Il y a 40 ans, Mike Oldfield changeait de style avec “Platinum”

Le 23 novembre 1979 sortait “Platinum”. Avec ce 5ème album, Mike Oldfield prenait un virage musical avant d’aborder les eighties avec grand succès. Retour sur le disque au papillon bleu.

Une nouvelle formule

Après 4 premiers albums basés sur une même pièce musicale en 2 parties (1 par face) pour Tubular Bells, Hergest Ridge et Ommadawn, et 4 parties sur le double Incantations, Mike Oldfield opte pour un nouveau format :

  • La première face avec un long instrumental, en l’occurrence le morceau-titre
  • La deuxième face avec des chansons à la durée “standard”

Cela lui permet de mixer ses influences de rock progressif avec un aspect plus pop, et ainsi pouvoir proposer des singles. D’un côté le développement épique et complexe, de l’autre les tubes potentiels, et une ouverture sur le grand public. Oldfield va conserver cette idée dans plusieurs albums qui lui apporteront le succès commercial dans les années 80.

Il est à noter que ce changement intervient également après une thérapie suivie par le musicien (durant les sessions de Incantations) qui le transforme radicalement, en soignant sa timidité maladive.

Musicalement, on sent un virage plus rock, avec un son plus “groupe ”. Pierre Moerlen (de Gong) tient la batterie, et d’autres musiciens que Oldfield jouent de la basse et des claviers. De plus, la chanteuse Wendy Roberts interprète 2 chansons : le final I got Rhythm de Gerschwin, et un morceau intitulé Sally….à moins qu’il ne s’agisse de Into wonderland….

Sally / Into Wonderland” : le morceau au titre faux

Comme je l’expliquait dans une chronique l’année dernière, l’intitulé du morceau est resté erroné pendant plus de 20 ans ! Celui qui figure sur l’album est en réalité Into Wonderland, chanté par Wendy Roberts, et non Sally, celui prévu à l’origine, et chanté par Mike en duo avec sa femme Sally Cooper (à ne pas confondre avec Sally Oldfield, sœur du musicien).

La matrice de la pochette étant déjà partie pour impression après la décision de changer le morceau, le titre “Sally” est resté indiqué sur toutes les éditions vinyle et CD :

A gauche la 1ère édition CD, à droite la réédition “remaster” de 2000, les deux avec l’indication “Sally”

jusqu’à la réédition de 2012 qui a corrigé l’erreur :

Oldfield Platinum deluxe 2012
L’édition 2012 avec plusieurs bonus, et le bon titre “Into Wonderland”

Voici le réel “Sally”, chanté par le couple Oldfield, et surnommé dans les milieux de fans comme la version “Gorilla”, en référence aux paroles « Sally, I’m just a Gorilla » :

On remarque que la mélodie est similaire à celle du morceau suivant Punkadiddle, et que les deux titres avaient été composés de façon à s’enchaîner parfaitement musicalement. Le remplacement par Into Wonderland a quelque peu rompu cette fluidité, ce qui explique le démarrage brutal de Punkadiddle sur la version définitive de l’album.

Il est plutôt surprenant que le “véritable” Sally ne figure pas sur la réédition de 2012. En revanche, le deuxième CD offre une version live enregistrée au stade de Wembley à Londres le 28 mai 1980, qui était restée jusque-là inédite.

Platinum en live

La version sur “The complete”

Avant cette réédition de l’album en 2012, la double compilation “The complete”, sortie en 1985, proposait la première version live officielle du morceau Platinum :

Munich 1980

D’autres versions live de la même période circulaient déjà sur les disques pirates. On peut les trouver sur YouTube, comme par exemple celle de Munich en 1980 :

Wembley 1980

L’édition deluxe de Platinum, sortie en 2012, offre donc une seconde version live officielle du morceau-titre de l’album :

Dortmund 1980

Cette version a été filmée pour l’émission RockPop en décembre 1980. Cette série de concerts est bien connue des fans de Dire Straits, car le groupe y a également joué pour un concert, dont le bootleg est aussi très prisé par son public (et décortiqué dans cet article d’Ingo Raven).

 

 

Donostia 1984

Enfin cette version étonnante lors d’un concert en 1984 :

Tout d’abord, on y voit Mike jouer de la basse, puis passer sur sa fameuse Stratocaster rouge (car oui, lui aussi, à l’instar de Mark Knopfler, était fan d’Hank Marvin dans sa jeunesse), en remplacement de la SG utilisée sur les tournées précédentes. Rien de surprenant quand on sait que 1984 est l’année de la tournée ayant suivi l’album Crises (1983) et de son tube Moonlight Shadow, et par conséquent une période où le guitariste privilégiait abondamment cette Strato rouge (même si le clip de ce méga-hit le montre avec un modèle Sunburst).

Mais ce qui vaut à coup sûr le coup d’œil dans cette version live de Platinum est de voir le musicien présenter les membres du groupe à l’aide de pancartes ! (à partir de 5:50)

Un numéro quelque peu original, mais symptomatique de cet artiste qui n’a pas toujours été très à l’aise dans sa relation au public. Et c’est justement cet album Platinum, sorti il y a tout juste 40 ans aujourd’hui, qui a amorcé son virage « médiatique » et lui a apporté le début d’une seconde notoriété. Car même si Tubular Bells l’avait révélé au public, il restait néanmoins dans une sphère prog-intello-élitiste. Avec Platinum, Mike Oldfield a gagné ses galons de pop-star, et son succès ne s’est pas démenti pendant toute la décennie qui a suivi. L’occasion de (re)découvrir cet album quadragénaire.

Étiqueté , , , , , ,

2 commentaires sur “Il y a 40 ans, Mike Oldfield changeait de style avec “Platinum”

  1. Bravo. Cet album est rarement commenté, cité, et ici très précisément explicité!! J’ai longtemps privilégié l’écoute des « quatre premiers »…
    Ton article nous replonge dans l’envie d’écouter Platinum, merci!!!
    Blaise #monhistoiredurock.fr

    1
  2. J’ aime la précision « comme M.K »

    2

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

error

Suivez ce blog sur les réseaux