Il y a tout juste 45 ans sortait “The lamb lies down on Broadway” de Genesis

Avec ce double album, Genesis passait au format chansons courtes enchaînées, plutôt que longs morceaux épiques, sauf sur un ou deux. Retour sur le dernier opus du groupe avec Peter Gabriel.

Un concept-album

En 1974, Genesis est déjà bien installé comme héraut du rock progressif anglais, aux côtés de Yes, King Crimson, Pink Floyd…pour ne nommer que les plus connus. Après des albums portés par des longues pièces épiques de 8, 10, 12 voire plus de 20 minutes, le groupe opte pour un format différent : un double vinyle, qui raconte une histoire du début à la fin à travers des chansons, plutôt courtes (à part une ou deux), et qui s’enchaînent la plupart du temps. Un concept-album, à mi-chemin entre Tommy des Who (1969) et The Wall de Pink Floyd, qui paraîtra 5 ans plus tard (chronique prévue dans un peu moins de 2 semaines, pour ses 40 ans: le 30 novembre).

Un visuel signé HIPGNOSIS, collectif graphique mené par Storm Thorgerson, et célèbre pour ses nombreuses pochettes de disques de rock, notamment celles de Pïnk Floyd

Cette histoire quelque peu fantasmagorique, dans un New York futuriste, est essentiellement l’oeuvre de Peter Gabriel, dont ce sera la dernière contribution à la discographie du groupe. Il imagine les aventures de Rael (anagramme de “Real”, et quasiment au même moment où se fonde la tristement célèbre secte du même nom), new-yorkais d’origine porto-ricaine, et de son frère John. Ils voyagent à travers des mondes fantastiques et y croisent des créatures toutes plus étranges les unes que les autres.

Cette page Wikipedia détaille chacune des chansons, et son articulation dans l’histoire globale.

Les textes sont tous signés par Gabriel, à part peut-être Lilywhite Lilith au crédit de Collins (qui chante également le lead). Les musiques en revanche sont la plupart du temps collectives. Une oeuvre de groupe où chaque musicien apporte sa créativité.

Un musique complexe et variée

Comme dans tout concept-album, on retrouve des rappels mélodiques d’un morceau à l’autre, des renvois de phrases musicales qui assurent une continuité et une homogénéité. L’exemple le plus frappant est The Light Dies Down On Broadway qui mixe les mélodies du morceau titre avec The Lamia :

Tony Banks compose comme à son habitude des mélodies imparables et des parties de piano ou synthé à la fois volubiles, expressives et grandiloquentes : que ce soit l’intro du tout premier morceau-titre, le riff en 5/4 de Back In NYC, les arpèges de Anyway, les chœurs fantomatiques de Silent Sorrow In Empty Boats, ou les arabesques synthétiques (au Moog ?) de Riding The Scree et Colony Of Slippermen. Ce morceau est le deuxième de l’album à dépasser les 8 minutes, et renoue ainsi avec les standards du groupe des années précédentes.

Michael Rutherford tisse des rythmiques ardues, à la basse ou la 12 cordes : The Chamber Of 32 Doors, le final It, et surtout In The cage, le premier morceau “long” du disque. Changements de rythmes, de tonalités d’ambiances…du pur Genesis

Steve Hackett brille de mille feux : des solos alambiqués sur Fly On A Windshield, Here Comes The Supernatural Anaesthetist ou The Lamia, à la ritournelle finale de It, en passant par ses phrases en style “violoning” (effet obtenu avec une pédale de volume pour amener le son après l’attaque) sur Hairless Heart (morceau qu’il reprend lors de ses concerts en solo) ou le magnifique Carpet Crawlers, sans parler de ses autres incursions, que ce soit en rythmique ou en lead. Une jam en studio sur ce qui allait devenir l’expérimental The Waiting Room, permet d’entendre l’influence majeure qu’a eu le musicien sur le groupe à cette période (lire ma chronique à ce sujet) :

Phil Collins quant à lui, maintient une assise rythmique à la fois solide et subtile, riche et foisonnante. Il peut être aussi bien sur un registre rock dans Lilywhite Lilith (où il chante d’ailleurs le lead), pop swinguante avec Counting Out Time, ou tout en syncopes et contretemps sur Fly On A Windshield. Mais en plus de maitriser les fûts comme jamais, il offre également de très belles parties vocales, notamment sur Carpet Crawlers, un des plus beaux morceaux de Genesis (et pas loin d’arriver en deuxième position derrière mon préféré Firth of Fifth), en terme de mélodie et d’ambiance sonore.

