“Electric Ladyland” de Jimi Hendrix, pierre angulaire du rock, a 50 ans

La période est propice en anniversaires de demi-siècles ! Tout simplement parce que l’année 1968 a été faste et au cœur d’une époque dorée de l’histoire du rock. Après l’Album blanc des Beatles, et avant Beggar’s Banquet des Rolling Stones, retour sur un autre chef-d’oeuvre : Electric Ladyland de Jimi Hendrix, qui est sorti en réédition spéciale le 9 novembre.

Jimi Hendrix en 1968 © Ulvis Alberts / MoPOP / Authentic Hendrix, LLC

Introduction

La carrière de Jimi Hendrix a été fulgurante, telle une comète dans l’histoire du rock : 4 ans (de l’automne 1966 à sa mort, le 18 septembre 1970), avec seulement 4 albums dont 3 studios et 1 live, auxquels on peut rajouter la compilation Smash Hits. Tous les autres disques sortis à foison depuis sa mort ne sont pour la plupart que des compilations d’inédits, des concerts, ou des sessions radio et télé. Une exception peut-être: Firsts rays of the new rising sun, paru en 1996, est sans doute l’album posthume le plus fidèle au divin gaucher, dans sa lucrative et gargantuesque discographie post-mortem.

Parmi les albums sortis de son vivant, Electric Ladyland reste son ultime chef-d’oeuvre, celui où il est sans aucun doute parvenu à restituer le mieux possible ces fameux sons qu’il entendait “dans sa tête”.

Un des plus grands disques de l’histoire du rock

Merveille de technologie sonore, ce double album (un des premiers avec l’Album blanc des Beatles, après le tout premier Blonde on Blonde de Dylan en 1966) regorge de superbes compositions. Car on l’oublie souvent, mais Jimi n’était pas qu’un guitariste innovateur, il était aussi un immense songwriter, capable de raconter des histoires avec poésie, force et imagination. Du mysticisme de Voodoo Chile aux déambulations urbaines de Crosstown Traffic, en passant par la prise de conscience sociale et politique sur House burning down, ou les douces rêveries fantasmagoriques du morceau titre et 1983, l’écriture de Jimi est à son summum.

Musicalement, le disque explore tous les genres qu’affectionne le guitariste : la soul influencée par Curtis Mayfield (Le morceau titre, Long hot summer night) dispute au pur blues mystique (Voodoo chile), tandis que le rock originel (Come on) rivalise avec des ambiances psychédéliques (1983, Burning of the midnight lamp) ou une pop typiquement british (Little miss strange, de Noel Redding). Le jazz (Rainy day) et le funk (Gypsy eyes) ne sont pas reste, et on entre-perçoit même des prémices de hip-hop (Crosstown traffic), ou des racines de hard-rock (Slight return). Enfin, une reprise de Dylan va donner lieu à un sommet Hendrixien : All along the watchtower, morceau phare de l’album, devenu depuis un titre emblématique du génial gaucher.

Toujours perfectionniste, Jimi jouera et rejouera indéfiniment ses parties de guitare. Ici en pleine répétition sur la reprise de Dylan :

Non satisfait du jeu de basse de Noel Redding, le guitariste réenregistrera lui-même la basse. La guitare rythmique est assurée par Dave Mason. D’ailleurs, plusieurs membres du groupe Traffic participent aux sessions de l’album, notamment Steve Winwood à l’orgue sur Voodoo Chile (version blues) et Chris Wood aux flûtes sur 1983… (A Merman I Should Turn to Be), autre apogée du génie d’Hendrix dans la recherche permanente de sons semblant venir d’une autre planète :

“Hendrix joue le Blues du Delta, mais ce Delta là, se trouve sur Mars “

Rolling Stone Magazine

De nombreuses innovations sonores

Avec son producteur Eddie Kramer et l’ingénieur du son Gary Kellgren, Jimi va passer des heures à triturer les bandes, à tester des effets électroniques, à repousser les limites de la technologie de l’époque, comme par exemple créer du “flanging” avant l’invention de l’effet flanger, en utilisant le décalage entre deux magnétos à bandes. Sur House burning down il demande à Kramer et Kellgren de reproduire le son de sa guitare comme si on l’entendait sous l’eau.

