Rolling Stones : “Let it bleed” fête son demi-siècle !

Il y a tout juste 50 ans aujourd’hui sortait le chef-d’oeuvre des Stones. Retour sur un album culte.

This record should be played loud

Cet album représente la quintessence des Stones : il sent le souffre, la sueur, un côté un peu malsain et attirant à la fois… encore plus que sur Sympathy for the devil, qui portait déjà bien son nom, les pierres qui roulent touchent ici du doigt la notion ancestrale de musique du diable héritée du blues.

C’est du rock cradingue avec le morceau-titre, du sordide voire du salace avec Midnight Rambler, du bizarre avec Monkey Man…. et le tout qui « doit être joué à fort volume »

L’intérieur de la pochette avec le détail des titres et la fameuse phrase This record should be played loud (ce disque doit être joué fort)

Gimme Shelter

Un album rempli de sexe, de violence, de rage, de noirceur… et dès le premier morceau, un sentiment d’insécurité avec Gimme Shelter qui évoquent les émeutes en cours aux Etas-Unis durant cette année 1969. Après Street fighting man sur l’album précédent, qui relatait les événements de mai 68 en France, Jagger signe un texte à l’urgence vitale, qui dépeint un climat de guerre civile.

Mais il n’est pas seul à le chanter, et la voix qui reste dans les mémoires est celle de Merry Clayton. Les Stones recrutent cette choriste soul au milieu de la nuit, et elle vient enregistrer sa voix en pyjama ! L’excellent documentaire Twenty Feet From Stardom offre une belle séquence sur cet épisode, avec en prime la voix isolée de Merry : à vous donner la chair de poule.

Love in vain

Après ce début flamboyant, la pression retombe pour aller sur un vieux blues : Love in vain de Robert Johnson, oui celui-là même soupçonné d’avoir pactisé avec le diable… on y revient toujours. Cette version n’atteint pas les sommets des futures envolées lyriques à la slide de Mick Taylor, mais privilégie un arrangement roots, avec un certain Ry Cooder à la mandoline. L’influence de ce dernier sur Keith Richards se concrétise réellement au cours des sessions de Let it Bleed, bien qu’ils aient visiblement commencé à se fréquenter durant l’enregistrement de Beggars banquet.

Country Honk

On reste dans l’ambiance champêtre avec Country Honk, où l’accent de Jagger et le violon de Byron Berline donnent l’impression d’entendre d’authentiques rednecks de Georgie ou d’Alabama. Première apparition de Taylor sur un disque des Stones.

Le morceau sort la même année en single sous le titre Honky Tonk Women, cette fois en version bien plus rock, avec un riff caractéristique de Keith (mais revendiqué par Cooder)

Live with me

Deuxième titre de l’album avec Taylor, discret, mais surtout le sax de Bobby Keys, grand ami de Keith Richards, qui au passage tient également la basse.

Let it bleed

La chanson qui donne son nom à l’album contient sans doute les paroles les plus ragoutantes écrites par Jagger. Des corps démembrés, voire en état de décomposition, une attirance pour le morbide…

Une sensation de chaos, de foutraque, symbolisé par le dos de la pochette avec le gâteau plutôt mal en point, et les chansons indiquées dans le désordre :

Retrouvez plus de détail sur cette pochette culte dans cet article.

L’album de Keith

Tout au long de la carrière des Rolling Stones, Keith Richards a joué avec 3 guitaristes : Brian Jones d’abord, puis Mick Taylor et enfin Ron Wood. Trois périodes bien distinctes musicalement. Mais la particularité de Let it Bleed est de se situer à la charnière des deux premières : Brian Jones est tellement peu audible (indiqué aux percussions sur Midnight Rambler et à l’autoharp sur You Got The Silver) et Mick Taylor se faisant encore très discret (rythmique sur Live with me et slide sur Country Honk), que Keith se retrouve quasiment seul aux guitares, en tout cas sur une grande partie de l’album. Finalement, le disque qui est souvent considéré comme le meilleur des Stones, est celui où ne figure pratiquement que Keith….

Keith Richards pendant les sessions de Let it bleed

Midnight Rambler

Et la deuxième face démarre justement sur un riff dont il a le secret. Un shuffle sec et nerveux, qui va au cours du morceaux glisser vers une ambiance moite. Une fois de plus, le duo des Glimmer Twins provoque volontairement les âmes sensibles avec ce personnage de « promeneur du soir » à mi-chemin entre le violeur et le tueur en série. Les Stones au paroxysme du glauque et du sulfureux. Une atmosphère que Jagger renforcera en live, en lacérant la scène à coups de ceinturon.

You Got The Silver

Cette chanson à elle seule vaut la peine d’écouter le disque, et montre bien que cet album est celui de Keith. Une superbe ballade, écrite et composée pour sa compagne du moment, et avec qui il aura 3 enfants: Anita Pallenberg. C’est la première fois dans la discographie des Stones où il chante le morceau entièrement seul, les deux précédents étant partagés avec Jagger : Something Happened To Me Yesterday sur Between the buttons en 1966, et  Salt of the earth sur Beggars banquet en 1968.

