Le premier album de The Band, “Music From Big Pink” a 50 ans

Avant cet album, on ne parlait pas encore du style “Americana”, ce mélange de country, folk, blues, gospel, soul et rock. Mais cinq musiciens se faisant appelés sobrement “le groupe” ont apporté un vent de fraicheur en cette fin des années soixante, en jouant une musique qu’on avait l’impression d’avoir toujours entendue. Comment le backing band de Bob Dylan est devenu un groupe culte.

The Band en 1969

Un groupe inconnu

Festival folk de Newport 24 juillet 1965. Bob Dylan monte sur scène avec en bandoulière une guitare (ô sacrilège !) électrique. Le divorce est consommé entre les puristes tenants d’un folk exclusivement acoustique et les partisans de l’ouverture pour aller vers ce qui s’appellera bientôt le ”folk-rock” et qui va embarquer une bonne partie de la scène de San Francisco post-Woodstock.
Pour enfoncer le clou, il s’adjoint pour la tournée 1966 un groupe permanent : Robbie Roberston à la guitare, Rick Danko à la basse, Richard Manuel et Garth Hudson aux claviers, et Levon Helm à la batterie. On les découvre dans les images tournées par D.A. Pennebaker en 1966.

On ne les connait pas encore sous le nom de “The Band”. Ils ont débuté à la fin des années cinquante en accompagnant Ronnie Hawkins, sous le nom “The Hawks”. Quasiment tous multi-instrumentistes et chanteurs, ils vont réellement se révéler en cette année 1968.

Dylan, Woodstock et la maison rose

En juillet 1966, Bob Dylan sort de la route sur sa moto Triumph et se retrouve hospitalisé. Il va se retirer un temps de la vie publique en s’installant à Woodstock. Les musiciens de The Band viennent le rejoindre, et durant l’année 1967, enregistrent avec lui de nombreux morceaux, mais qui ne seront publiés qu’en 1975 sous le nom The Basement Tapes, après être sorties sur des circuits parallèles dès 1969 : un des premiers bootlegs de l’histoire du rock.
Les 5 musiciens emménagent dans une baraque rose aux alentours, et y installent de quoi enregistrer en autonomie. Un home studio avant l’heure.

La maison « Big Pink », de nos jours

C’est Garth Hudson qui fait office d’ingénieur du son et déclenche les magnétos situés derrière ses claviers. De ces sessions va naitre leur premier album, sobrement appelé Music From Big Pink (« la musique du baraquement rose »), qui fête aujourd’hui son demi-siècle et n’ a rien perdu de son statut d’album culte.

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Même si quand on l’écoute aujourd’hui on a l’impression d’avoir toujours entendu cette musique aux États-Unis, personne avant eux n’avait osé ce mélange entre les racines américaines (blues, country, gospel) et le rock du moment, plus électrique. Quand la musique roots des Appalaches rencontre l’effervescence du psyché rock californien. Les instruments traditionnels (mandoline, banjo, harmonica, violon) côtoient naturellement des guitares électriques rageuses et des claviers aux prémices du prog-rock.

Mais le morceau qui va propulser l’album dans les charts est The Weight. Une des raisons est qu’il va faire partie de la bande originale d’un des films rock les plus célèbres : Easy Rider en 1969. Cette magnifique ballade composée par Robertson (comme la plupart des morceaux du groupe) a été incluse dans la sélection des « 500 chansons qui ont façonné le rock ‘n’ roll » (500 Songs that Shaped Rock and Roll) du Rock and Roll Hall of Fame .

Une réédition luxueuse, riche et soignée

Pour les 50 ans de l’album, Universal/Capitol propose depuis le 31 aout plusieurs éditions dont une “super deluxe” contenant vinyles, CD et blu-ray audio. Tous les morceaux ont été remixés à partir des bandes master originales, et 6 bonus tracks viennent agrémenter le tout.

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L’édition Super deluxe : CD, 2 LP, et blu-ray audio (avec un mix de l’album en 5.1) ainsi qu’un 45 tours et un luxueux livre

Des morceaux inédits, dont une reprise de Key to the Highway du répertoire de Freddie King, et repris notamment 2 ans plus tard par Derek & The Dominos.

Le dernier bonus est une véritable pépite : I shall be released en version (quasi) a capella. Hormis un clavier discret, seules les harmonies vocales font merveille.

C’est avec ce morceau de Bob Dylan que The Band clôturera son concert d’adieu à la scène The Last Waltz, filmé en 1976 par Martin Scorcese. Le gratin du rock de l’époque les accompagnait, et parmi les stars présentes, Eric Clapton a exprimé son admiration pour le disque Music from Big Pink. Un album phare de l’histoire du rock, qui retrouve à 50 ans, une nouvelle jeunesse.

© Jean-François Convert – Septembre 2018

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