Jimi-Hendrix-Studio-Gary-Kellgren
L’ingénieur du son Gary Kellgren avec Jimi Hendrix aux studios « Record Plant », à New York, le 2 septembre 1968 © Jay Good Frank White

Sur 1983…a merman I should turn to be, ce sont des larsens de micro d’ordre (les micros “talk back” servant à communiquer entre le studio et la régie “control room”) qui, passés en chambre d’echo, vont donner ces fameux effets sonores, semblables à des cris de mouettes.

L’ingénieur du son Gary Kellgren avec Jimi Hendrix aux studios « Record Plant », (Eddie Kramer debout derrière) à New York, le 2 septembre 1968 © Jay Good Frank White

On peut noter également une utilisation réfléchie de la stéréo, novatrice pour l’époque. Des titres comme … And the Gods Made Love ou Moon, Turn the Tides….Gently Gently Away, par exemple, exploitent au maximum les possibilités offertes par cette spatialisation du son.

Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si l’édition anniversaire propose un mixage en 5.1 :

La pochette controversée

A sa sortie en 1968, l’album est affublé d’une pochette aux antipodes de ce que souhaitait Jimi. Au lieu des photos prises à Central Park par Linda Eastman (future Mme McCartney), la maison de disques anglaise impose une photo, devenue depuis célèbre, de femmes nues posant en position lascive, et arborant un disque à l’effigie du guitariste. Jimi, très en colère, n’arrivera pas à faire retirer la pochette qui donnera un parfum de scandale sulfureux à l’album, occultant quelque peu sa qualité musicale.

Aux Etats-Unis, où la pochette avec femmes nues est censurée, Reprise Records édite le disque avec une photo floue du visage de Hendrix, aux teintes rouges-jaunes, prise par Karl Ferris. C’est cette version qui a été reprise pour les rééditions CD de l’album en 1997 :

Le recto et le verso de la réédition CD de 1997

Dans le livret intérieur de l’édition CD figure déjà la photo prise le 7 août 1968, devant une sculpture d’Alice au pays des merveilles, à Central Park. On y voit les trois musiciens de l’Experience : Noel Redding, Jimi Hendrix et Mitch Mitchell, avec deux enfants. C’est cette photo voulue à l’origine par Jimi qui est enfin reproduite sur la pochette de la réédition 50ème anniversaire :

La pochette telle que voulue à l’origine par Jimi

Les pépites de l’édition 50ème anniversaire

Pour célébrer le demi-siècle de ce chef d’œuvre, Sony Music a mis les petits plats dans les grands, et propose une édition “super deluxe” en format CD ou vinyle, qui ne lésine pas sur les bonus : demos, live, making off et remix en 5.1. Dans les bacs depuis le 9 novembre.

Revue de détail avec liens officiels vers plusieurs de ces pépites :

L’édition super deluxe comprend :

 L'édition 3 CD + 1 Blu-Ray
L’édition 3 CD + 1 Blu-Ray
  • L’album original remastérisé par Bernie Grundman
  • L’album original remixé en surround 5.1 par Eddie Kramer
  • 20 démos et prises de studio inédites enregistrées pendant la même période
  • Le concert inédit du 14 septembre 1968 au Hollywood Bowl
  • Le documentaire issu de la série “Classic Albums” dans sa version intégrale

 

