Les différentes façons de jouer de la guitare à plat

On mélange parfois les nombreux styles de guitare jouée à plat, en slide ou non. Revue de détails.

Ronnie Wood Pedal Steel Guitar
Ronnie Wood sur scène jouant de la Pedal Steel Guitar

Depuis les débuts du XXème siècle, la guitare a été souvent jouée différemment de la façon classique. Outre l’électrification qui est apparue dans les années 30-40, le jeu en position horizontale a été une composante essentielle des genres musicaux populaires depuis une centaine d’années. Mais il en existe plusieurs variantes que nous allons essayer de lister ici, sans toutefois avoir la prétention d’être parfaitement exhaustif.

La tradition hawaïenne

Joseph Kekuku

Vraisemblablement inventée vers 1889 par Joseph Kekuku, né à Laie, village d’Hawaï, la « steel guitar » (guitare en acier) s’est imposée comme un élément caractéristique de la musique folklorique hawaïenne. Par la suite , elle inspirera le jeu en « slide « (« glisser ») qui deviendra une des composantes majeures de la country, du blues et du folk.

Photographie du quintette hawaïen de Joseph Kekuku parue dans le journal The Colville Examiner, le 22 juillet 1916
© Domaine Public

L’origine de la guitare hawaïenne s’est faite de façon totalement fortuite, comme l’explique C. S. DelAno, éditeur de l’ouvrage Musique hawaïenne à Los Angeles, et auteur de Hawaiian Love Song, la première composition originale à être écrite à la guitare steel :

« Joseph m’a dit qu’il y a 42 ans, il était en train de marcher le long d’une route à Honolulu, avec une vieille guitare espagnole lorsqu’il vit un boulon rouillé sur le sol. En le ramassant, le boulon a accidentellement vibré sur l’une des cordes et a produit un son nouveau qui fut plutôt agréable. Après avoir réitéré l’opération avec le boulon, Joe essaya avec le dos d’un canif, puis avec le dos d’un peigne en acier et, plus tard encore, avec une barre ultra polie, très similaire à la forme du métal qui est utilisée aujourd’hui ».

Une technique particulière

La guitare hawaïenne se joue à plat sur les genoux en faisant glisser (« slide ») un cylindre ou une barre métallique avec des encoches pour les doigts (à ne pas confondre avec un bottleneck) ou encore une fine plaque métallique, glissée perpendiculairement aux cordes. La main droite peut être équipée d’onglets principalement sur le pouce, le majeur et l’index.

Le musicien hawaïen Sam Ku West vers 1928 © Domaine Public

Du fait que la main gauche ne passe jamais derrière le manche, les luthiers en profitent pour simplifier le profil et font des manches de section rectangulaire (« square neck »).

La « poêle à frire »

Après les modèles acoustiques en métal des marques National et Dobro, les instruments s’électrifient et adoptent un son plus chaud qui va devenir l’archétype de la sonorité hawaïenne, accompagnant l’image d’Epinal des vahinés dansant sur une plage de cocotiers.

Le modèle le plus célèbre, et considéré comme la toute première guitare électrique de l’histoire, est créé par la firme Rickenbaker en 1932 et gagne vite le surnom de « frying pan » (« poêle à frire ») à cause de sa forme :

Cet exemplaire appartient à Ben Harper

Ces instruments sont mythiques et très recherchés de nos jours. Ils constituent le Graal des collectionneurs et musiciens de ce type de musique

Un accordage spécifique

la guitare est accordée en « accord ouvert » (open-tuning), c’est-à-dire de façon à ce que toutes les cordes jouées ensemble à vide donnent un accord spécifique, qu’il soit majeur, mineur, ou encore un accord de sixième, de septième, voire d’une alternance d’intervalles de quintes et de quartes ou d’octaves.

Par la suite, les fabricants proposeront des modèles double manches pour disposer instantanément de 2 accordages différents :

Il existe de très nombreux accordages différents pour la guitare hawaïenne, presque autant que de musiciens.

Sol Hoopii 

Le musicien le plus emblématique dans l’histoire de la guitare hawaïenne est Sol Hoopii. Il est reconnu comme un des premiers musiciens à avoir joué sur une guitare amplifiée électriquement, et est considéré comme le plus grand joueur de lap steel guitar de tous les temps.

