétérans.

Brothers in arms vu par © Denys Legros

La chanson a été reprise par, entre autres, Metallica, Joan Baez, et plus récemment Mathias Duplessy dans une magnifique version.

Elle a également illustré un passage d’un épisode de la série Deux flics à Miami, à l’instar de nombreux autres morceaux phares des années 80. Elle figure aussi dans le film Spy Game.

L’album en tournées

Avec le premier opus éponyme en 1978 et Love over gold en 1982, Brothers in arms complète le trio des disques que Dire Straits a interprété intégralement en live. Ce qui n’est pas surprenant compte-tenu de son énorme succès et de son florilège de hits. Il demeure à ce jour l’album le plus exposé en concert de toute la carrière de Mark Knopfler, avec son groupe et en solo.

1. So far away

Tournée 1985-1986

Le morceau-ouverture de l’album a été joué dès le début de la tournée, le 25 avril 1985, jusqu’au 1er août, première date américaine. Le lendemain, il est remplacé par One world.

Durant ces premiers mois, il est joué dans une version semblable à celle de l’album, mais pas avec le son produit par le synclavier, ni la Pensa R-Custom. Mark utilise la Stratocaster Schecter rouge, et offre un merveilleux solo, absent de la version studio.

Disparu de la setlist durant tout l’automne 1985, So far away refait surface début 86 pour les dates en Australie et Nouvelle-Zélande sous une forme inédite : le morceau débute en version calypso avec Mark à la guitare classique electro-acoustique, puis enchaîne sur la version électrique où le guitariste reprend la Stratocaster Schecter rouge.

Dans les deux versions, le final se transforme en un pont vers Romeo and Juliet sous la forme d’un instrumental qui se retrouvera à la fin de One world, et surtout de Heavy fuel en 1991-1992, toujours pour s’enchaîner à l’intro de Romeo and Juliet.

Années 90

Mis à part quelques rares concerts de Dire Straits pendant la tournée On every street (Birmingham le 5 septembre 1991, et Halifax le 10 mars 1992), et une reprise de la version calypso par les Notting hillbillies en 1993, So far away disparaît des tournées pendant 15 ans.

Tournées solo

Le morceau réapparaît lors de la tournée Sailing to philadelphia en 2001. Et depuis, il est resté invariablement en rappel sur toutes les tournées de Mark Knopfler, même s’il n’a pas été joué à tous les concerts.

Durant ces 20 dernières années, So far away est joué soit sur la « Jurassic » Strat 1954, soit sur un modèle signature. Parfois en picking, parfois au mediator (comme par exemple sur la vidéo ci-dessus).

A chaque concert, Mark a toujours adapté les paroles en changeant le premier vers « Here I am again in this mean old town » pour y inclure le nom de la ville du jour, ce qui a invariablement déclenché la clameur du public.

2. Money for nothing

LE tube de l’album a été joué sur toutes les tournées entre 1985 et 2005. Puis, après une interruption de presque 15 ans, Money for nothing est revenu sur le devant de la scène pour la dernière tournée de 2019.

► Retrouvez tous les détails concernant ce morceau, en studio et en live, sur la chronique dédiée

3. Walk of life

Mis à part UNE exception (au concert de Chet Atkins & friends en 1987), c’est sans doute la seule chanson de toute la carrière de Knopfler qui a toujours été jouée sur la même guitare : la Schecter Telecaster rouge, la même que sur la version studio.

Tournée 1985-1986

Petit détail : sur le concert à Wembley en juillet 85, Jack Sonni joue sur une électrique, alors qu’à Sydney en avril 86, il joue sur une acoustique comme pour la version studio. Ce dernier concert de la tournée offre à Mark l’occasion de finir la chanson sur une « Duck walk » à la Chuck Berry :

Concert pour les 70 ans de Mandela le 11 juin 1988

C’est la première fois où le morceau a ouvert un concert ! (Ça a de nouveau été le cas en 2002 pour les shows Mark Knopfler & friends). Une version résolument rock avec des solos d’Eric Clapton (venu remplacer Jack Sonni, retenu par la naissance de ses jumelles), que Mark présente pendant le break :

Tournées suivantes

En 1990-1991, Walk of life s’installe en deuxième position de la setlist. Dès lors, la chanson va y rester jusqu’en 2005 puis sera définitivement abandonnée.

