Eric Clapton : “There’s one in every crowd” a 45 ans

Sorti en mars 1975, le 3ème album solo de Clapton confirmait son engouement pour la musique laid-back.

Ambiance tranquille

En 1975, Eric Clapton a déjà entamé sa nouvelle carrière musicale avec son album précédent 461, Ocean Boulevard, sorti en 1974. Exit le southern-blues flamboyant des Dominos ou le pysché-hard-rock de Cream et Blind Faith. Terminés les longs et épiques solos de guitare. Place à une musique plus tranquille, qui prend son temps, et inspirée notamment par un certain J.J. Cale, dont Clapton a déjà repris After Midnight sur son premier opus solo en 1970. Il renouvellera l’opération avec Cocaine sur Slowhand en 1977 et I’ll make love to you anytime sur Backless en 1978.

La musique que j’aime jouer ou écouter ? Celle où je peux allonger mes jambes

J.J. Cale

Cette définition du style “laid-back” par J.J. Cale convient parfaitement au “nouveau” Clapton qui tente de se remettre de ses années noires de la première moitié des seventies. Dans la même lignée que l’album précédent, le chanteur-guitariste sort donc ce There’s one in every crowd qui s’écoute dans un rockingchair, une bière à la main.

Folk, blues et reggae

Après avoir repris I shot the sheriff en 1974 (qui a grandement favorisé le succès de Bob Marley), Clapton poursuit dans la voie reggae avec 3 titres sur cet album qui empruntent à cette rythmique typique : le negro spiritual réarrangé Swing Low Sweet Chariot, et Don’t Blame Me, co-écrit avec le deuxième guitariste George Terry, musicien hors-pair qui a beaucoup œuvré dans les arrangements des disques de Clapton pendant les années 70. Dans une moindre mesure, Little Rachel sonne aussi un peu reggae, mais surtout très “Tulsa Sound”

L’ambiance générale donne aussi dans les couleurs folk avec beaucoup de guitares acoustiques. Les solos sont plutôt rares et concis, et assez souvent en slide et sur dobro. Mais le blues est quand même présent avec un reprise du classique d’Elmore James The sky is crying, ici transposé en binaire, et surtout le superbe et mélancolique Better Make It Through Today

La guitare solo sur ce morceau pourrait bien être la Gibson Explorer qu’on aperçoit au dos de la pochette. On peut voir Clapton avec cette guitare sur une publicité pour amplis Music Man datant de 1976

Un morceau des Dominos

L’avant-dernier titre High a été composé à l’époque des Dominos et devait figurer sur leur deuxième album. Ce morceau est ressorti sur la BO du film Life in 12 bars à l’automne 2018.

Les Dominos ne l’avaient enregistré qu’en instrumental. Clapton la finalise avec des paroles, et en rajoutant le riff à la slide. Le solo de fin est le plus rock de l’album

Un single phare ne figurant pas sur le disque

En janvier 1975, Clapton participe à l’enregistrement de la reprise de Knockin’ on Heaven’s Door de Dylan par le musicien jamaïcain Arthur Louis. L’arrangement est typiquement reggae. Dans la foulée, Clapton enregistre lui aussi une version de la chanson, basée sur le même arrangement, qui sort en single au mois d’août de la même année, seulement 2 semaines après la version d’Arthur Louis.

Il n’y a pas d’information confirmant si cet enregistrement date des mêmes sessions que l’album, mais la couleur musicale est largement similaire : rythmique reggae et solo en slide/wah (comme sur The sky is crying). Le single est ressorti plus tard sur plusieurs compilations, la première étant Time Pieces en 1982.

Un album discret

Enregistré en Jamaïque et dans des conditions pas toujours faciles, dues à la dépendance croissante de Clapton pour l’alcool, l’album devait au départ s’intituler World’s Greatest Guitar Player (There’s One in Every Crowd), le guitariste voulant faire un clin d’œil à sa période “God”. Mais la maison de disques n’a pas été convaincue de l’humour second degré, et a craint que le public ne prenne cette affirmation pour prétentieuse de la part de Clapton, et a donc raccourci le titre à sa deuxième partie.

Affiche promo américaine © RSO

Coincé entre le célèbre 461, Ocean Boulevard et le countryesque No reason to cry (1976), cet album reste souvent un peu oublié dans la discographie seventies du guitariste. Il n’en reste pas moins très agréable à écouter et offre même la particularité d’avoir un autoportrait de l’artiste en pochette intérieure. Un Eric Clapton qui fêtera ses 70 ans le 30 mars prochain.

Le dessin sur la pochette intérieure, dessiné par Clapton lui-même

© Jean-François Convert – Mars 2020

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