“Wish you were here” de Pink Floyd sortait il y a 45 ans

Le 12 puis le 15 septembre 1975 (selon les pays) arrivait dans les bacs ce neuvième album de Pink Floyd. Un chef-d’œuvre de plus.

Difficile de faire suite à The dark side of the moon. Et pourtant, Pink Floyd va accoucher une nouvelle fois d’un chef-d’œuvre.

L’ombre de Syd Barrett

Bien que Waters s’en défende, l’album semble clairement dédié à Syd Barrett, le fondateur du groupe. Plus généralement, les deux thèmes centraux sont l’absence et le fait d’être broyé par le système. Deux éléments qui caractérisent le destin tragique de Barrett : un génie créatif gâché par l’absorption massive de LSD, qui a favorisé et accéléré sa détérioration psychique, et une inadaptation épidermique au monde du show-bizz.

© Denys Legros

Le disque comporte quatre morceaux (dont un coupé en deux), et chacun de ces deux thèmes est représenté par deux chansons :

  1. l’absence et le manque dans Shine on you crazy diamond et le morceau-titre
  2. le système écrasant et cynique dans Welcome to the machine et Have a cigar.

Même si Waters a toujours affirmé ne pas avoir écrit les textes en référence à Syd, toutes les paroles peuvent s’entendre en pensant au premier leader de Pink Floyd. Et comble du destin, ce dernier s’est pointé aux studio d’Abbey Road pendant les sessions d’enregistrement de Shine on you crazy diamond. Tellement transformé que les autres membres ne l’ont pas reconnu tout de suite…

► Ma chronique « à la loupe » sur ce morceau mythique

Syd Barrett, à gauche en 1967 avec Pink Floyd, à droite lors de sa visite surprise aux studios Abbey Road en 1975

Critique du star-system

Si Shine on you crazy diamond reste le morceau emblématique de l’album, les deux qui suivent n’en sont pas moins capitaux dans la discographie du Floyd. Deux brûlots anti-establishment qui fustigent l’industrie phonographique et la société marchande et mondaine en général. « Bienvenue dans la machine », tout est dit. Waters signe ici des textes forts qui annoncent la rage de l’album suivant, Animals. Il reprenait d’ailleurs Welcome to the machine encore en concert lors de sa dernière tournée, preuve que le thème reste malheureusement et tristement d’actualité.

Dès la sortie du disque, les morceaux sont accompagnés de films d’animation, qu’on n’appelait pas encore « clips vidéos » :

La deuxième face s’ouvre sur Have a cigar qui, après le côté désabusé voire désespéré de Welcome to the machine, opte plus pour un cynisme assumé. Gilmour refuse d’ailleurs d’interpréter le texte. Et c’est le chanteur Roy Harper, enregistrant dans le studio d’à côté, qui s’y colle. En concert, ce sera Waters qui tentera de pousser sa voix, pas toujours de façon très heureuse.

à noter que le solo était assuré par Snowy White sur la tournée 1977

Gilmour au sommet de son art

Cet album marque surtout la consécration de David Gilmour au sein du groupe. Il avait déjà pris une grande part sur Meddle, et plus encore sur Dark side of the moon, mais là, il explose littéralement et offre parmi ses plus belles parties de guitare.

C’est lui qui amène les fameuses 4 notes (dites « Syd’s theme ») sur Shine on you crazy diamond. Il joue dans un style blues magnifique, qu’il marie à merveille avec l’environnement prog du reste du groupe. Il brille également à la lapsteel sur la reprise du morceau en fin de deuxième face. Et côté effets, il troque l’Uni-Vibe (utilisé jusqu’à Dark side of the moon) contre le Phaser. On l’entend particulièrement sur :

David Gilmour et son technicien-guitare Phil Taylor dans le studio 1 d’Abbey Road pendant les sessions d’enregistrement de Shine on you crazy diamond

Mais en plus d’enregistrer les plus beaux solos électriques de sa carrière, il accouche également de partitions acoustiques mémorables : sur Wish you were, le riff à la douze cordes, ainsi que le solo, simple mais juste et beau, figurent parmi les parties de guitare les plus célèbres au monde.

Et comme ça ne lui suffit pas d’exceller à la six cordes, David Gilmour chante aussi merveilleusement bien. Sa voix sur le morceau-titre ne peut laisser insensible. Le coffret Immersion Box Set sorti en 2011 a révélé une version alternative avec le solo légèrement différent, une reprise du riff après le premier couplet, mais surtout la présence de Stéphane Grappelli. En revanche, la prise de voix est la même :

Deux pochettes

La pochette, célèbre, représente deux hommes se serrant la main, dont l’un en train de brûler… « welcome to the machine… » A l’époque, pas de Photoshop pour rajouter les flammes, il a donc fallu un cascadeur avec costume ignifugé et réellement enflammé, pour la prise de photo.

Mais quand il sort dans les bacs en septembre 1975, le vinyle est recouvert d’une deuxième pochette, par dessus la première : un cellophane noir avec un dessin représentant aussi une poignée de main, mais robotique cette fois, comme pour accentuer encore plus le propos. Derrière, les quatre éléments semblent rappeler l’universalité du thème de l’album.

Quand j’ai acheté la cassette audio en 1988, c’était la deuxième pochette qui figurait. Et je crois que c’était également le cas sur quelques éditions CD. Il a fallu attendre les rééditions remaster de 1996 pour revoir la pochette « originale ».

…32 ans que j’écoute cet album en boucle. Mon préféré de Pink Floyd, à égalité avec Animals. Le groupe était alors à son apogée, aussi bien commerciale qu’artistique. C’était il y a tout juste 45 ans.

© Jean-François Convert – Septembre 2020

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