Walk of life a sans doute été joué lors des concerts privés tels la soirée de gala pour une banque en 2008, ou le “Range Rover Global Reveal Event” en 2012. Dans la vidéo ci-dessous, à partir de 1:55, même s’il n’y a que le son de Money for nothing, on aperçoit la Telecaster rouge à plusieurs reprises, ce qui indique clairement la présence de Walk of life dans ce type de concert. Rien de surprenant quand on sait que seuls les hits sont attendus à ce genre de prestation.

4. Your latest trick

Cette chanson à l’ambiance jazzy a connu 3 vies :

Tournée 1985-1986

C’est surtout la version studio au moment de la sortie de l’album en 1985 qui connait un certain succès. Au cours de la tournée qui suit, Your latest trick n’est joué qu’une seule fois, lors du dernier concert à Sydney le 26 avril 1986

Tournée 1991-1992

Le morceau s’installe dans la setlist de la tournée 1991-1992 et en devient un titre phare, au point de sortir en single pour promouvoir l’album live On the night. Le célèbre thème au saxo redevient alors un tube en 1993.

A noter qu’au début de la tournée, Mark jouait un solo de guitare (sur la Pensa-Suhr ou la Stratocaster Schecter rouge ?). A 5:16 dans la vidéo/audio ci-dessous :

Tournées solo

Après l’avoir ignorée pendant plus de 20 ans, Mark Knopfler la ressort en 2015 sur la tournée Tracker, avec en guise d’intro, l’instrumental She’s gone, issu de la B.O. du film Metroland :

Même formule sur la tournée de 2019, à la différence que l’intro est jouée à la trompette au lieu du saxo :

Sur ces deux dernières tournées, Mark jouait le morceau sur Les Paul, après avoir utilisé la Super 400 en 1992 et la Chet Atkins Nylon en 1986.

5. Why worry

Tournée 1985-1986

Au début de la tournée, la chanson est jouée en version édulcorée : Mark au chant et à la guitare, Alan Clark aux claviers, John Illsley, Chris White, Guy Fletcher et Jack Sonni aux chœurs. La longue outro de l’album n’est pas jouée :

Pour le dernier concert de la tournée à Sydney, le 26 avril 1986, Why worry est jouée comme sur l’album, mais sans en atteindre la durée originelle :

Tournée 1990 (Notting Hillbillies)

Les Notting Hillbillies reprennent la chanson en version « courte ». La pedal steel apporte cette touche hawaïenne qui sied bien à l’ambiance du morceau.

Tournée 1991-1992

La chanson est jouée au tout début de la tournée, mais ne sera pas conservée dans la setlist. La version est similaire à celle des Notting Hillbillies. Le public reprend les paroles en chœur :

Concerts Notting Hillbillies années 90

Les Notting Hillbillies reprennent Why Worry à chacun de leurs concerts, que ce soit en 1993, 1997, 1998, 1999

Tournée 2006 (avec Emmylou Harris)

La chanson ayant pris une couleur délicatement country sur la décennie précédente, elle réapparaît naturellement dans la setlist de la tournée avec Emmylou Harris en 2006. En version encore plus épurée, avec juste le duo de guitares et voix, soutenu par le clavier discret de Guy Fletcher

Reprise par les Everly Brothers

Dès l’année de sortie de l’album, Why Worry est repris par les Everly Brothers. Consécration pour Mark Knopfler qui compte le fameux duo parmi ses idoles d’adolescent. Outre leur version studio où figure Albert Lee à la guitare, les Everly Brothers ont repris la chanson plusieurs fois en live et notamment lors du concert Chet Atkins & friends en 1987, accompagnés par… Mark.

6. Ride across the river

C’est le morceau choisi pour ouvrir les concerts de la tournée en 1985-86. Le climat lancinant de l’intro permet de plonger le public dans l’ambiance, avant que ne surgisse l’éclatante guitare de Mark, et que débute ainsi vraiment l’atmosphère pleinement live.

