Il y a 30 ans Dire Straits jouait à Lyon

Le 20 avril1992, j’allais voir Dire Straits en concert à la Halle Tony Garnier à Lyon. Expérience malheureusement mitigée…

Mark Knopfler, leader de Dire Straits, le 20 avril 1992 à la Halle Tony Garnier (Lyon) © Archives Le Progrès

Beaucoup d’attente(s) au propre comme au figuré

Printemps 1992. Je suis encore stéphanois, en études de Mathématiques. Dans ces années-là, on appelait ça un DEUG. Oui je suis vieux… J’écoute Dire Straits en boucle depuis bientôt 4 ans, j’en suis tombé raide dingue en juin 1988. Et depuis l’automne 91 et la sortie de l’album On every street, j’attends plus qu’impatiemment cette date du 20 avril 92. Je vais enfin aller voir en concert mon groupe favori. Autant dire que mes attentes sont énormes. Le billet a été acheté depuis octobre… par Minitel !

J’arrive à Lyon en début d’après-midi ce 20 avril 1992 avec des espoirs plein la tête. Le grand jour ! Dire Straits est programmé deux soirs de suite à la Halle Tony Garnier (20 et 21 avril), avant de partir pour Grenoble le 22. À l’époque, pas encore de jet privé comme ce sera le cas sur les futures tournées solo de Mark Knopfler, mais un bus noir orné du logo Philips, sponsor du groupe à travers son partenariat pour le support CD, et ce, depuis la tournée 1985-86.

© Denys Legros

En arrivant devant la Halle, on ne peut pas le louper ce bus imposant sur le côté gauche. Mais bien évidemment impossible de s’en approcher. Quant à espérer ne serait-ce qu’apercevoir des musiciens c’est du domaine de la science-fiction. En 1992 j’ai la vingtaine, quasiment aucune expérience des concerts (le seul auquel j’ai assisté auparavant est celui de Chris Rea quelques mois plus tôt), et ma grande naïveté me pousse à penser que certes il faut faire la queue, mais pas de quoi s’affoler…

30 ans après, je ne comprends toujours pas comment j’ai pu me dire qu’aller faire un petit tour avant de revenir était une bonne idée ! Sans doute que le groupe d’amis qui a suggéré cette idée saugrenue y est un peu pour quelque chose… d’autant que l’un deux mesure quasiment 2 mètres et que pour lui, se retrouver un peu loin de la scène n’est pas un problème (Pierre, si tu me lis…). Sauf que moi, avec mon petit mètre soixante-dix, ça change tout ! Et je vais en faire l’amère expérience, à mes dépens…

Une première partie interminable

Au retour de la petite balade, la queue s’est bien évidemment rallongée. Et l’attente pour arriver au portillon se fait longue. On entre donc dans la Halle en tentant le sprint mais en se retrouvant forcément pas très bien placé, doux euphémisme. Sauf que ça ne va pas s’arrêter là… Compressé au milieu de la foule, je commence à avoir sérieusement chaud, et surtout les mouvements du public me font avancer puis reculer avant même que n’ait commencé la première partie.

Et question première partie, je crois que jamais elle ne m’a parue aussi longue. Non seulement la musique de Was Not Was ne m’accroche pas du tout et me fait languir (►un exemple de leur live de l’époque), mais en plus je ne suis pas au bout de mes peines question position dans le public.

Rebelotte des mouvements de foule, et je pense avoir perdu encore quelques rangs… quand le concert de Dire Straits commence réellement, je suis bien loin de la scène, et compte-tenu de ma taille, l’expérience sera presque exclusivement sonore. Et quand on connait la qualité en la matière de la Halle Tony Garnier au début des années 90 (il y a eu beaucoup de progrès depuis), on ne peut pas dire que les oreilles en aient eu pour leur argent…

Photo d’un concert de U2 à la Halle Tony Garnier le 11 mai 1992

Donc si on résume : visibilité quasi-nulle, qualité audio mauvaise, et public déchainé qui soit vous marche sur les pieds ou vous bouscule continuellement pendant tout le concert… bref, difficile d’apprécier le moment…

L’apparition de Dire Straits avec le ‟lever de rideau‟

Malgré tout, lorsque la salle s’éteint à nouveau, après avoir attendu encore une demi-heure suite à la prestation des Was Not Was, et s’être retrouvé plusieurs mètres en arrière, mon cœur commence à battre la chamade en entendant les premières notes de percussions. Un immense rideau blanc cache la scène, et on entend uniquement cette rythmique frénétique qui annonce Calling Elvis.

J’avais déjà entendu parler de cette entrée en scène du groupe où on attend, on attend, et puis d’un coup ils sont là ! Et effectivement l’effet est saisissant quand on le vit. Si on le revoit à la télévision, on perçoit beaucoup plus le lever de rideau (à 37:24 dans la vidéo ci-dessous), alors que dans la salle, on a vraiment l’impression d’une « apparition » (► comme dans cet exemple du concert de Paris)

S’ensuit la grand-messe millimétrée devant un public en délire qui s’extasie devant le phénomène Dire Straits. Perso, je ne comprends pas exactement ce qui m’arrive. Je suis là, à ce moment tant attendu, et portant la magie ne va pas vraiment opérer. Une impression bizarre de pas avoir réellement « vécu » le concert….

