Au revoir Graeme, puisqu’il a fallu que tu t’en ailles…

Graeme Allwright est décédé ce dimanche 16 février à l’âge de 93 ans. Tout un pan de mon enfance qui s’en va… mais ses chansons restent

Graeme Allwright en 1978 © Panopteric / Wikipedia Commons

“Dans la bagnole de mon père”

Ce titre de Gauvain Sers évoque les trajets en voiture sur la route des vacances, à écouter des chansons en famille. Je m’ y retrouve complètement, et s’il y a un chanteur qu’on a écouté en boucle avec mes frères et mes parents, c’est bien Graeme Allwright. Je revois encore la cassette bleue “Volume 2” avec tous ses tubes : Sacrée bouteille, Emmène-moi, Ça je ne l’ai jamais vu (qu’est-ce qu’on a pu rire avec mon frère), Demain sera bien, Let it be (que je découvrais avant même de connaitre les Beatles)… et surtout Il faut que je m’en aille

Cette chanson qui clôturait la fameuse cassette, il n’était pas rare qu’on l’entonne à tue-tête dans la voiture, et on ne compte plus le nombre de fois où elle a été reprise en chœur lors de réunions familiales, même encore récemment pour les 80 ans de mes parents…

C’est d’ailleurs mon père qui nous avait expliqué la signification de l’avant-dernier couplet de la chanson :

J’ t’ai raconté mon mariage, à la mairie d’un petit village
Je rigolais dans mon plastron
Quand le maire essayait de prononcer mon nom

Le village en question est Rochetaillée, tout à côté de Saint-Etienne, car Graeme Allwright avait épousé la fille de Jean Dasté, le fondateur de la Comédie de Saint-Etienne, et Acteur dans, entre autres, le film mythique L’Atalante, de Jean Vigo (1934). Sûr que pour un stéphanois, la prononciation du nom du chanteur d’origine Néo-Zélandaise devait être quelque peu ardue ! Et en tant que stéphanois justement, je ne suis pas peu fier que Graeme Allwright parle du village de Rochetaillée, même sans le citer, dans sa chanson sans doute la plus connue, reprise d’innombrables fois en colo autour du feu de camp !

Deux albums magistraux

Les colos, c’était effectivement un cadre où on chantait beaucoup du Graeme Allwright, tout comme du Jacky Galou, du Maxime Leforestier, du Steve Waring (deux artistes avec qui il a joué sur scène, et enregistré des live), ou même du Renaud. Emmène-moi, Sacrée bouteille, Billy Boy… rythmaient joyeusement les randos ou les veillées autour du feu.

Mais je l’ai ensuite découvert sous un autre jour, grâce aux deux albums 33 tours que j’écoutais sur le tourne-disque avec le haut-parleur orange : celui de 1966, sans titre, mais souvent identifié par son premier titre Joue, joue, joue, et celui de 1968, Le jour de clarté

Deux disques indispensables, que j’ai écouté en boucle pendant des années. J’y retrouvais des chansons de la cassette, mais aussi d’autres perles comme Jusqu’à la ceinture, Petit garçon (que j’ai moi-même chanté plus tard à mes filles lors de la veillée de noël), Joue joue joue, le fabuleux Henrik, le cynique Petites boites… je pourrais toutes les citer tellement ces deux albums n’ont absolument rien à jeter. Mais si je devais tout de même n’en retenir qu’une, ce serait sans hésiter La mer est immense, magnifique adaptation du traditionnel The water is wide / O’Waly, Waly. Ce morceau a été repris maintes fois, de Renaud à Neil Young, en passant par Mark Knopfler ► Ma chronique sur cette chanson « à la loupe »

Son talent pour les traductions et adaptations

Si Hughes Aufray a su très bien adapter les textes de Bob Dylan, Graeme Allwright, lui, a permis de faire découvrir au public francophone, des grands noms du folk : Pete Seeger (Jusqu’à la ceinture), Tom Paxton (Sacrée bouteille, Qu’as-tu appris à l’école ?), Bob Dylan également (Qui a tué Davy Moore ?), Johnny Cash (Emmène-moi), mais surtout Leonard Cohen.