La rythmique jouée par Jack Sonni apporte une touche reggae, absente de la version studio. Ce même Jack Sonni va au cours de la tournée ajouter une wah-wah, pour renforcer encore plus l’ambiance moite de l’outro.

Ce concert du 22 décembre 1985 est le premier bootleg de Dire Straits que j’ai écouté. Outre sa superbe version de Cocaine, il contient l’enregistrement de Ride across the river qui m’a fait redécouvrir le morceau, au point de le considérer comme un des meilleurs de toute la carrière de Mark Knopfler :

Au concert de Sydney en avril 1986, Mark ne joue plus avec la Stratocaster Schecter Sunburst comme au début de la tournée, mais sur la Pensa R-Custom (toutefois sans contrôler le synclaviar) :

7. The man’s too strong

Joué dès le début de la tournée, le morceau est abandonné de la setlist fin juillet 85. Sur la version studio, Mark joue la guitare National en slide, et le riff acoustique avec l’Ovation Adamas. C’est cette dernière qu’il privilégie en live :

8. One world

Ce titre remplace So far away début août 85. il garde le même pont final qui fait le lien avec l’intro de Romeo & Juliet (ce même pont instrumental sera repris en 91-92 à la fin de Heavy fuel pour faire la même transition).

Le morceau débute par la grille d’accords du pont, avec un son de clavier proche du clavecin (!) et Mark explique « c’est une chanson du nouvel album, nous l’avons changée un petit peu… »

C’est sur One world qu’on voit apparaître pour la première fois la guitare « bâton » Steinberger GL-2. Mark l’utilisera ensuite aussi sur Money for nothing et Solid rock. Jack Sonni utilise un modèle similaire, et également sur Private investigations.

L’unique vidéo télévisée disponible est ce court extrait filmé à Santa Barbara :

Il existe d’autres vidéos de la chanson en intégralité, mais en filmage amateur :

9. Brothers in arms

Avec Sultans of swing, Telegraph road et Romeo and Juliet, Brothers in arms fait partie des chansons les plus jouées en concert sur l’ensemble de la carrière de Mark knopfler, toutes tournées confondues.

Tournée 1985-1986

Sur la première moitié de la tournée, le morceau se termine par une fin plutôt énergique, avec Mark lançant « thank you we love you ! » juste avant le dernier accord :

Anecdote, connue des fans : c’est durant cette tournée que Mark a joué l’une de ses fausses notes les plus horribles : à 4:24 ! et également à la fin entre 7:07 et 7:20

Une rareté : Brothers in arms joué en playback (avec le chant en live) au festival Golden Rose à Montreux le 8 mai 1985. Mark « joue » sur la Stratocaster Schecter rouge au lieu de la Les Paul :

Sur les derniers mois de 1985, le final change pour devenir tel qu’on le connait depuis, et qui est resté identique jusqu’à la dernière tournée. Il n’y a plus le riff de fin comme sur les mois précédents. Le morceau se termine de façon plus douce, avec la flûte. Désormais, Brothers in arms finira toujours ainsi en live

Concert pour les 70 ans de Mandela le 11 juin 1988

J’ai toujours préféré la version studio de ce morceau, mais si je devais en choisir une en live, ce serait sans hésiter celle du concert pour Mandela, le 11 juin 88. Bien que je ne sois pas fan de la Pensa-Suhr, je trouve le solo émotionnellement sublime. Et l’introduction du morceau par Mark est restée dans les annales, dédiée à Nelson Mandela : « One humanity, one justice »

Tournée 1991-1992

Sur la dernière tournée de Dire Straits, Brothers in arms est toujours joué à la Pensa-Suhr, et agrémenté d’un solo de Pedal Steel. On entend le public chanter le premier couplet.

