Comment s’y retrouver dans la discographie de Jimi Hendrix?

Jimi Hendrix est un des rares artistes à avoir sorti beaucoup plus de disques après sa mort que de son vivant. Ce qui ne rend pas aisées l’approche et la découverte de sa discographie pour un néophyte. Essayons d’y voir un peu plus clair.

Les débuts comme musicien de session

Jimi Hendrix débute dans la musique au début des années soixante en accompagnant plusieurs grands noms de la soul : Principalement les Isley Brothers et Little Richard. Son jeu est jugé trop extroverti, et Little Richard lui reproche de lui faire de l’ombre : Jimi est remercié.

En 1965, avant de tenter l’aventure solo avec son groupe “Jimmy James & The Blue Flames” (dont il n’existe aucun enregistrement, même amateur), il rejoint le groupe new-yorkais Curtis Knight & The Squires, et signe un contrat qui aura des conséquences fâcheuses pour la suite de sa carrière.

Ses albums sortis de son vivant

Repéré par Chas Chandler, le bassiste des Animals devenu producteur, il s’envole pour l’Angleterre fin 1966, où il va littéralement exploser et démarrer la carrière que l’on sait. entre 1967 et sa mort le 18 septembre 1970, il sort en tout et pour tout 5 disques :

  1. Are you experienced ? : Album studio sorti le 12 mai 1967 (en Angleterre)
  2. Axis : Bold as love : Album studio sorti le 1er décembre 1967 (en Angleterre)
  3. Smash Hits : Compilation sortie le 16 avril 1968 (en Angleterre)
  4. Electric Ladyland : Double Album studio sorti le 25 octobre 1968 (en Angleterre) ( Ma chronique de l’album)
  5. Band of Gypsys : Album live enregistré les 31 décembre 1969 et 1er janvier 1970, et sorti le 25 mars 1970 ( Ma chronique de l’album)
Les 5 disques sortis du vivant de Jimi Hendrix, entre 1967 et 1970

Durant l’année 1970, il travaille à l’enregistrement de son nouvel opus, un double album intitulé First rays of the new rising sun. Mais celui-ci ne verra pas le jour (en tout cas pas dans l’immédiat sous la forme souhaitée par son auteur) car malheureusement, Jimi décède à Londres le 18 septembre.

Des chutes de studio innombrables

Entre-temps est sorti en 1968 Jimi Hendrix & Curtis Knight : Flashing , qui regroupe des enregistrements de 1965, donc d’avant sa carrière solo. Jimi assurant parfois le chant principal sur ces sessions, les détenteurs des droits (du fameux contrat) vont jouer sur l’ambiguïté et s’en donner à cœur joie durant les années, et même décennies suivantes, en publiant des disques au nom de “Jimi Hendrix” avec des morceaux où on l’entend parfois à peine, selon qu’il joue une simple guitare rythmique, parfois la basse ou même des claviers. Rien à voir donc avec sa musique et son œuvre.

Et pour couronner le tout, la gestion de son catalogue et de ses multiples heures d’enregistrement vont être gérées de la pire façon qui soit. Ne maîtrisant pas le solfège et donc la possibilité d’écrire ses compositions sur partition, Jimi Hendrix enregistrait systématiquement toutes les idées musicales qui lui traversaient la tête. On peut notamment l’entendre tourner des pages (sans doute des paroles) pendant l’enregistrement de demos pour Electric Ladyland. Il passait également de longues heures à jammer en studio avec des amis musiciens de passage. Si enfin on ajoute son perfectionnisme le poussant à jouer et rejouer de très nombreuses prises, il a laissé à sa mort une somme d’enregistrements qui n’ont sans doute pas encore été tous dévoilés.

L’ère Michael Jeffery : 1970-1973

C’est le manager d’Hendrix, Michael Jeffery, qui récupère la gestion du catalogue tout suite après le décès du guitariste en septembre 1970. Il publie 4 albums studio, composés pour beaucoup des morceaux devant figurer sur First rays of the new rising sun, et complétés par des chutes de sessions en studio :

  • The cry of love 1971
  • Rainbow bridge 1971
  • War heroes 1972
  • Loose Ends 1974
Les 4 albums posthumes sortis entre 1971 et 1974

Aujourd’hui, ces albums n’offrent plus vraiment d’intérêt, puisque tous les morceaux y figurant ont été réédités plus tard sous une forme bien plus fidèle à l’oeuvre de Jimi Hendrix.

Hendrix in the west

Michael Jeffery a également publiés des albums live dont Wight et le Royal Albert Hall (sous le titre Experience).

 

 

Le cas Hendrix in the west est un sacré imbroglio. Là aussi, il vaut mieux se procurer les lives sortis plus tard, par Experience Hendrix LLC.

 

 

L’ère Alan Douglas : 1974-1995

A la mort de Jeffery en 1973, c’est le producteur Alan Douglas qui hérite des droits. Pendant 20 ans, il va sortir des disques très discutables : certaines parties instrumentales sont rejouées par d’autres musiciens. Au début des années 90, il utilise le numérique pour copier et remplacer des parties musicales manquantes par d’autres, issues des sessions d’enregistrement. Un bricolage pas toujours respectueux de ce que voulait faire Hendrix. Ces disques ont à chaque fois suscité des polémiques, tout en se vendant beaucoup, les fans n’ayant rien d’autre à se mettre sous la dent.