Né à 1902 à Honolulu et mort en 1953 à Seattle, il enregistre principalement dans les années 30 et 40. Retrouvez la plupart de ses morceaux sur la chaîne YouTube qui lui est dédiée.

Roy Smeck 

Le deuxième joueur notable de guitare hawaïenne est Roy Smeck, qui de son propre aveu s’est largement inspiré du jeu de Sol Hoopii. Outre la lapsteel, il maîtrisait également le ukulélé, la guitare classique, le banjo… et était srunommé « The Wizard of the Strings » (« le magicien des cordes »)

Bob Brozman

Enfin, Bob Brozman est un musicien, collectionneur, et historien, qui a contribué à remettre en lumière ce genre musical, dans les années 90 et 2000. Il a rédigé une encyclopédie uniquement sur les guitares à résonateur de marque National

Dans cette vidéo (visible uniquement sur YouTube), il démontre à la fois sa maîtrise musicale, ainsi que son immense connaissance du sujet.

Reprise dans la culture américaine

Comme on peut le voir avec Santo & Johnny, le son de la guitare hawaïenne est rapidement adopté aux Etats-Unis dans les années 50, et s’insère facilement dans la musique populaire américaine.

Santo & Johnny

Ce duo composé d’un guitariste (Johnny) et d’un joueur de lapsteel (Santo) a connu le succès avec son premier single en 1959 : Sleep Walk 

Depuis, ce titre est devenu un standard, repris d’innombrables fois, des Shadows aux Stray Cats, en passant par Les Paul ou Jeff Beck.

Dès lors, le style country intègre cette sonorité, mais va apporter quelques modifications à l’instrument : plutôt que de le poser sur les genoux, les fabricants proposent de nouveaux modèles avec trépied. La « lap steel » devient alors « console steel » :

Mais l’évolution la plus importante est l’ajout de pédales qui décuple les possibilités harmoniques.

Ajout de pédales : la « pedal steel guitar »

Fin des années 40 et début des années 50, plusieurs personnes, fabricants ou musiciens, contribuent à l’évolution de la steel guitar : Paul Bigsby (inventeur entre autres du célèbre vibrato pour guitare), Bud Isaacs, Zane Beck…

Arrivent alors sur le marché des modèles permettant de faire varier la hauteur des cordes par un système de câbles actionnés par des pédales.

L’instrument peut ainsi jouer des phrases chromatiques plus complexes que sur une simple Lap steel. En combinant le jeu en slide et la variation de hauteur des cordes, le jeu peut être plus rapide, et le musicien peut produire des accords autres que ceux ouverts.

Un des premiers virtuoses de la Pedal Steel Guitar a été Buddy Emmons. Ce dernier a notamment demandé à Bigsby d’améliorer le système d’Isaacs afin que chaque pédale contrôle une corde. C’est ce qui a donné la Pedal Steel Guitar moderne, utilisée principalement dans la musique country :

En plus des pédales actionnant la hauteur des cordes par le pied gauche, le musicien dispose également d’une pédale de volume sous son pied droit, afin de produire le fameux effet « violon » qui supprime l’attaque en faisant monter le volume après avoir pincé la corde. Nombre de guitaristes « classiques » le font aussi sur leur guitare, soit par le bouton de volume de l’instrument, soit par une pédale. Parmi les plus célèbres, Mark Knopfler utilise régulièrement cet effet.

Paul Franklin

Et c’est justement ce même Mark Knopfler qui recrute un certain Paul Franklin en 1990, d’abord au sein des Notting Hillbillies, puis de Dire Straits pour leur dernier album On every street en 1991, et dernière tournée en 1991-1992 :

Paul Franklin a continué d’accompagner Mark Knopfler durant sa carrière solo, et joue de la Pedal Steel sur plusieurs titres (liste non exhaustive) : Darling pretty, Gravy train, Are we in trouble now, Sailing to Philadelphia, Hill farmer’s blues, Quality shoe, Redbud tree, Blood and water (avec une wah-wah, de même que sur Your perfect song)… Il est crédité à la lap steel sur Do America. Il joue également sur l’album Neck and neck enregistré par Knopfler et Chet Atkins en 1990, la même année que le disque des Notting Hillbillies.