Tournée 1996

Pour ses concerts en solo, Mark Knopfler revient à la Les Paul, mais cette fois, la vintage de 1958. Sur certains concerts de la tournée 1996, le groupe est accompagné par l’ensemble à cordes Electra Strings. C’est le cas sur l’émission pour la BBC A night in London :

Concert pour Montserrat 1997

Pour ce concert destiné à lever des fonds pour aider l’île de Montserrat suite à une éruption volcanique, c’est carrément un orchestre philharmonique qui accompagne Mark Knopfler venu jouer le morceau-titre de l’album, justement enregistré à Montserrat :

Tournée 2001

Une très belle version enregistrée à Toronto figue en bonus sur l’édition limitée de l’album The Ragpickers’ dream, sorti en 2002. C’est cette version qui a été resynchronisée avec une vidéo amateur :

Tournées de 2005 à 2013

Après une version similaire aux concerts « Mark Knopfler & friends » en 2002, s’opère un léger changement lors de la tournée 2005 : l’intro « orage » est supprimée, et Mark débute le morceau immédiatement à la guitare

Même chose lors de la tournée promotionnelle de Kill to get Crimson en 2007, où l’interprétation se fait plus agressive. On revient presque à un tempo proche de celui de 1985, et la guitare sonne à nouveau mordante :

On reste sur la même formule sans intro « orage » sur les tournées qui suivent : 2008, 2010, 2011 et 2013

Particularité de la tournée 2011

Sur cette tournée où il assure la première partie de Bob Dylan, Mark expérimente quelque chose sur les premières dates : il joue Brothers in arms en position de La mineur sur une nouvelle Les Paul (bleue) accordée un demi-ton en dessous pour retomber sur la tonalité de Sol# mineur d’origine.

Lors du deuxième concert le 8 octobre à Glasgow, il plaisante d’ailleurs sur le sujet avant de commencer à jouer : « celle-ci est en La mineur, je ne l’ai jamais jouée dans cette tonalité, mais j’aime les premières fois…ça va aller ! » On sent bien son hésitation sur la première note.

Sans doute non satisfait de cet essai, les jours suivants il revient sur la Les Paul 58 en accordage standard. D’après Guy Fletcher cela aurait été le cas dès le 10 octobre (à noter que Guy se trompe sur son blog en indiquant que la Les Paul bleue était accordée un demi-ton au-dessus, alors qu’il s’agit en-dessous). Et sur ce concert à Nottingham le 11 octobre, Mark hésite à nouveau pour la phrase de début :

Tournées 2015 et 2019

En 2015, la célèbre intro refait son apparition :

Idem pour la tournée 2019, où le morceau n’a pas été joué tous les soirs. Pour ce qui a peut-être été les dernières versions live de Brothers in arms, la chanson a retrouvé son arrangement d’origine.

Une chanson, un album, un titre resté célèbre, pour un disque qui m’a rendu accroc à un groupe et un artiste que plus de 30 ans après, je ne me lasse toujours pas d’écouter. Aujourd’hui pour l’anniversaire de Brothers in arms, je vais le réécouter pour la nième fois, avec toujours ce même plaisir, comme au premier jour.

Dire-Straits-Brothers-in-arms-back

© Jean-François Convert – Mai 2020

Étiqueté , , , , , , , ,

4 commentaires sur “Dire Straits : “Brothers in arms” a 35 ans aujourd’hui

  1. Un album est toujours la photographie d’un instant. Cet opus est et restera la magie d’une inspiration qu’importe la décennie et le Son intemporel ou pas. Les chansons sont là et l’essentiel également. Elles traverseront le temps avec le Son que chacun voudra les entendre. Alors Merci M.Mark Knopfler pour ces magnifiques compositions et un grand Merci également pour ce texte-blog. Un plaisir à lire…🙏🎸

    1
  2. il est de bon ton de cracher sur les 80’s, en faisant référence à « l’age d’or » des 60/70’s…mythologie partisane, parce que de la daube dans ces 2 décennies, il y en a eu à foison! les ringards et has-been y étaient légion, aussi. Sauf que quand ça devient historique, on ne retient que le must. alors les 80’s, moi je m’y retrouve

    1
  3. Excellent travail d’analyse et de synthèse fait sur cet opus qui a marqué l’histoire de la musique: je suis et resterai toujours depuis le début (1978) fan de cette musique intemporelle.Je viens d’acquérir cet album en version 2x 45tr/min (un régal). Belle journée et bonjour de Waterloo.

    1

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

error

Suivez ce blog sur les réseaux