Derrière les voix de Gabriel et Collins, c’est bien la guitare de Hackett qu’on entend, avec ce son qui pourrait presque s’apparenter à une flûte. Car il y a très peu de flûte sur cet album, a priori uniquement sur Cuckoo Cocoon. Pour sa dernière œuvre au sein de Genesis, Peter Gabriel s’est focalisé sur les textes et l’histoire, et ne joue plus de tambourin ou de grosse caisse comme par le passé. L’imposante scénographie de la tournée l’en aurait de toute façon empêché.

La dernière tournée avec Peter Gabriel

Dès fin 74, Genesis part en tournée pour jouer l’album, en intégralité, dans l’ordre, de façon à le présenter comme un spectacle dans son entier. Entre les chansons, Gabriel raconte l’histoire de Rael. Est-ce qu’aujourd’hui on appellerait ça une comédie musicale ou un opéra rock ? (lire mon paragraphe à ce sujet, dans ma chronique de Tommy)

L’expérience est autant visuelle qu’auditive : le groupe utilise de nombreux effets spéciaux dont des éclairages particuliers et la projection de diapositives (1 124 sur tout le concert) sur trois écrans, qui illustrent l’histoire. Dans une interview au début des années 90, le trio Collins-Banks-Rutherford expliquait qu’il n’y avait eu quasiment aucun concert où le dispositif ait fonctionné parfaitement du début à la fin ! Cette instabilité du système technique a rebuté le groupe pour filmer le spectacle. Par conséquent, il n’existe que quelques images amateurs.

Le Tribute Band The Musical Box reprend dès octobre 2000 en tournée le spectacle tel que Genesis l’avait conçu. Selon Phil Collins ce groupe canadien joue mieux que les musiciens originaux. Le chanteur possède exactement le timbre de Peter Gabriel et chante sans jamais donner l’impression de copier l’original. La qualité de cette reprise est telle que les anciens membres de Genesis, Peter Gabriel en tête, ont accepté de transmettre les notes de mise en scène et les diapositives du spectacle original (Wikipedia)

C’est durant la tournée que Peter Gabriel annonce aux autres membres son souhait de quitter le groupe. La nouvelle n’est rendue publique qu’une fois la tournée terminée. Le dernier concert a lieu le 27 mai 1975 à Saint-Étienne ! En tant que stéphanois, je ne peux qu’être fier que ma ville d’origine soit celle qui ait vu le dernier concert de Genesis avec Peter Gabriel !

Le livre de Jon Kirkman, consacré à la tournée (disponible sur le site de l’auteur) © Jon Kirkman

A noter qu’une version live officielle est sortie en 1998 sur le coffret Archive 1967–75. Il s’agit du show enregistré à Los Angeles au Shrine Auditorium le 24 janvier 1975, mais avec la voix de Peter Gabriel réenregistrée en studio, car la prise de son en concert était quelque peu altérée par ses multiples costumes, dont certains masquaient partiellement sa voix. Steve Hackett a également réenregistré certaines parties de guitare.

Ouvrez la vidéo sur YouTube pour accéder à la playlist complète

Mais on peut également trouver le concert originel sans les réenregistrements :

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L’album mis en images

Enfin, une curiosité : le Youtubeur Nathaniel Barlam a illustré diverses chansons, notamment Guinnevere de Crosby, Stills & Nash, deux morceaux de Joni Mitchell : Amelia et Song For Sharon, mais aussi Charlie Freak de Steely Dan, The Family and the Fishing Net de Peter Gabriel, ou encore Get Out Of My House de Kate Bush

Mais son plus gros travail concerne Genesis. Outre Supper’s Ready ou Who Dunnit? il a surtout dessiné la quasi-intégralité de The Lamb Lies Down on Broadway :

Ouvrez la vidéo sur YouTube pour accéder à la playlist complète

Sa dernière vidéo Riding the Scree date du mois d’août. Gageons qu’il est en train de terminer les deux derniers morceaux In The Rapids et It, pour peut-être bientôt les publier, et ainsi rendre hommage à cet album, sorti il y a tout juste 45 ans aujourd’hui.

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