Paul Franklin est non seulement un virtuose de la Pedal Steel Guitar, mais il a en plus la particularité d’avoir « inventé » et fabriqué avec son père un instrument hybride : le « Pedabro ». L’idée est d’avoir un son type « dobro » mais avec les fonctionnalités des pédales. Surnommé « The box », cette « pedal dobro guitar » figure, entre autres, sur You and your friend de Dire Sraits :

Jerry Douglas

En terme de jeu en slide à plat sur Dobro, le musicien de référence reste Jerry Douglas. Ici pas de pédales, il s’agit le plus souvent d’une guitare classique, mais portée à l’horizontale, et jouée dans la tradition hawaïenne.

Jerry Douglas est l’un des musiciens les plus demandés quand il s’agit d’enregistrer une partie de slide dobro. Son style se marie aussi bien avec du blues, du folk, de la country, du bluegrass…

Watermelon Slim

Toujours dans le style folk-blues, Watermelon Slim joue en slide sur Dobro à plat sur les genoux, avec en plus la particularité d’être gaucher et de jouer avec les cordes inversées (►plus de détails dans cette chronique).

Parfois la guitare est installée sur un stand, pour lui permettre de jouer debout :

Watermelon Slim est également harmoniciste et a vécu un parcours singulier d’ex-vétéran du Vietnam. Je vous en avais parlé dans ma chronique « Carte blanche » sur le blues, et j’avais eu l’occasion de chroniquer son album Golden boy sur franceinfo culture, en 2017.

Richard Bennett

Si certains sont spécialisés dans ce style et ne jouent que de cette façon, comme Emmons, Franklin ou Douglas par exemple ; d’autres guitaristes alternent le jeu classique, et le jeu en lapsteel, voire pedal steel. C’est le cas notamment de Richard Bennett qui accompagne Mark Knopfler depuis sa première tournée solo en 1996.

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est meetngreet1.jpg.

Sur la majeure partie du répertoire, il est un guitariste rythmique traditionnel. Mais sur quelques titres, il joue en lapsteel, comme sur All that matters, où Mark présente la guitare et son fameux « square neck » (manche carré) :

Autre occasion pour Richard Bennett de jouer à plat sur les genoux : durant les « Meet & greet », ces moments d’avant-concerts où sont conviés quelques privilégiés.

Quelques autres morceaux de Mark Knopfler où Richard Bennett joue en lap steel (liste non exhaustive) : In the heartland, Daddy’s gone to Knoxwille, Old pigweed, Stand up guy, Belle Star, Pulling down the ride…

Il a même joué de la Pedal Steel à plusieurs reprises : sur Redbud tree pour la tournée de 2012, et My bacon roll et On every street l’année dernière en 2019.

Ronnie Wood

Le guitariste des Rolling Stones a joué aussi bien sur Lap Steel, que sur Pedal Steel (par exemple sur Torn and Frayed en live)

On est ici à la frontière entre country et rock n roll. Et justement, en matière de culture américaine, la steel guitar a vite franchi la frontière de la country music pour se retrouver dans le classic-rock.

Utilisée dans le rock

Que ce soit en modèle Pedal Steel, ou simplement Lap Steel, cette façon de jouer de la guitare se retrouve aussi dans le rock. Après être venue des îles du Pacifique, puis après avoir représenté l’archétype de la musique country, la steel guitar s’est affranchie de ses clichés pour épouser autant les ballades rock, que le blues-rock ou même le rock progressif.

Jimmy Page

Jimmy Page jouant de la Pedal Steel Guitar

Le guitariste de Led Zeppelin joue de la Pedal Steel Guitar sur au moins 3 morceaux du groupe :

Your time is gonna come

les effets de slide donnent un parfum typiquement psyché-rock, bien dans l’ère du temps en 1968

Tangerine

Sur l’album Led Zeppelin III, Jimmy Page associe la Pedal Steel Guitar et la wah-wah :

En concert, le morceau était jouée sur la fameuse Gibson EDS-1275  SG double manche et avec un bottleneck pour le solo :

That’s the way

toujours sur le même album, encore la wah-wah avec la Pedal Steel Guitar :

En live, pas de guitare électrique. Uniquement la folk acoustique pour Page et la mandoline pour Jones :

https://youtu.be/NdWPkgtaOTw

David Gilmour

Le guitariste de Pink Floyd a commencé à jouer sur Lap Steel en 1971, après avoir acheté ses premiers modèles en octobre 1970. Avant cette période, il jouait avec un bottleneck sur sa guitare, en suivant l’influence de Syd Barrett. Ainsi, Remember a day, A saucerful of secrets, Set the control for the heart of the sun, Atom heart mother… sont joués sur bottleneck sur Telecaster ou Stratocaster.