Monkey Man

Encore une partie de guitare culte qui peut valoir à Keith Richards son statut de « Monsieur riff du rock’n’roll », et un titre pour le moins énigmatique. Le sens mystérieux des paroles n’a jamais été explicité par le duo, et les fans ont souvent élaboré plusieurs théories ni vérifiées, ni contredites. Entre l’allusion aux drogues, l’auto-dérision ou une expression typique du blues, cette page nous expose les possibles solutions à l’énigme. Autre explication : la chanson serait un hommage à l’artiste pop italien Mario Schifano, qu’ils rencontrent cette même année 1969 sur le tournage de son film Umano Non Umano! (Human, Not Human! (Wikipedia)

You Can’t Always Get What You Want

Si Let it Bleed est un chef d’oeuvre, c’est aussi en partie grâce à ce final en apothéose. Une chorale, un cor, un début qui sonne comme un morceau classique….et puis une ballade qui se transforme en manifeste rock : 4 ans après I can’t get no satisfaction et son rejet en bloc, Jagger exprime à nouveau la frustration de sa génération, mais cette fois avec une ouverture…

Tu ne peux pas toujours avoir ce que tu veux, Mais si tu essaies parfois, tu obtiens ce dont tu as besoin

Les mauvais garçons du rock nous vanteraient-ils les vertus de l’effort ?

Et le disque, « qui doit être joué à fort volume », se termine de façon grandiose en abolissant les frontières entre rock et classique, ce qui n’était encore pas si courant à l’époque. Les Rolling Stones sont en passe d’acquérir leur statut de “Best rock n roll band in the world”, et c’est d’ailleurs sous ce titre qu’ils sont introduits sur scène durant la tournée de fin 1969, qui fait immédiatement suite à la sortie de l’album. Une introduction qui résonnera sur l’album suivant, le mythique live Get Yer Ya-Ya’s out ! (chronique à suivre l’année prochaine pour les 50 ans).

 

 

Une réédition 50ème anniversaire sans bonus

Comme pour Their Satanic Majesties Request, et Beggars Banquet, l’édition 50ème anniversaire de Let it bleed mise sur le packaging et les goodies pour combler le manque d’inédits.

La raison de cette absence de bonus est simple : tout le catalogue DECCA (soit jusqu’à Get Yer Ya-Ya’s out ! inclus, ainsi que Metamorphosis) échappe à la maîtrise du groupe. Par conséquent, ils ne peuvent décider du contenu des rééditions. C’est bien dommage car on imagine les trésors qui pourraient être issus des sessions, nettoyés, remastérises et être ainsi proposés dans un qualité audio supérieure à ce qu’on peut trouver en bootlegs :

Les morceaux sur Metamorphosis

En revanche, lorsqu’en 1975, DECCA sort l’album Metamorphosis pour mettre fin au contrat avec le groupe, on trouve dans cette compilation d’inédits plusieurs titres issus des sessions de Let it bleed :

I don’t know why

Ce morceau a été enregistré le 3 juillet 1969, la nuit où Brian Jones a été retrouvé mort dans sa piscine. Ils apprennent la nouvelle alors qu’ils sont en train de procéder au mixage. A noter que le second solo de slide de Mick Taylor (à 2:05) est en fait une copie du premier (à 1:04)

Jiving Sister Fanny

Cette chanson sort en single en 1975 pour accompagner la sortie de Metamorphosis. Mick Taylor joue la guitare solo

Downtown Suzie

Originellement intitulé Lisle Street Lucie, ce titre est enregistré avec Ry Cooder qui joue sur une guitare accordée en open de Sol, accordage qui va devenir le favori de Keith Richards.

I’m Going Down

Keith est réellement en train de trouver son style guitaristique. Mick Taylor est à la basse

 

 

Des morceaux qui prouvent la créativité des Stones à l’époque. 50 ans après, ils sont toujours là, et ont publié moult disques avec des hauts et des bas. Au cours de leur foisonnante carrière, s’il ne fallait retenir qu’un seul album studio, l’unique, l’ultime, peut-être bien que Let it bleed serait celui-là.

 

 

© Jean-François Convert – Décembre 2019

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2 commentaires sur “Rolling Stones : “Let it bleed” fête son demi-siècle !

  1. Comme d’habitude, excellente présentation de l’album Let It Bleed et de Metamorphosis.Juste pour la petite histoire, à propos de Mary Clayton et de sa prestation extraordinaire, dans Gimme Shelter:Quelques temps après ce mémorable enregistrement Mary a eu un grave accident de voiture et on a été obligé de lui sectionner les deux jambes!! Vous avez dit Peace and love?!!…Plutôt « Let it bleed »!!

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    1. Merci pour l’info. En tout cas sur la vidéo du documentaire elle a l’air d’être en bonne santé

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