Le festival de Wight fête son demi-siècle !

Le 26 août 1970 débutait l’édition la plus célèbre du festival de l’île de Wight.

© Denys Legros

Une fin de cycle

« Wight is Wight, Dylan is Dylan » chantait Michel Delpech dès 1969. Car, à la différence de ses contemporains Monterey et Woodstock, le festival de Wight a connu plusieurs éditions : 1968, 1969 et 1970 d’abord. Puis de nouveau à partir de 2002, sur le site du Seaclose Park, à Newport (le chef-lieu de l’île).

Mais l’événement qui est resté dans tous les esprits est celui de 1970, filmé et enregistré pour la postérité. Après le démarrage durant l’été de l’amour à Monterey en 67, le point culminant à Woodstock en 69, et le désastre à Altamont la même année, le festival de l’île de Wight en août 70 scelle définitivement la fin du rêve hippie : le dernier concert des Doors et le presque dernier concert de Jimi Hendrix qui décédera 3 semaines plus tard. La fin d’une époque.

Programmation

Le Festival se déroule du 26 au 30 août à East Afton Farm, sur la côte ouest de l’île de Wight. Avec des têtes d’affiche comme les Who, Joan Baez, Procol Harum, les Doors, Jimi Hendrix… les concerts connaissent un réel succès, et l’édition de Wight 1970 est largement reconnue comme le plus grand événement musical de son temps après celui de Woodstock. Bien que les estimations varient, le Guinness Book estime qu’entre 600 000 et 700 000 personnes y ont assisté.

En raison des difficultés financières rencontrées durant l’événement, ce festival est le dernier organisé sur l’île de Wight, avant de renaître bien des années plus tard, en 2002, soit trente-deux ans après la dernière édition.

Mercredi 26

  • Judas Jump
  • Kathy Smith
  • Rosalie Sorrels
  • David Bromberg
  • Redbone
  • Kris Kristofferson
  • Mighty Baby
  • Gracious

Jeudi 27

  • Gary Farr
  • Supertramp
  • Andy Roberts’ Everyone
  • Howl
  • Black Widow
  • The Groundhogs
  • Terry Reid
  • Gilberto Gil & Caetano Veloso
  • Hawkwind
  • Pink Fairies
  • Tony Joe White

Vendredi 28

  • Fairfield Parlour
  • Arrival
  • Lighthouse
  • Melanie
  • Taste
  • Tony Joe White
  • Chicago
  • Family
  • Procol Harum
  • The Voices of East Harlem
  • Cactus
  • Mungo Jerry

Samedi 29

  • John Sebastian
  • Shawn Phillips
  • Lighthouse
  • Joni Mitchell
  • Tiny Tim
  • Miles Davis
  • Ten Years After
  • Emerson, Lake and Palmer
  • The Doors
  • The Who
  • Sly and the Family Stone
  • Melanie

Dimanche 30

  • Good News
  • Kris Kristofferson
  • Ralph McTell
  • Heaven
  • Free
  • Donovan
  • Pentangle
  • The Moody Blues
  • Jethro Tull
  • Jimi Hendrix
  • Joan Baez
  • Leonard Cohen
  • Richie Havens
  • Tiny Tim

Les découvertes

Impossible de citer tous les artistes, mais on remarque quelques noms qui seront connus plus tard, ou au contraire qui ne connaîtront qu’une célébrité éphémère. Supertramp fait ses débuts, mais pas encore dans la formule qui fera son succès dans la deuxième moitié des seventies. Le groupe Hawkind ne compte pas encore parmi ses membres l’inénarrable Lemmy Kilmister qui fondera plus tard Motörhead. Quant à Terry Reid, il ne connaîtra pas la gloire à la mesure de son talent. En revanche, deux groupes de heavy rock vont faire sensation :

Taste / Rory Gallagher

Le guitariste irlandais n’a pas encore débuté sa carrière solo. Il joue au sein du power trio Taste. Sa présence scénique et son jeu habité font dire à Jimi Hendrix :

« Le meilleur guitariste au monde ? Je ne sais pas, demandez à Rory Gallagher… »

Jimi Hendrix

Cliquez ici pour accéder à la playlist complète du concert de Taste

La prestation de Taste emporte immédiatement l’adhésion du public qui leur demande 5 rappels ! Le groupe se sépare la même année, mais la carrière de Gallagher est lancée, et son succès en solo ne se démentira pas pendant les 2 décennies suivantes, jusqu’à son décès en 1995.

Free

Dans le même registre hard-blues-rock, le quatuor Free enflamme lui aussi la scène du festival.