Le premier morceau à être joué sur lap steel en studio est One of these days, sur Meddle en 1971. En revanche, Gilmour le joue encore sur sa Stratocaster en concert au début des seventies, par exemple sur le Live at Pompeii. Il ne commence à utiliser la lap steel sur scène qu’à partir de 1974 :

La musique de Pink Floyd intègre le son de steel guitar principalement dans deux couleurs différentes :

Sur ce concert du Live 8 en 2005, Gilmour joue Breathe pour la première et dernière fois à la lap steel sur scène
sur ce concert de 2001, on voit Gilmour actionner la pédale de distorsion juste avant d’entamer le solo

En dehors de Pink Floyd, le guitariste a utilisé des guitares Lap Steel sur plusieurs de ses morceaux solo : No Way, I Can’t Breathe Anymore, On An Island, Then I Close My Eyes, Smile, Red Sky at Night, A Boat Lies Waiting… ainsi que sur des collaborations avec d’autres artistes, ou des retrouvailles post-Floyd :

David Gilmour a joué maintes fois sur Lap Steel que ce soit avec Pink Floyd, en solo, ou encore récemment pour le concert hommage à Peter Green. Outre les lap steel électriques de marque Jedson, Fender, Gibson et Rickenbaker, il a aussi joué sur des acoustiques Weissenborn, notamment pour le titre Then I Close My Eyes, issu de l’album On An Island en 2006 :

Ben Harper

Mais s’il y a un artiste associé aux guitares Weissenborn, c’est bien sûr Ben Harper qui dans les années 90 a remis au goût du jour ces instruments hawaïens, fabriqués dès le début du XXè siècle par Herman Weissenborn, luthier allemand émigré aux États-Unis.

Le guitariste américain a donné une inflexion clairement blues-rock à la guitare lap steel en y ajoutant de la saturation, de la pédale wah-wah… et d’une certaine manière a fait se rejoindre la musique country-blues-hawaïenne avec celle de Jimi Hendrix. Il avait d’ailleurs repris Machine Gun du divin gaucher (à 01:28:35) lors de son concert à Vienne l’année dernière (► ma chronique) :

Et pour ce concert, deux artistes avaient ouvert la soirée : Rosedale, et encore avant, Olivier Gotti, jouant lui aussi sur Weissenborn, preuve que Ben Harper a fait des émules :

John Butler

Dans la continuité de Ben Harper, l’australien John Butler est apparu sur la scène musicale au début des années 2000.  Multi-instrumentiste, il joue de la guitare, du banjo et de la lap-steel entre autres, et sa musique va puiser ses racines dans le Rock, le Reggae ainsi que dans le Bluegrass.

John Butler joue également sur Weissenborn. Une de ses particularités est d’électrifier ses différentes guitares acoustiques qu’elles soient joués de façon classique, ou à plat sur les genoux. Distorsion, wah-wah et multiples effets divers lui offrent une palette de sonorités extrêmement large.

Robert Randolph

Plus récemment, Robert Randolph a poursuivi dans le style d’électrisation de la guitare slide, un peu dans la lignée de Ben Harper et John Butler, mais avec une Pedal Steel Guitar.

