Yes sortait “Relayer” il y a 45 ans

Le 13 décembre 1974 sortait ce 7ème album de Yes. Retour sur un petit bijou du rock progressif britannique des seventies.

Un album incontournable du rock progressif

En 1974, Pink Floyd s’étant déjà envolé vers des sphères de succès international, avec une musique aux accents plus pop, Yes, Genesis et King Crimson restent les trois fleurons du prog-rock à l’anglaise. Il est d’ailleurs amusant de noter que le batteur Bill Bruford a joué avec les trois ! Bien sûr, beaucoup d’autres artistes occupent la scène progressive, et un certain quatuor du nom de Queen ne va pas tarder à s’imposer dans le rock tout court.

Mais pour l’heure, le haut du pavé est tenu par ce trio. King Crimson, qui vient de sortir Red, à la fois sombre et beau, peut apparaître plus austère au yeux du public. Aussi, les deux véritables challengers au titre de roi du prog, les Beatles et Stones des années 70, ce sont vraiment Yes et Genesis. Les deux groupes rivalisent d’albums somptueux : The Yes Abum contre Trespass, Fragile face à Nursery Cryme, Close to the Edge et Foxtrot, le double Tales from Topographic Ocean forcément plus long que Selling England by the pound

Chaque disque repousse les limites de la composition pop-rock, avec des pièces musicales complexes, architecturales, élaborées, mais en même temps mélodiques, accrocheuses et surtout plaisantes à écouter. La virtuosité technique est au service de la création, et on n’est pas dans la démonstration vaine, comme ça a pu être le cas assez souvent dans le progressif en général.

Ainsi, face au dernier album de Genesis avec Gabriel, The lamb lies down on Broadway, Yes sort Relayer, qui reprend la même formule qu’un de ses précédents chefs-d’œuvre : Close to the edge. Une face entière dédiée à une symphonie rock de plus de 20 minutes (la durée moyenne d’une face de vinyle), et l’autre divisée en deux morceaux plus “courts” de “seulement” une dizaine de minutes chacun… les notions de durées étaient vraiment différentes à cette époque…

The Gates Of Delirium

La longue pièce épique de la face A ne porte pas le titre de l’album, mais se nomme The gates of delirium. En grande partie l’œuvre de Jon Anderson qui s’inspire librement de Guerre et paix de Tolstoï, le morceau opte pour une structure plutôt narrative qui décrit une bataille, des combats, de la rage… de la sueur, du sang et des larmes, aurait dit Churchill.

Mais Yes a toujours prôné l’optimisme et le positif. C’est pourquoi ce long opus assez violent pendant ses trois premiers quarts, se termine sur une note d’apaisement et de sérénité. La guerre n’est pas inéluctable, et l’auteur préfère y opposer la paix et l’espoir. Le final de The gates of delirium est un chef d’œuvre à part entière et vaut à lui seul de posséder l’album. Sorti en single en janvier 1975, Soon est sans doute l’une des plus belle parties vocales de l’histoire du rock. On croirait entendre un ange, et la voix éthérée de Jon Anderson répond en écho à la pedal steel de Steve Howe. Laissez-vous porter, et envolez-vous dans les limbes

Le morceau a été repris dans de nombreux concerts du groupe, ainsi que lors des tournées solo de Jon Anderson.

Sound Chaser

Si le morceau de la face A est en grande partie l’œuvre de Jon Anderson (bien que tout le groupe ait ensuite participé à la composition), celui-ci porte indéniablement la patte de Patrick Moraz, nouvel arrivant aux claviers sur cet album.

A la fin de la tournée précédente, Yes a en effet vu partir Rick Wakeman, son claviériste depuis Fragile en 1971. Après plusieurs auditions, dont celle d’un certain Vangelis qui ne donnera pas suite par refus de prendre l’avion, le groupe retient ce musicien suisse, de formation classique et jazz, ex-Refugee, et futur Moody Blues, qu’il rejoint après la tournée de 1975. L’album suivant Going for the one en 1977 verra le retour de Rick Wakeman.

La photo du groupe à l’intérieur du disque. De gauche à droite : Chris Squire (basse), Steve Howe (guitare), Alan White (batterie), Jon Anderson (chant), et Patrick Moraz (claviers)

Bien qu’il n’ait joué que sur un seul album et une seule tournée, Moraz a influé sur la musique de Yes. Et les intonations jazz-rock sur Relayer, et en particulier Sound Chaser en sont un parfait exemple.

L’émulation dans ce morceau pousse d’ailleurs Steve Howe dans ses retranchements, et ce dernier délivre un hallucinant solo, au véritable sens du terme : il joue en effet entièrement seul pendant plus d’une minute (entre 3:00 et 4:20), et continue de mener la danse pendant plus d’une minute encore (jusqu’à 5:30 et la reprise du chant). Des cascades de notes qui alternent avec des gémissements plaintifs. Un son plus agressif que sur les albums précédents, dû à l’utilisation d’une Telecaster, au son plus tranchant que ses Gibson.

To Be Over

Et c’est encore le guitariste qui insuffle le ton du dernier morceau. Une ballade aux accents floydiens, avec à nouveau la pedal steel, dont le son planant alterne avec soit le synthé de Moraz, soit la Telecaster en staccato.

Une chose qui m’a souvent frappée chez Yes comme chez Genesis, est le fait que les morceaux en studio ne comportent quasiment jamais d’overdubs, ou à de très rares exceptions. A l’inverse de Pink Floyd, Queen ou Led Zeppelin par exemple, qui accumulaient les couches de guitares et de voix, les groupes de pur prog mettaient souvent un point d’honneur à structurer leurs compositions de façon à ce qu’elles puissent être reproduites fidèlement en live, sans adjonction de musicien supplémentaire. L’exemple est frappant dans To Be Over, où Steve Howe enchaîne la guitare et la pedal steel, sans jamais que les deux instruments ne se chevauchent. Il pouvait ainsi jouer le morceau tel quel en concert (ce qui n’est pas du tout le cas pour le Floyd avec Breathe, par exemple ).

 

 

L’album en live

La sortie de Relayer a été suivie d’une tournée, la seule avec Moraz. L’album était joué en intégralité, mais pas dans le même ordre, et entrecoupé par le morceau Close to the edge. Un des concerts emblématiques de cette période est celui donné au stade Loftus Road le 10 mai 1975. La quintessence du rock progressif en live, avec une théâtralisation affirmée du show : un rideau s’ouvre sur la scène après un prologue musical en guise d’ouverture, puis les jeux de lumières et de fumigènes plongent le spectacle dans une expérience audio-visuelle autant que sensorielle et même spirituelle.

Ouvrez la vidéo dans YouTube pour accéder à la playlist complète du concert

Malgré la sortie d’un album-monument avec Wish you were here de Pink Floyd, cette année 1975 marquait le début de la fin du prog-rock… avant que n’arrive la déferlante punk. Mais quel millésime que 1974 ! Trois groupes majeurs et trois chefs-d’œuvre : Le double The lamb lies down on Broadway de Genesis, l’épuré et spartiate Red de King Crimson, et ce superbe Relayer de Yes. 45 ans aujourd’hui, et toujours un joyau à écouter.

Et le groupe a d’ailleurs annoncé (sur son site, son compte Twitter, et sa page Facebook) une tournée pour 2020 où l’album sera joué en intégralité.

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