Outre Suzanne et L’étranger qui figurent sur Le jour de clarté en 1968, il a sorti un album dédié au poète folk : Graeme Allwright chante Leonard Cohen en 1973. On y retrouve des morceaux parus sur des albums précédents, comme par exemple Jeanne D’Arc ou Les Sœurs de la miséricorde, mais aussi Diamants dans la mine, Avalanche, L’Homme de l’an passé, et Demain sera bien

Il a encore repris d’autres chansons de Cohen sur des albums ultérieurs : De passage, Danse-moi vers la fin de l’amour, Lover, Lover, Lover

Mais il faut également souligner qu’il a fait l’inverse : il a traduit Brassens en anglais, ce qui de prime abord ne semblait pas aisé.

Passer de l’anglais au français et inversement. Son éducation bilingue lui a permis de faire le pont entre la chanson française et les protest-songs américaines. Et ainsi faire découvrir les richesses de chaque culture aux différents publics, qu’ils soient anglophones ou francophones.

Un humaniste convaincu, et un poète

Ce mélange des cultures collait bien à cet humaniste qui avait parcouru le globe en chantant la paix et la fraternité. Son utopie s’exprime au mieux dans ce titre mêlant anglais et français Last night I had the strangest dream. On peut aujourd’hui trouver les paroles candides, mais on ne peut douter de sa sincérité.

Et le parolier savait aussi être caustique et poil à gratter. En témoigne ce long monologue adressé à un certain Valéry, en 1975, fraîchement élu Président de la République Française…

D’autres textes comme par exemple Le jour de clarté, Questions, ou Mache medias rappellent que Graeme Allwright était bien plus qu’un auteur pour camps de scouts. Son antimilitarisme ne faisait aucun doute quand on écoute le vibrant Johnny, mais aussi Qu’as-tu appris à l’école ? ou encore Deux jeunes frères, et bien sûr Jusqu’à la ceinture

Un texte original de Pete Seeger, qui va bien au-delà d’une critique de l’armée, mais fustige également la propension de la société à continuer de foncer dans le mur sans écouter les signaux d’alerte… un message malheureusement encore terriblement d’actualité, dans bien des domaines.

Enfin, Graeme Allwright ne faisait pas qu’adapter les paroles des autres. Il savait lui aussi faire vibrer les mots. Que ce soit avec un humour tendre sur La petite souris, un onirisme chimérique dans La plage, une sensation de lâcher-prise total avec Viendras-tu avec moi, ou encore le ressenti de l’artiste sur scène à travers La chanson de l’adieu.

Mais une de ses plus belles chansons que je garderai en souvenir de celui que j’ai eu la chance de voir sur scène en 1986 ou 87, s’intitule justement Garde le souvenir

Au revoir Graeme

© Jean-François Convert – Février 2020

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4 commentaires sur “Au revoir Graeme, puisqu’il a fallu que tu t’en ailles…

  1. Merci et bravo pour cet hommage, ce recueil que j’aurais bien aimé être capable de réaliser.

    A bientôt 65 ans, je suis de ceux qui guitarisant ont chanté mille fois la plupart des titres de Greame.

    J’ai fait circuler largement ce beau travail que tu as fait et, si les commentaires n’apparaissent pas ici, je peux te dire que nombreux sont les remerciements émus que je dois te transmettre.
    a disparition n’a pas fait la une des journaux… Tant mieux, on le garde pour nous et le s transmettrons encore comme nous l’avons déjà fait à nos enfants ou, pour moi, aux élèves de l’école ( avec lesquels nous les rechantons à l’occasion )
    Merci, merci mille fois
    Mais qu’à cela ne tienne, c’est pas fini !
    S

    1
    1. merci. Très touché que ma modeste chronique ait résonné chez d’autres personnes

  2. Bravo pour cet hommage plein d’émotion, très ciselé comme d’habitude et par des rappels de souvenirs de famille qui suscitent à leur tour de l’émotion pour ses membres.

    2
  3. suzanne, je t’emmènes.. écouter les sirènes !
    Petit garçon, il est l’heure d’aller se coucher !
    Sacré bouteille, joli bouteille, veux tu me laisser tranquille !

    toutes ces chansons ont bercés une partie de ma vie.

    reposes en paix AMI

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