Avec son groupe Robert Randolph & the Family Band, d’inspiration funk, soul, gospel, blues, il lui arrive de reprendre aussi des morceaux de Jimi Hendrix, notamment Voodoo Chile (slight return) :

Dans cette vidéo, il nous explique comment il a développé son propre style, à travers ses multiples influences. Il combine très souvent la pedal steel guitar avec une wah-wah :

Pete Drake

Enfin, un dernier exemple, pas à proprement parler dans le style rock, mais il est notable de remarquer que plusieurs musiciens ont cherché à utiliser la Pedal Steel Guitar comme une guitare électrique traditionnelle, en la couplant avec des effets normalement réservés au rock ou jazz-rock. Ici, Pete Drake, a branché son instrument dans une Talk-box, effet popularisé par entre autres Peter Frampton et Jeff Beck :

La guitare à plat sans slide

Bien que le jeu à plat ait été très longtemps associé au fait de glisser sur les cordes, plusieurs guitaristes ont développé une autre façon de jouer qui peut apparaître peu orthodoxe : la guitare est posée à plat, et les doigts de la main gauche se positionnent sur les cases du manche, mais pour le coup « à l’envers » par rapport à la position classique.

Le cas particulier de Jeff Healey

Un des premiers guitaristes qu’on a vu jouer de cette façon est Jeff Healey, à la fin des années 80. Mais à la différences des suivants, lui a appris à jouer ainsi pour une raison indépendante de sa volonté : il est aveugle. Il a par conséquent adopté une position semblable à un pianiste, à la différence que la main gauche a ici un rôle plus prépondérant que sur un clavier.

Il joue sur une guitare type Stratocaster, et pas du tout sur une lap steel, bien qu’il pose sa guitare sur ses genoux. Comme on peut le voir dans la vidéo, il lui arrive même de se lever tout en continuant à jouer.

Sur son album Hell to pay sorti en 1990, Jeff Healey s’est vu offrir la chanson Think I love you too much par Mark Knopfler. Le leader de Dire Straits l’accompagne sur cette version (on peut l’entendre sur le canal gauche) :

Le guitariste aveugle a repris plusieurs standards du rock, dont Roadhouse blues des Doors pour la bande son du film avec Patrick Swayze ou encore While my guitar gently weeps des Beatles :

Jeff Healey a enregistré plusieurs albums dans un style blues-rock avant de passer à la trompette et la clarinette en s’orientant vers le jazz. Il est décédé en 2008.

« Guitar slapping »

Par la suite, plusieurs guitaristes ont développé un jeu dérivé de cette technique, mais en intégrant du tapping. On parle alors de « guitar slapping ». On voit souvent des musiciens de rue jouer dans ce style :

Ici, il s’agit essentiellement de tapping, qui remplace le jeu en slide. L’autre différence est que ce type de jeu se pratique sur des guitares ordinaires, et non des instruments dédiés. Tout au plus, le volume de sortie est boosté afin de compenser le fait que les cordes sont parfois justes pressées par la main gauche.

Cette technique a été illustrée dans le film August Rush (2007) qui raconte l’histoire d’un enfant doué d’aptitudes musicales et développant ce jeu de guitare particulier. Cette scène avec la musique de Kaki King a donné lieu à des dizaines de reprises sur YouTube :

Mais déjà avant le film, plusieurs musiciens s’étaient illustrés dans cette manière peu académique d’appréhender la six-cordes :

Erik Mongrain

Un musicien français qui pratique le tapping sur guitare acoustique à plat sur les genoux :

Luca Stricagnoli

Ce guitariste italien joue de façon classique et parfois sur 2 guitares simultanément, l’une en tapping, l’autre au dessus de la rosace :

Ben Howard

Ce britannique a la particularité d’être en plus gaucher, mais visiblement avec les cordes dans le sens normal (►plus de détails dans cette chronique) :

Morf

L’anglais Morf (également beatboxer) mélange le jeu en tapping et celui en slide, et même le jeu classique dans un même morceau :

Le tout agrémenté de loopers et effets divers. Ses vidéos sont parfois sous-titrées « percussive guitar », terme également employé pour désigner ce style de jeu

Dans les autres cultures

Le jeu de guitare au Botswana

La vidéo de ce musicien botswanais, au nom de Ronald “Ronnie” Moipolai (car oui, malgré les apparences, il s’agit d’un homme), est devenue virale avec plus de 2 Millions de vues :

Décédé très jeune à l’âge de 39 ans en 2008, il était reconnu comme un authentique troubadour africain. Son jeu particulier à la guitare, consistant à toucher le manche non par dessous à la manière classique, mais par le dessus, ne lui était pas propre. Il s’agit en effet de la façon de jouer des guitaristes folk du Botswana, mais Ronnie en était devenu un des meilleurs ambassadeurs, et le succès de cette vidéo a rendu visible au plus grand nombre ce style de guitare.

