“Life in 12 bars” : la vie intime d’Eric Clapton

Sorti il y a bientôt 2 semaines, le film-documentaire sur Eric Clapton faisait encore salle comble hier après-midi. Preuve que le guitar-hero attire toujours les foules. Et pourtant, “Life in 12 bars” parle peu de guitare et de musique, mais plus de la vie personnelle de l’artiste.

L’être humain plus que le musicien

Si vous chercher une biographie exhaustive d’Eric Clapton, avec sa discographie passée au crible, son jeu de guitare disséqué dans les moindres détails, et la liste de sa collection d’instruments, passez votre chemin. “Life in 12 bars” de Lili Fini Zanuck, choisit l’aspect humain de l’artiste : ses hauts, mais surtout ses bas, et notamment ses dépendances, à l’héroïne d’abord, puis à l’alcool.

On peut le regretter, mais c’est un parti pris : plutôt que de défiler les années et les albums, le film se penche sur les failles affectives qui ont émaillé la vie d’Eric Clapton. Son enfance d’abord, avec une vie familiale compliquée et un rejet de sa mère biologique. Puis des relations amoureuses difficiles, notamment avec Pattie Boyd, la femme de son ami George Harrison.

Cet épisode, au centre du documentaire, relate la passion contrariée du guitariste pour cette femme désirée plus que tout, et qui lui a inspiré la pièce maîtresse de sa carrière : la chanson Layla, et l’album enregistré avec les Dominos. Est ensuite décrite par le menu détail la descente aux enfers, une addiction en remplaçant une autre : l’alcool après l’héroïne.

Et puis le sort s’acharnant sur notre homme, le film revient évidemment sur la perte de son fils Conor en 1991, drame duquel il tentera de tirer “quelque chose de positif” comme il le dit lui-même, en composant le poignant Tears in heaven.

La dernière partie se focalise sur sa fondation Crossroads qui finance des centres de désintoxication.

Des archives inédites

Heureusement, même si le principal du film se concentre sur les démons intérieurs de Clapton, il reste quelques épisodes musicaux savoureux, dont certains peu connus. Ainsi, cette session d’enregistrement avec Aretha Franklin, des extraits sonores de conversation avec Jimi Hendrix, ou des scènes backstage avec les Beatles.

Les extraits donnent également la part belle aux images familiales, que ce soit durant son enfance et adolescence, ou beaucoup plus récemment avec sa dernière femme et ses filles.

Une séquence de BB King au festival Crossroads en 2008 donne l’occasion au roi de blues de rendre un vibrant hommage à celui qui a très largement contribué à populariser le blues en Europe, et à redonner une visibilité et une notoriété aux bluesmen noirs, quelque peu oubliés à la naissance du Rock’n’Roll.

Une esthétique singulière

Si le fond marque sa singularité par rapport à un documentaire musical classique (qui aurait volontiers égrainé les albums successifs), la forme est tout autant surprenante. Ici, pas d’interviews comme on a l’habitude d’en voir habituellement, dans des studios d’enregistrement. On n’entend que des voix off qui interviennent sur les images. La voix de Clapton lui-même est très présente et sert de fil conducteur, mais tous les protagonistes de sa vie, personnelle ou publique, sont là et commentent les différentes étapes de cette illustre carrière, étalée sur pas moins de 6 décennies de l’histoire du Rock.

Les chansons illustrent les séquences, toujours à propos, et répondent aux images d’une résonance quasi-universelle, comme si la douleur profonde d’Eric Clapton faisait écho à tous les mal-aimés, les désespérés, les rejetés. On peut noter un choix de morceau pas trop adapté avec Thorn Tree in the Garden, mis en parallèle avec Pattie Boyd, alors qu’il s’agit d’une chanson écrite par Bobby Whitlock, et qui lui a été inspirée par son chien et son chat !

On note également l’absence d’un titre-phare comme Cocaine, et JJ Cale ne fait qu’une très brève apparition, quand on sait l’influence qu’il a eu sur la carrière de Clapton. Aucune mention non plus de Bob Marley et de la reprise de I shot the Sheriff. La période allant de 461, Ocean boulevard (1974) jusqu’à Journeyman (1989) est d’ailleurs très vite expédiée, en regard des années Cream et Derek and The Dominos qui occupent largement une bonne moitié du film.

Mais en contre-partie, quelques pépites émaillent la bande-son, sortie l’année dernière. Quelques courts extraits live des seventies (dont Little Queenie, en intégralité le CD), une version de High par les Dominos (morceau paru sur There’s one in every crowd en 1975), et des images du concert de Blind Faith à Hyde Park en juin 1969, où Clapton arbore une Telecaster avec un manche de Strato.

Les 12 mesures du blues

“Life in 12 bars” : Le titre est à double sens et évoque aussi bien l’addiction de l’artiste, que son amour de la musique, d’une certaine musique : celle qui lui a permis de se relever, encore et toujours, et de continuer à avancer, malgré les épreuves.

L’affiche du film © Orsans Distribution

Au final, un film qui parle plus de résilience et d’espoir, que de rock ou de guitares. Mais n’est-ce pas la définition même du blues ? Exit les “bars” où Clapton noyait son chagrin dans l’alcool, et place aux “12 mesures” du blues, celles de la vie.

© Jean-François Convert – Février 2019

Étiqueté , , , , , ,

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

error

Suivez ce blog sur les réseaux