La B.O. de ‘Princess Bride’ de Mark Knopfler a 35 ans

Le 12 novembre 1987 arrivait dans les bacs cette quatrième bande originale de film composée par Mark Knopfler.

Une comédie jouissive

Princess Bride est une comédie parodique qui se joue des codes des contes de féés. Adaptée du roman éponyme de William Goldman paru en 1973, l’histoire est portée à l’écran avec la narration racontée par un grand-père à son petit-fils qui lui demande une  « histoire de princesse et de vengeance ». Le grand-père c’est Peter Falk, à cette époque déjà connu depuis presque deux décennies dans le rôle du célèbre Columbo.

© Denys Legros

On suit les péripéties de plusieurs personnages hauts en couleurs à travers la voix du grand-père comme si on l’écoutait à la place du petit garçon. Un sentiment de régression jouissive, mais avec toute la distance et le recul qui donnent à apprécier les nombreux clins d’œil savoureux. On plonge dans une histoire à la fois drôle et prenante qui aura son lot de coups de théâtre, d’actions, de combats, de romance, et qui naturellement se termine par un happy end.

La casquette de ‘Spinal Tap’

Le processus de mise-en-scène offre quelques allers-retours entre le conte à proprement dit et la chambre du petit garçon qui interrompt l’histoire à plusieurs reprises. Ce décor contemporain a d’ailleurs permis au réalisateur Rob Reiner d’honorer une demande particulière de Mark Knopfler à qui il a demandé de composer la musique de son film, avant de le tourner. En effet, le frontman de Dire Straits alors en pause de son groupe dit au réalisateur qu’il n’acceptera d’écrire la musique de Princess Pride qu’à la condition qu’apparaisse dans le film la casquette que Rob Reiner porte dans le culte Spinal Tap !

Martin Di Bergi (joué par Rob Reiner) interviewant le guitariste Nigel Tufnel dans le « rockumentaire » Spinal Tap (1984)

Ce faux documentaire rock sorti en 1984 est un summum du genre, et en fin connaisseur Knopfler voulait qu’une référence figure dans le nouveau film de Reiner, tout en sachant que celui-ci se déroulait aux temps des chevaliers et des châteaux forts. Qu’à cela ne tienne, le réalisateur a glissé la casquette dans la chambre du petit-fils !

De nombreux sites web ont relaté l’anecdote avec photos à l’appui. Et le réalisateur lui-même en parle dans le livret du disque.

Dans ce même livret, le guitariste avoue qu’il plaisantait à ce sujet, sous-entendu qu’il aurait dans tous les cas accepté avec grand plaisir de composer la musique du film, même si la casquette n’y apparaissait pas ! Une sorte de faux challenge, une blague de Knopfler à l’encontre de Reiner, mais celui-ci s’est pris au jeu et a relevé le défi.

Mark Knopfler et Rob Reiner en 1987

La première musique « classique » de Knopfler…

Princess Bride est la quatrième bande originale de film composée par le songwriter-guitariste. Jusqu’alors, il avait renoué avec ses racines écossaises dans Local hero (1983), glissé vers l’Irlande dans Cal (1984) et exploré l’univers jazzy dans Comfort & Joy (1984). Sur chacune de ces trois musiques de films, il jouait au sein d’un groupe restreint de type pop-rock, avec éventuellement l’ajout de quelques instruments celtiques.

Mark Knopfler en 1987

Mais pour cette histoire de princesse et de prince charmant, même parodique, la formule guitare-claviers-basse-batterie n’allait pas pouvoir suffire. Ce type de film requiert naturellement des sons d’orchestre pour une musique plus « classique ». Sans doute pour un problème de budget, point d’orchestre philarmonique sur le disque, mais les synthétiseurs de Guy Fletcher reproduisant la dimension symphonique, procédé qui sera réutilisé deux ans plus tard sur la bande originale de Last Exit To Brooklyn.

Mark Knopfler et Guy Fletcher
Mark Knopfler et Guy Fletcher en 1987

… avec quand même un peu de guitare

Mais alors qu’en 1989, Knopfler ne jouera que sur un seul morceau, ici il est quand même plus présent. Uniquement à la guitare acoustique certes, mais sur plusieurs titres. Étant donné la période dans la carrière du guitariste, on peut supposer qu’il s’agit d’une Ovation à cordes nylon comme sur Private Investigations. De jolies mélodies parcourent I will never love again, Morning Ride, The Friends’ Song, Guide My Sword ou A Happy Ending. Une couleur acoustique qu’on retrouvera presque 30 ans plus tard sur la B.O. de Altamira.

Un titre de Willy DeVille

À cette même époque, Mark Knopfler produit l’album Miracle de Willy DeVille, qui sort le 31 octobre 1987. En entendant la chanson Storybook Love, il suggère à DeVille de la proposer à Reiner pour le film dont le thème colle parfaitement aux paroles. Le réalisateur est enchanté, et Storybook Love devient le générique fin de Princess Bride. La chanson figure à la fois dans l’album Miracle et dans le B.O du film. Sans doute la plus connue du répertoire de Willy DeVille, elle a été nommée aux Academy Awards (différents des Grammy) de l’année 1988, mais c’est Dirty Dancing qui a remporté le prix.

Knopfler reprend naturellement le thème à la guitare dans le morceau d’ouverture intitulé Once upon a Time… Storybook Love et l’adapte en mode mineur dans I will never love again. Si on veut être pointilleux, DeVille aurait dû être co-crédité sur les titres de la B.O qui reprennent le thème mélodique de sa chanson.

Ce n’est sans doute pas la musique de film la plus knopflerienne de la carrière du frontman de Dire Straits, mais elle s’écoute toujours avec plaisir, même encore 35 ans après sa sortie.

© Jean-François Convert – Novembre 2022

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