La cithare d’Europe Centrale

Née dans la Grêce Antique et voisine de la Lyre, la Cithare est devenue  prépondérante dans le folklore autrichien voire germanique, mais aussi répandue en Hongrie, en Suisse, en Slovénie et en France. L’instrument se joue posé sur une table, ou sur les genoux, et les cordes sont pincées avec la pulpe du doigt, éventuellement avec un onglet métallique ou en plastique.

La cithare autrichienne est restée célèbre par la musique du film de Carol Reed Le Troisième Homme (1949), composée et jouée par Anton Karas :

Il existe aussi des cithares à archet (cordes frottées) ou à marteau (cordes frappées).

Le Dulcimer des pays anglophones ou des Appalaches 

Le terme dulcimer est attribué à trois instruments de la famille des cithares :

  • le dulcimer du Moyen Âge des pays anglophones, instrument à cordes frappées de forme rectangulaire ou trapézoïdale, équivalent à la doulcemelle ou doucemelle française, dont il a pris le nom par une modification phonétique.
  • le hammered dulcimer des pays anglophones, instrument à cordes frappées plus moderne de forme trapézoïdale, qui descend du précédent.
  • le dulcimer des Appalaches américain (en anglais mountain dulcimer ou appalachian dulcimer), instrument à cordes pincées, étroit et allongé en forme de 8, ou en forme de larme ou de diverses formes allongées plus ou moins arrondies, joué dans la musique traditionnelle américaine, descendant d’instruments du nord de l’Europe comme le scheitholt allemand ou le hummel flamand, arrivés en Amérique du Nord grâce à des colons d’Europe du nord.

Dans l’univers pop/rock, le Dulcimer a été rendu célèbre par Brian Jones au sein des Rolling Stones, notamment dans Lady Jane en 1966 :

L’instrument s’est également illustré dans la musique folk, avec par exemple une musicienne comme Joni Mitchell :

Le psaltérion européen, oriental ou mexicain

Apparu au moyen-âge, ce probable ancêtre du clavecin est plus proche de la harpe celtique dans son principe : on pince les cordes, mais il n’y a ni manche ni frettes, et on ne fait pas varier la hauteur des cordes. La seule analogie avec notre sujet est dans le fait de le jouer à plat sur les genoux.

Une version plus grande, son ancêtre, appelée Qanûn au Moyen-Orient (du grec Kanon, qui a donné canon en Europe), continue d’être utilisée dans les orchestres.

Au Mexique, cet instrument, baptisé « salterio mexicano », est couramment utilisé dans le folklore aux côtés de la Marimba et des Mariachis traditionnels, jouant notamment des valses, polkas… Parmi les plus célèbres interprètes ayant joué sur disque, figurent le maestro Pedro Ruiz ou Raoul Diaz.

Le Gayageum coréen

Enfin, même si on s’éloigne de la guitare proprement dite, la philosophie de cet instrument coréen (voisin du Koto japonais) reste la même : on fait vibrer les cordes à l’aide de la main droite, et on ajuste la hauteur de la note à l’aide de la main gauche :

La YouTubeuse Luna Lee est une des joueuses de Gayageum les plus célèbres sur le net. Elle reprend nombre de tubes de musique occidentale. Pour terminer cette chronique, je ne pouvais pas ne pas choisir Sultans of swing !

Comme expliqué au début de cette chronique, nulle prétention de ma part d’avoir épuisé le sujet. Il existe certainement bien d’autres manières de jouer de la guitare et d’autres instruments à cordes, différemment de celles communément admises. Simplement l’envie de proposer un aperçu des plus connues parmi celles « à plat », et ne plus confondre jeu en slide ou en tapping, avec ou sans pédales, électrifié ou non. Des façons de jouer qui rappellent qu’à travers les continents, du Pacifique à l’Amérique, en passant par l’Europe, l’Afrique ou l’Asie, la musique s’enrichit mutuellement de toutes les cultures, et que c’est justement ce qui la rend passionnante.

© Jean-François Convert – Août 2020

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