Ry Cooder : une légende vivante à l’Olympia le 21 Octobre

Pour seulement la deuxième fois de sa carrière, l’immense Ry Cooder vient jouer en France. Il sera à l’Olympia le 21 octobre ! Un très grand artiste, à la culture musicale phénoménale, qui a su réadapter tous les styles à sa sauce : blues, country, folk, musique hawaïenne, mexicaine, sud-américaine…

Il est à l’origine du son de Keith Richards

Après avoir débuté au milieu des années 60 aux côtés du bluesman Taj Mahal, puis dans le psychédélique avec Captain Beefheart, Ry Cooder croise la route des Rolling Stones en 1968-1969 alors qu’ils sont en train d’enregistrer leurs chefs-d’oeuvre : Beggars Banquet, puis Let it Bleed.

Il joue de la mandoline sur Love in vain, mais son apport le plus important est qu’il va initier Keith Richards à l’open tuning. Grand adepte du jeu au bottleneck (ce tube de verre ou d’acier qu’on fait glisser le long des cordes), Ry Cooder utilise très souvent des accordages dits “open tunings” (“accords ouverts”) parfaitement adaptés (et même souvent indispensables) au jeu en slide. Le guitariste des Rolling Stones adopte rapidement ce type d’accordage (notamment celui en Sol) qui lui permet de jouer des riffs d’une autre façon que le jeu classique et va lui donner ce son si caractéristique. Et pour pousser la logique jusqu’au bout, l’open tuning de sol mettant la tonique sur la 5ème corde (en partant de la plus aiguë) et non la 6ème, Keith décide d’enlever la corde la plus grave et se retrouve avec sa fameuse guitare à 5 cordes. Sa compagne de scène la plus célèbre sera une Telecaster modifiée avec un micro humbucker (généralement réservé aux Gibson), surnommée “Micawber”.

Keith-Richards-Telecaster-Micawber
La Telecaster « Micawber » de Keith Richards, avec seulement 5 cordes, conséquence de l’accordage en open Tuning de Sol, conseillé par Ry Cooder

Il aurait pu être le guitariste des Rolling Stones…

Mais revenons à Ry Cooder : Après sa participation à l’album Let it Bleed, il enregistre une jam-session avec Jagger, Wyman, Watts et le pianiste attitré des Stones Nicky Hopkins. Le disque qui en résulte est une petite merveille de blues british où sa guitare slide se marie parfaitement avec le piano incandescent d’Hopkins, et la voix érailée de Jagger, comme dans ce blues d’Elmore James It hurts me too :

Mais sa plus belle contribution à l’oeuvre du plus grand groupe de rock’n’roll du monde reste sa partie au bootleneck, à la fois glaçante et lumineuse, sur Sister Morphine, dans l’album Sticky fingers en 1971 :

Certains prétendent qu’il était pressenti pour le poste de guitariste soliste au sein des Rolling Stones, une première fois en 1969 pour remplacer Brian Jones, puis à nouveau en 1975 après le départ de Mick Taylor. On raconte que Jeff Beck serait également venu passer des auditions…Mais ni l’un ni l’autre ne prendront la place, laissant Ron Wood tenir la six-cordes aux côtés de maître Keith. Refus des guitaristes, de Jagger, des membres du groupe ? On ne saura jamais vraiment, mais Ron Wood a très bien résumé ce qui s’est joué à ce moment-là : “La question n’était pas d’être un magicien de la guitare, il fallait être un Rolling Stone !”

 

 

Une carrière discrète mais prolifique

Effectivement on imagine mal Ry Cooder sous les feux de la rampe, jouant dans des stades pleins à craquer. Il a préféré mener sa carrière à son image : humble mais foisonnante.

Sa spécialité est de revisiter d’antiques ballades, blues, folk-songs, etc…en les remaniant à sa sauce, et en y intégrant d’autres cultures musicales. Dans sa discographie, on entend ainsi les vahinés d’Hawaï cotoyer les blues du deep south, des chœurs gospel chantant du Elvis, de la mandoline ou du banjo rivalisant avec des guitares saturées…mais toujours un profond respect de toutes les musiques, associé à une connaissance encyclopédique des différents courants musicaux.

En 1979, il enregistre Bop Til’ you drop, premier album enregistré en numérique par une grande maison de disques (Warner). Une référence dans l’histoire de la musique folk-blues-country-rock. Un de ses titres The very things that makes you rich est resté pendant longtemps un moment très attendu lors de ses concerts. Voici une version de 1987 qui prouve si besoin en était, que outre son superbe jeu de slide, Ry Cooder est un des plus grands guitaristes rythmiques au fingerpicking (Mark Knopfler le citant toujours dans ses idoles, aux côtés de JJ Cale) :

 

 

“Paris, Texas” et “Buena Vista Social Club”

En marge de cette carrière “laid-back”, deux disques vont propulser Ry Cooder (ou plutôt sa musique) sur le devant de la scène :

En 1984, Wim Wenders lui demande de composer la musique de son film Paris, Texas, qui raconte les errances d’un père déboussolé et de son jeune fils à la recherche de la maman. Quelques notes inspirées du blues Dark was the night cold was the ground de Blind Willie Johnson deviennent la bande son emblématique des grands espaces arides. Les plans magnifiques de Wenders où Harry Dean Stanton apparaît perdu, sont sublimés par la guitare de Ry Cooder qui semble pleurer et renforce encore plus la solitude de l’Homme dans une nature trop grande pour lui.

Dans une autre séquence du film, des images Super 8, qui nous montrent une famille heureuse, sont elles aussi superbement illustrées par ce “chant mexicain” joué uniquement en instrumental (mais chanté sur le disque de la BO), évitant tout pathos.

 

 

En 1996, il est à l’origine du projet Buena Vista Social Club qui remet à l’honneur des vétérans de la musique cubaine : Compay Segundo, Ibrahim Ferrer, Eliades Ochoa, Ruben Gonzales. Producteur, il joue également sur la majeure partie des titres de l’album, apportant sa touche personnelle avec son jeu caractéristique à la slide. Un film est réalisé par Wim Wenders pour retracer l’histoire de ce disque qui obtient un succès inespéré.

 

 

A l’Olympia le 21 octobre

Depuis, il continue de sortir des disques régulièrement mais sans promo tonitruante, que ce soit en solo, avec le super-groupe Little Village en 1992 (où il s’associe avec John Hiatt, Nick Lowe et Jim Keltner) , en duo avec Ali Farka Touré en 1995, Manuel Galban en 2005…

Ce mois de mai 2018 a vu la sortie de The Prodigal Son, un album qui marque un retour au blues, mais toujours avec ces incursions exotiques qui font le charme de sa musique. Il est accompagné en autres par son fils Joachim (déjà présent sur plusieurs de ses albums, depuis Buena Vista Social Club)

Ceux qui auront la chance de le voir en concert le 21 octobre à l’Olympia seront face à une légende de la musique, une sommité de la guitare et qui pourtant risque de passer incognito dans les rues parisiennes, tant son visage est peu connu du grand public.

C’est sans doute à quoi on reconnait les grands artistes : leur art (dans ce cas, sa musique) est plus célèbre qu’eux.

© Jean-François Convert – Octobre 2018

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