Une setlist classique

Tout comme celui de Mark que j’ai vu 1996, il n’existe (pour l’instant) aucune trace audio et encore moins vidéo de ce concert de 1992. Même le site de référence On Every Bootleg ne le compte pas parmi sa foisonnante liste. Si Jeroen Van Tol ne possède pas l’enregistrement d’un concert de Dire Straits, il y a peu de chances pour que celui-ci existe … (il ne faut cependant jamais dire jamais, certains pirates ont fait surface bien des années après).

Même si je ne peux l’assurer avec certitude, voici, d’après le site Setlist.fm, la stelist à laquelle j’ai assistée :

  1. Calling Elvis
  2. Walk of Life
  3. Heavy Fuel
  4. Romeo and Juliet
  5. The Bug
  6. Private Investigations
  7. Sultans of Swing
  8. Two Young Lovers
  9. Your Latest Trick
  10. On Every Street
  11. Telegraph Road

Rappels

  1. Money for Nothing
  2. Brothers in Arms
  3. Solid Rock
  4. Wild Theme

Les rares choses dont je me souvienne sont : ma surprise au moment du solo de saxo sur Telegraph Road et Private Investigations, la présence de Your Latest Trick que je n’attendais pas du tout, et la place de Walk of life très tôt dans le concert (en avril 92, je ne connaissais que quelques bootlegs de la tournée 85-86 où le morceau est joué bien plus tard dans la setlist). J’ai dû également être surpris de Wild Theme puisque je ne l’avais jamais entendu dans cette version, hormis la B.O de Local Hero.

Pour le reste, j’ai eu droit à un show « standard » du printemps 92. Celui du lendemain contenait Tunnel of love mais n’avait pas Solid rock ni Wild theme. Mis à part cette petite différence, on peut supposer que ce que j’ai entendu devait ressembler quasiment à la note près à ceci :

La tournée de trop ?

Quand je dis à la note près, j’exagère à peine. Certes, mon appréciation de cette tournée est forcément influencée par mon expérience personnelle de ce concert. Néanmoins, je persiste à trouver la période 1991-92 comme la moins intéressante du groupe.

J’ai déjà exprimé ce sentiment dans ma chronique de l’album On every street. Le comeback de Dire Straits après cette logue pause de plus de 5 ans (dernier concert de la tournée Brothers in arms le 26 avril 1986, premier concert de la tournée On every street le 23 août 1991) était-il une si bonne idée ? Mark Knopfler semblait lui-même en douter…

Assez rapidement dès les premiers mois de la tournée, il va devenir de plus en plus taciturne, blasé, en mode « pilote automatique », d’où mon expression « à la note près ». Oui il y a de bons moments sur certains concerts de 91 et 92 (Planet of New Orleans, Portobello Belle, I think I love you too much, Telegraph road, When it comes to you…), mais globalement sur la plupart des shows, Mark apparait fatigué et semble n’avoir qu’une envie : que le concert se termine et qu’il puisse regagner sa chambre d’hôtel… à tel point que c’est ce qu’il fera le soir de la dernière date à Saragosse… sans dire un mot au reste du groupe… façon singulière de terminer la dernière tournée d’un des plus grands groupe des eighties.

Cette info a été donnée par le batteur Chris Whitten au cours d’une discussion passionnante sur le forum AMARKINTIME au sujet justement de la tournée 1991-1992. Le reste des échanges avec les fans fourmille d’anecdotes sur les coulisses de la tournée, des infos sur le jeu en concert, etc…

Et mes impressions exprimées sont souvent confirmées par les dires du batteur. Oui les concerts de 1991-92 étaient réglés comme du papier à musique, encore plus que sur les tournées précédentes. Mark a imposé une surdose de répétitions au groupe (« on a beaucoup trop répété pour cette tournée » a un jour avoué Guy Fletcher sur son blog) et ça s’entend : tout est trop policé, aucune marge d’improvisation, chacun des musiciens exécute ce que Mark a demandé (de l’aveu même de Whitten) et il est rare de trouver des moments où on sent vraiment le plaisir de jouer…

Des versions parfois dantesques, virtuoses, pyrotechniques, époustouflantes de technicité…. mais un peu sans âme quand même. Bon j’avoue, c’est un inconditionnel d’Alchemy qui parle. Et puis j’ai tellement ressenti de fraicheur et de plaisir au concert de 1996, le jour et la nuit, que mon souvenir de 1992 restera à jamais biaisé.

Alors quoi ? un rendez-vous raté ? Peut-être un peu oui. Mon seul et unique concert de Dire Straits n’a pas été à la hauteur de mes espérances… il faut dire que j’en attendais tellement. Et il est vrai qu’encore aujourd’hui, les bootlegs de 91-92 sont ceux que j’écoute le moins.

Peut-être que dans une autre vie, je pourrai remonter le temps et revivre ce concert comme j’aurais dû le vivre : au premier rang, accoudé sur la barrière de sécurité. Sans doute que ma vision en aurait été complètement différente. Mais tout ça n’est pas très grave. J’ai réécouté On the night aujourd’hui… rien à faire, je vais me replonger dans un bootleg de 78-79, 80-81, 82-83 ou 85-86… finalement toutes les autres périodes du groupe ! Un groupe que j’ai tout de même vu en concert, il y a tout juste 30 ans ce soir.

© Jean-François Convert – Avril 2022

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