Il y a 30 ans sortait “Neck & Neck” de Chet Atkins & Mark Knopfler

Le 9 octobre 1990 paraissait cet album du duo de guitaristes : le maître et l’élève.

L’élève et son mentor

Tous ceux qui écoutent la musique de Mark Knopfler savent que parmi ses nombreuses influences, Chet Atkins occupe une place de choix. Il lui a inspiré le fingerpicking (mais qu’il a adapté d’une manière différente), mais aussi le goût pour les arrangements tout en finesse, les mélodies ciselées, et une country bon chic bon genre.

Créateur du « Nashville sound », Atkins a été un musicien de studio très prisé, a produit les disques de grands noms parmi lesquels Elvis Presley, et a influencé nombre de guitaristes, de Scotty Moore (guitariste d’Elvis) à Marcel Dadi, en passant par Tommy Emmanuel. Il a certainement joué un rôle de mentor musical, voire de père artistique pour Mark Knopfler, tout comme il l’a été pour Marcel Dadi (avec qui il a joué le bien nommé « Father and son »).

Aussi, lorsque Mark est invité en 1987 au show Chet Atkins & friends, on peut voir dans ses yeux les étoiles de bonheur du fan jouant avec son idole.

Pour la petite histoire, c’est lors de ce concert que Mark Knopfler rencontre pour la première fois Emmylou Harris, avec qui il sortira un album en duo près de 20 ans plus tard : All the roadrunning en 2006

Et quand en plus les Everly Brothers, autres artistes donc Mark était fan dans son adolescence et qui ont longtemps été accompagnés par Atkins, reprennent sa chanson Why worry dans ce même spectacle, on ne peut rêver plus bel accomplissement pour un musicien.

Cette même année, Mark croise à nouveau la route de Chet lors de l’enregistrement de l’album Miracle de Willy Deville, qu’il produit. Et c’est également en 1987 que les deux guitaristes se retrouvent sur la scène du gala caritatif “Secret Policeman’s Third Ball” pour interpréter deux joyaux acoustiques : le standard jazz/country I’ll See You In My Dreams, et le tube intemporel Imagine de John Lennon (dont on célèbre aujourd’hui les 80 ans)

Un album à deux

Quand ils décident d’enregistrer cet album en 1990, les deux compères ont donc déjà joué ensemble plusieurs fois auparavant. Neck and neck est ainsi la concrétisation d’une amitié musicale, teintée de respect mutuel. Mark vénère Chet de par son parcours presque intimidant, et ce dernier loue les talents du « jeune » musicien, aussi bien en matière de guitare que de production.

Le leader de Dire Straits est en effet dans une phase de pause par rapport à son méga-groupe. Il produit d’autres artistes (Randy Newman, Aztec Camera, Willy Deville…), joue les seconds couteaux (notamment pour Eric Clapton) et compose des musiques de films (Princess Bride, Last exit to Brooklyn). 1990 est son année purement « country » : au printemps est sorti l’album des Notting Hillibillies, suivi d’une petite tournée, et après l’intermède Knebworth fin juin, il revient donc avec cet opus, aux côtés d’un des maîtres du genre.

L’unique single de l’album : Poor boy blues

Les chansons varient entre reprises de classiques (Tears, I’ll See You In My Dreams), titres du répertoire de Chet Atkins (Yakety Axe, Just one time), et une composition originale de Mark Knopfler, qui clôt l’album : The Next Time I’m In Town.

Une production léchée

Bien que la plupart des morceaux datent de la première moitié du vingtième siècle, l’ensemble sonne très 1990. La batterie est programmée par Guy Fletcher (tout comme il l’avait fait pour les Notting Hillibillies), le son des guitares est on ne peut plus propre (Mark à gauche, Chet à droite), quelques nappes de claviers discrètes pour enrober le tout, sans oublier l’incontournable Paul Franklin à la Pedal steel ou au Pedabro.

Quelles guitares ?

Pour les instruments utilisés, pas énormément d’infos. Sur la pochette de face, Mark pose avec une Pensa-Suhr, et Chet avec sa Gretsch fétiche. Au dos, les deux sont avec une Gretsch. Difficile de dire si Mark en a utilisé une, et sur quel titre. En revanche, sur Yakety axe, le son de sa guitare ressemble fort à une Telecaster.

Compte-tenu du style musical de l’album, on pourrait également penser que la Gibson Super 400 y fait son apparition, mais là encore, aucune indication précise. Mark joue les solos sur guitare acoustique pour les morceaux There’ll be some changes made, Tears, et I’ll See You In My Dreams.

Comme pour chacun des albums de DS/MK, j’ai tenté de synthétiser les différentes parties de guitares, morceau par morceau, sur le site d’Ingo Raven.

Chet Atkins et Mark Knopfler par © Denys Legros

Un album sans prétention

A mon goût, ce n’est pas un grand album à proprement parler, mais très agréable à écouter. On imagine d’ailleurs aisément qu’il n’avait pas d’autre ambition que celle d’accompagner des virées bucoliques à la campagne, des trajets où l’on peut prendre le temps d’admirer les paysages, et se laisser bercer par les arrangements soyeux qui invitent à la rêverie, tel le doux Tahitian Skies

Un plaisir communicatif

Mais surtout, on ressent le plaisir non dissimulé que les deux musiciens ont eu à enregistrer ce disque. Les sourires des photos semblent plus que sincères, et comment ne pas être contaminé par la bonne humeur qui transpire sur le titre There’ll Be Some Changes Made. Les paroles originales de  Margaret Archer ont été remaniées par Mark et Chet qui s’amusent comme deux gamins. Chet ironise sur Money for nothing, et s’inquiète à un moment donné d’avoir chanté faux, tandis que Mark lui demande, laconique : « tu as déjà joué avant ? » ou « Quelqu’un a frappé ? »… fou-rires dans le studio, forcément contagieux à l’auditeur.

Une complicité qui se sentait également dans leurs apparitions publiques à la télévision, comme par exemple dans cette émission Rock Steady, le 27 février 1990, plusieurs mois avant l’enregistrement de l’album. Mark et Chet y expliquent leurs techniques de jeu, et jouent le classique The house of the rising sun

Après cet épisode, Mark et Chet se re-croiseront de temps à autre comme par exemple lors de sessions à Nashville en 1998, les “Chet Atkins Musician Days” (du 22 au 28 Juin 1998). Le fan des Everly Brothers y interprète, entre autres, une de ses nouvelles chansons (jamais sortie officiellement), qui leur est dédiée : Two skinny kids. Et puis à cette même époque, Chet rend visite à Mark pendant les sessions d’enregistrement de Sailing to Philadelphia (► chronique de l’album), sessions étalées sur 2-3 ans entre 1998 et 2000.

Chet Atkins s’en est allé le 30 juin 2001, alors que Mark Knopfler était en pleine tournée Sailing to Philadelphia. Ce dernier explique que son mentor lui a laissé une enveloppe contenant des conseils pour pratiquer la guitare… enveloppe qu’il n’a pour l’instant pas encore ouverte, et qu’il n’ouvrira peut-être jamais. Parfois, on préfère rester dans les souvenirs, comme c’est le cas avec cet album, sorti il y a tout juste 30 ans aujourd’hui.

© Jean-François Convert – Octobre 2020

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