L’album ‘Fragile’ de Yes fête son demi-siècle

Le 26 novembre 1971 sortait ce quatrième album studio de Yes. Retour sur le premier disque du groupe avec Rick Wakeman et illustré par Roger Dean.

Le meilleur line-up de Yes ?

L’année 1971 a été mouvementée pour le groupe : le 3ème opus The Yes album sorti le 19 février s’est fait avec un changement de guitariste (Steve Howe a remplacé Peter Banks), et cet album Fragile qui sort en novembre (deux albums la même année !) voit l’arrivée d’un nouveau claviériste, le virtuose Rick Wakeman.

La suite de la carrière de Yes montrera des changements fréquents de musiciens, et cette formation Anderson-Squire-Bruford-Howe-Wakeman n’est à l’œuvre que sur deux albums : celui-ci et le suivant Close to the edge en 1972. Bruford apparaitra sur quelques morceaux du live Yessongs qui sort en 1973, mais est remplacé par Alan White juste après la fin de l’enregistrement de Close to the edge. Il part rejoindre un autre grand groupe de rock progressif : King Crimson.

Un des posters figurant à l’intérieur de la pochette

Beaucoup considèrent cette formation comme la meilleure de l’histoire du groupe. Cinq fortes individualités qui justement s’expriment chacune à son tour dans Fragile.

Equilibre entre collectif et solo

Sur les neuf morceaux de l’album, quatre sont interprétés par l’ensemble du groupe (même s’ils ne sont composés que par certains), et cinq sont centrés sur chacun des membres (composition et interprétation).

Howe et Anderson durant les sessions d’enregistrement de Fragile (Septembre 1971 Adivision studios, Londres) © Michael Putland/Getty Images

Wakeman a l’honneur d’être le premier de la liste avec Cans and Brahms qui est en fait le Troisième mouvement de la Symphonie n°4 de Johannes Brahms. Le musicien réarrange la pièce classique et l’interprète seul sur différents claviers (piano, orgue, clavecin, synthétiseurs, mellotron). Anderson chante toutes les parties vocales de sa composition We Have Heaven. Bruford démontre sa maitrise de la batterie sur Five Per Cent for Nothing et sa métrique bancale. Squire joue différentes lignes de basse sur The fish au point qu’il en devient difficile de les différencier d’une guitare. Enfin Steve Howe opte pour la sobriété avec Mood for a Day à la guitare classique (cordes nylon), plus épuré que son countryesque The clap sur l’album précédent. Un Steve Howe à la collection d’instruments impressionnante comme le montre cette photo de l’intérieur de la pochette :

Deux pièces maitresses du répertoire de Yes

Quant aux morceaux collectifs, ils vont de l’étonnamment court (Long distance runaround à 3min33) à la longue pièce épique Heart of the sunrise dépassant les 10 minutes, et qui annonce les futures symphonies rock des albums suivants. Même le « single » Roundabout qui ouvre le disque, dépasse allégrement les 8 minutes. Un mélange de frénésie rock avec son orgue Hammond survolté et de lyrisme mélodique par sa guitare qui alterne les harmoniques cristallines et les riffs tranchants. Un des « tubes » de Yes.

South side of the sky est peut-être un peu moins connu du public car moins joué en concert, mais apporte aussi son lot d’atmosphères baroques, de guitare jazz-rock, et d’intermède piano / harmonies vocales de toute beauté.

C’est surtout le final en apothéose de l’album qui marque les esprits. Heart of the sunrise distille d’abord une ambiance inquiétante avant de s’envoler vers des hautes sphères, aussi bien par la voix d’Anderson, les breaks syncopés de Bruford, la guitare virevoltante de Howe, la basse tantôt lancinante tantôt épileptique de Squire, et les claviers sinueux de Wakeman.

Et l’album se clôt sur un morceau « caché ». En effet, les notes de pochette indiquent une durée de 10min34 pour Heart of sunrise ce qui suppose que la tracklist du vinyle n’incluait pas officiellement la dernière minute où l’on entend la reprise de We have heaven. Les éditions CD ont inclus cette partie dans la dernière plage du disque, donc à la fin de Heart of sunrise, lui donnant ainsi une durée totale de 11min33 en inadéquation avec ce qui est indiqué sur la pochette.

Une pochette visionnaire ?

Et justement en parlant de pochette, celle de Fragile est la première du groupe a être illustrée par Roger Dean. On peut y voir une première ébauche du logo au nom du groupe, mais ce n’est pas encore celui aux formes curvilignes qui les suivra pendant les années voire décennies suivantes.

En ce qui concerne le dessin, ainsi que les illustrations au dos ou à l’intérieur, elles font bien évidemment écho avec la situation climatique actuelle et la « fragilité » de la planète bleue. Une vision prémonitoire, cinquante ans avant les catastrophes écologiques que nous vivons aujourd’hui.

Mais le titre de l’album était aussi à double sens, comme l’a expliqué Bill Bruford :

« Le titre ‘Fragile’ ne provient pas seulement de la fragilité du globe sur lequel nous vivons et qui est représenté sur la pochette mais aussi de la fragilité du groupe à l’époque. Nous avions ce sentiment que le groupe pouvait éclater d’un moment à l’autre… »

Et à plusieurs reprises, Yes s’est effectivement éclaté, puis reformé, puis séparé à nouveau avec de multiples changements de membres, de configurations diverses, incluant parfois des musiciens jouant de concert avec leurs remplaçants, comme par exemple lors du Union Tour en 1991.

Mais aujourd’hui encore, on garde souvent comme référence leur période des seventies avec une série d’excellents albums allant en gros de The Yes album à Going for the one. Et dans cette série, Fragile fait un peu figure de pilier fondateur, qui mènera aux trois chefs d’œuvre suivants. Un disque sorti il y a tout juste 50 ans ce 26 novembre.

© Jean-François Convert – Novembre 2021

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