Les principaux :

  • Crash Landing 1975
  • Midnight Lightening 1975
  • Nine To The Universe 1980, entièrement instrumental, compilations de jams
  • Jimi Plays Monterey 1986, fameux concert du Monterey Pop Festival en 1967
  • Live at Winterland 1987
  • Radio One 1988, réédité plus tard par Experience Hendrix sous le titre BBC Sessions
  • Blues 1994, réédité plus tard par Experience Hendrix
  • Voodoo soup 1995, célèbre pour sa pochette dessinée par Moëbius
Quelques disques publiés entre 1974 et 1995

On peut également citer les lives The Jimi Hendrix concerts, Stages , Bleeding heart... et les innombrables compilations Essential Jimi Hendrix, Stone free, The singles album, Lifelines, The ultimate Experience, Variations on a theme …la liste est trop longue.

Et les albums “officiels” ont été une première fois réédités avec des nouvelles pochettes :

Encore une fois, mieux vaut se procurer les dernières versions, éditées par la famille Hendrix.

L’ère “Experience Hendrix LLC” : depuis 1995

En 1995, après de longues batailles judiciaires, la famille de Jimi Hendrix récupère enfin les droits. En l’absence de testament, la fortune du divin gaucher, estimée à 80 millions de dollars, revient à son père, Al Hendrix. Avant de disparaître à son tour en 2002, celui-ci légue la totalité de la succession à la demi-sœur de Jimi, Janie. Le frère, Leon, n’a jamais digéré d’avoir été évincé de l’héritage, et malheureusement la famille du guitariste continue de se déchirer sur la façon de gérer son héritage. Les derniers conflits juridiques en 2017 concernaient les produits dérivés.

En revanche, il faut admettre que depuis 1997, Janie Hendrix gère le catalogue musical de façon intelligente et respectueuse de son frère. Tous les “vrais” albums ont été remasterisés, Are you experienced ? a été complété par les 3 singles et leurs faces B, et enfin le double First Rays of the new rising sun est sorti sous la forme souhaitée par son auteur.

First Rays of the new rising sun, sorti en 1997 : le dernier album sur lequel travaillait Hendrix, et qui était sur le point de paraître, juste avant sa mort en 1970 © Experience Hendrix LLC

Puis, plusieurs compilations d’inédits (chutes de studio, jams, versions alternatives, demos, etc..) ont vu le jour régulièrement : South Saturn delta en 1997, Valleys of Neptune en 2010, People, Hell and Angels en 2013, et le dernier en date Both sides of the sky en 2018.

© Experience Hendrix LLC

Blues a été réédité, et surtout les BBC sessions, parues en 1998, reprennent l’intégralité des titres de Radio One, plus de nombreux autres morceaux, et prises différentes, qui en font un incontournable.

© Experience Hendrix LLC

Parallèlement sont également sortis des albums live, entre autres : Woodstock, Wight, Fillmore East (ce dernier complétant ainsi le Band of Gypsys).

Et pour encore enrichir les bacs, le label Dagger records a été créé afin de publier principalement des lives (mais également des enregistrements studio). Présenté comme “le catalogue officiel des bootlegs de Jimi Hendrix”, il cherche à couper l’herbe sous le pied aux labels peu scrupuleux qui ont publié des concerts du guitariste durant ces dernières décennies. Il a ainsi sorti, entre autres : Berkeley, Ottawa, Oakland, Clark University, Atlanta…(liste non exhaustive)

Plusieurs albums « Dagger Records » © Experience Hendrix LLC

Enfin à cela s’ajoutent 2 coffrets gargantuesques :

  • The Jimi hendrix Experience sorti en 2000.

Il s’agit de moults versions alternatives, demos, chutes de studio, extraits live…. sur 4 CDs, en format “long box”, intéressant, mais surtout si on connait déjà l’œuvre “normale”

Jimi-Hendrix-Experience-box-set
© Experience Hendrix LLC

  • West Coast Seattle Boy : The Jimi Hendrix Anthology sorti en 2010.

A la différence du coffret précédent qui n’était constitué que d’inédits, celui-ci fait à la fois office de compilation, et propose quelques inédits, plus un documentaire. C’est aussi un format “long box” 4 CDs

© Experience Hendrix LLC

En résumé

Si on devait conseiller pour une première approche :


Les albums studio

Pour écouter l’œuvre de Jimi Hendrix en studio, ces 4 albums sont indispensables (les 3 sortis de son vivant, et le dernier fini d’être enregistré avant sa mort, mais sorti bien après) :

Les 4 albums studio tels que Jimi les avait voulus © Experience Hendrix LLC

Les albums Live

Ils sont nombreux, mais on peut citer ceux à posséder en priorité :

© Experience Hendrix LLC

Les compilations d’inédits

On peut commencer à s’y pencher une fois qu’on connait déjà bien la discographie originelle. Ces 2 disques regorgent de pépites :

© Experience Hendrix LLC

Cette chronique n’avait pas vocation à être exhaustive, mais simplement de donner une “vue d’ensemble” de la discographie de Jimi Hendrix.

Tous les disques estampillés © Experience Hendrix LLC sont dignes de confiance, et respectueux de l’œuvre du guitariste. Les autres sont à considérer avec beaucoup plus de précaution, même si on peut parfois trouver des choses intéressantes sur le label « Purple Haze Records », notamment Monterey 67, Stockholm 67, Winterland 68

© Jean-François Convert – Février 2019

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