Du rock « lourd » dans la veine des Cream, Led Zep, Cactus, Vanilla Fudge, Deep Purple… qui en cette année charnière de 1970 transforment le british blues boom en ce qu’on appelle pas encore le hard-rock. Le jeu inspiré de Paul Kossoff et le chant puissant de Paul Rodgers rivalisent aisément avec les mastodontes Led Zeppelin ou Who.

Les têtes d’affiche

On retrouve des stars du moment et pas uniquement issus de l’univers du rock : Miles Davis, Sly Stone, Ten Years After, Emerson, Lake and Palmer, Tony Joe White, Leonard Cohen, Donovan…

Joni Mitchell qui a raté Woodtsock pour cause d’émission télé se rattrape à l’île de Wight. Sa consœur Joan Baez réalise un beau doublé en chantant aux 2 festivals mythiques, tout comme John Sebastian ou Richie Heavens. D’autres avaient couplé Monterey et Woodstock (Janis Joplin, Jefferson Airplane, Grateful Dead…), mais seuls les Who et Jimi hendrix peuvent se targuer d’avoir réussi le grand chelem : ce sont les seuls artistes ayant participé aux 3 festivals mythiques de cette époque, Monterey, Woodstock et Wight 1970.

Si on devait retenir 3 prestations emblématiques de Wight 1970 :

The Doors

Les Doors, qui n’ont pas été invités à Monterey et ont décliné Woodstock, participent enfin à leur premier festival. Ce sera aussi leur dernier. Un concert en forme de chant du cygne, Morrison décidant d’abandonner la musique peu de temps après, début 1971, avant d’aller rejoindre les anges le 3 juillet. Après ce concert, ils ne joueront tous les 4 que deux autres soirs : le 11 décembre au State Fair de Dallas et le 12 à la Warehouse de La Nouvelle Orleans.

Cliquez ici si vous préférez le mode playlist audio

Reste un témoignage fort des Doors en live, surtout sur le plan musical. Morrison reste plutôt « discret » et assez statique, peut-être par crainte suite à l’affaire de Miami. Du coup les 3 autres ont le champ libre pour leurs impros qui s’étirent dans des contrées parfois psyché-jazz-rock.

The Who

Même s’ils n’ont pas encore explosé le sonomètre, chose qu’ils feront plus tard au milieu des années 70 avec le concert de rock le plus fort jamais enregistré, les Who apportent sur la scène de Wight une énergie et une puissance peut-être encore plus intenses qu’à Woodstock.

La formule imparable du quatuor continue de faire merveille : Daltrey fait virevolter son micro, Townshend saute de partout et mouline sur sa guitare, Moon donne l’impression qu’il va détruire sa batterie à chaque roulement de caisse claire, et Entwistle regarde tout ça de loin, stoïque et impassible, tout en délivrant des parties de basse hallucinantes.

Jimi Hendrix

Certes, ce n’est pas le meilleur concert du divin gaucher, le moins que l’on puisse dire. L’intéressé lui-même n’est pas satisfait de sa prestation et décide au milieu du concert de faire comme s’il reprenait au début ! Juste avant Freedom, il lance :

« ok on efface tout, on recommence ! eh comment ça va ? »

Pourtant le trio avait commencé par un signe fort avec God save the Queen. Si Monterey a marqué le retour triomphant de Hendrix sur sa terre natale, Wight est un peu comme son comeback en Anglettere, où il a connu la gloire.

Si à Woodsock le guitariste affichait fièrement ses racines amérindiennes avec ses franges et son bandana, on sent ici qu’il veut également montrer que son cœur est aussi en Afrique, à travers ce costume chamarré.

Alors qu’à Woodstock il jouait sur sa Strato blanc-crême, il utilise ici son autre guitare fétiche de l’époque : la « black beauty ». On le voit aussi avec sa Flying V Custom en modèle gaucher.

La version de Machine Gun dépasse les 18 minutes ! Et moment hallucinant , un problème technique a pour conséquence de diffuser le son des Talkie-Walkies du service d’ordre dans les enceintes… qu’à cela ne tienne, Jimi les utilise comme partie prenante du morceau et joue à répondre avec sa guitare aux injonctions des roadies

La performance du divin gaucher a été rééditée en vidéo et audio dans les années 2000, sous le titre Blue wild Angel. Même si d’autres concerts de Jimi sont bien meilleurs musicalement, celui-ci a bien évidemment une valeur testamentaire incontournable.

Un testament musical d’une époque, d’un rêve éveillé, d’une utopie qui pensait pouvoir changer le monde par la musique. Elle y est en partie parvenue, même s’il reste encore beaucoup à faire. Un demi-siècle après le dernier grand festival de rock, espérons que les générations actuelles et futures s’inspireront de cet esprit, et en perpétueront le message. Long live rock, peace, and love.

© Jean-François Convert – Août 2020

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