L'édition 6 LP + 1 Blu-Ray
L’édition 6 LP + 1 Blu-Ray

Electric Ladyland – album original remastérisé par Bernie Grundman

  1. … And the Gods Made Love
  2. Have You Ever Been (To Electric Ladyland)
  3. Crosstown Traffic
  4. Voodoo Chile
  5. Little Miss Strange
  6. Long Hot Summer Night
  7. Come On (Part I)
  8. Gypsy Eyes
  9. Burning of the Midnight Lamp
  10. Rainy Day, Dream Away
  11. 1983….(A Merman I Should Turn To Be)
  12. Moon, Turn the Tides….Gently Gently Away
  13. Still Raining, Still Dreaming
  14. House Burning Down
  15. All Along the Watchtower
  16. Voodoo Child (Slight Return)

At Last…The Beginning: The Making of Electric Ladyland The Early Takes

  1. 1983…(A Merman I Should Turn To Be) [Demo 1]
  2. Voodoo Chile
  3. Cherokee Mist
  4. Hear My Train A Comin’
  5. Angel
  6. Gypsy Eyes
  7. Somewhere
  8. Long Hot Summer Night [Demo 1]
  9. Long Hot Summer Night [Demo 3]
  10. Long Hot Summer Night [Demo 4]
  11. Snowballs At My Window
  12. My Friend
  13. At Last…The Beginning
  14. Angel Caterina (1983)
  15. Little Miss Strange [Alternate take]
  16. Long Hot Summer Night [Take 1]
  17. Long Hot Summer Night [Take 14]
  18. Rainy Day, Dream Away
  19. Rainy Day Shuffle
  20. 1983…(A Merman I Should Turn To Be) [Demo 2]

Jimi Hendrix Experience : Live At The Hollywood Bowl Sept. 14, 1968

Ce show “inédit” était déjà connu des fans via des éditions pirates, mais uniquement en versions enregistrement “audience”. Ici c’est bien sûr une version “soundboard” (console) qui est proposée.

Jimi sur la scène du Hollywood Bowl, le 14 sept. 1968 © Ed Caraeff

Ce concert est un peu particulier : le 14 septembre 1968, The Jimi Hendrix Experience est à l’Hollywood Bowl en Californie devant 18000 fans dont certains pataugent carrément dans l’espace rempli d’eau (qui n’est pas une piscine) situé juste entre la scène et le public ! Au départ, la sécurité a pourtant bien tenté de les empêcher d’y accéder, mais ils ont vite été débordés…Il n’y a eu aucune électrocution ce soir-là !

Concert au Hollywood Bowl, 14 sept. 1968, avec l’espace aquatique devant la scène © Chuck Boyd / Authentic Hendrix, LLC
  1. Introduction
  2. Are You Experienced
  3. Voodoo Child (Slight Return)
  4. Red House
  5. Foxey Lady
  6. Fire
  7. Hey Joe
  8. Sunshine of Your Love
  9. I Won’t Live Today
  10. Little Wing
  11. Star Spangled Banner
  12. Purple Haze
Jimi Hendrix et Mitch Mitchell sur la scène du Hollywood Bowl, le 14 sept. 1968 © Chuck Boyd / Authentic Hendrix, LLC

At Last… The Beginning : The Making of Electric Ladyland documentary

Le documentaire issu de la série “Classic albums”, réalisé en 1997, est présenté ici en version longue, pour une durée totale de 90 minutes. Quelques extraits :

Le passage concernant Voodoo Chile / Voodoo Child (Slight return)

Le passage concernant Gypsy Eyes

Le passage concernant Crosstown Traffic

Le passage concernant 1983 … (A Merman I Should Turn To Be)

Enfin, Joe Satriani donne ses premières impressions sur cette réédition

A la fois sur l’édition CD et l’édition vinyle

Une réédition luxueuse qui rend justice à ce chef-d’œuvre musical, cette pierre angulaire du rock, de la musique tout court.

« S’il ne reste qu’un nom dans toute l’histoire du rock’n’roll dans cent ans, ne cherchez pas, ça sera forcément Jimi Hendrix. »

Pete Townshend

Sources

Sony Music, Experience Hendrix, Classic Albums, YouTube, Wikipedia

Merci à Yazid Manou pour les infos, liens, et photo de Ed Caraeff

© Jean-François Convert – Novembre 2018

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