Un automne bluesy

Qu’il vienne de France avec Fred Chapellier, Rosedale et Bâton Bleu, ou d’Allemagne avec Henrik Freischlader, de Californie avec Robben Ford, du Tennessee avec Cédric Burnside, de Caroline du sud avec Marcus King ou de Chicago avec Boney Fields, de Québec avec Paul DesLauriers ou de Londres avec Eric Bibb et les Rolling Stones, qu’on se le dise, l’automne va être bluesy !

Je l’évoquais la semaine dernière dans ma chronique sur les différentes musiques afro-américaines, le Blues est multiple, il peut prendre plusieurs couleurs : électrique, acoustique, rugueux, boueux, urbain, jazzy….Voici une sélection de différents disques blues qui sortent en ce moment ou sont sortis récemment.

Marcus King – “Carolina Confessions” – 5 octobre

C’est le dernier jeune prodige de la guitare blues. Venu de Caroline du sud, à seulement 21 ans, Marcus King fait preuve d’extraordinaires capacités musicales. Puisant dans les racines ardentes de la musique américaine, que King qualifie de « soul-influenced psychedelic southern rock », The Marcus King Band a été adoubé par Warren Haynes, guitariste émérite de Gov’t Mule, qui n’a pas hésité à les produire. Il considère King comme un guitariste doué d’une «maturité dépassant de loin son âge».

Après plusieurs en date en France début octobre, il poursuit sa tournée européenne en Angleterre et aux Pays-Bas.

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Cedric Burnside – “Benton County Relic” – 14 Sept.

Petit-fils du songwriter et guitariste R.L. Burnside, Cedric Burnside a grandi dans une famille de musiciens, et a très vite embrassé le blues et tourné dès ses 13 ans à la batterie avec son grand père. Passé depuis à la guitare et au chant, il perpétue cette tradition d’un blues hargneux et revendicatif, dont le rythme soutenu n’est pas sans rappeler John Lee Hooker.

D’autres morceaux plus acoustiques évoquent une ambiance deep south delta, comme ce Hard to stay cool et son clip vidéo en hommage aux bluesmen itinérants qui ont propagé leur musique au gré de leurs errances. C’est l’histoire du blues, l’histoire de la musique.

Il tourne pour l’instant essentiellement aux Etats-Unis, espérons qu’il viendra prochainement en France !

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“Fred Chapellier plays Peter Green” – 19 octobre

Reprendre Peter Green, le flamboyant guitariste ayant remplacé Eric Clapton au sein de Bluesbreakers, avant de fonder Fletwood Mac, il fallait quand même oser, et Fred Chapellier s’en sort haut la main. Tout y est : la Les Paul, le son avec juste ce qu’il faut d’echo, le phrasé reconnaissable entre mille, les citations guitaristiques précises…un hommage respectueux au maître, mais qui ne tombe jamais dans l’imitation scolaire.

Tous les standards sont là : le funky Rollin man, l’instrumental planant Albatross, le tubesque Black magic Woman (avant qu’il ne soit repris par Santana)…mais c’est sur A fool no more que Chapellier approche le plus du style Peter Green : un summum de feeling, de touché, et d’émotion. On croirait vraiment entendre Peter, et c’est sans doute l’un des plus beaux hommages qu’on pouvait lui rendre.

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Robben Ford – “Purple house” – 26 octobre

Changement de style avec Robben Ford. Cette sommité de la guitare sort cette semaine un nouvel album dans un style à son image : classe et élégant. Un blues raffiné et sophistiqué qui s’aventure parfois vers le jazz-rock, tantôt vers la ballade mainstream, ou encore vers le groove funky, mais toujours avec cette nonchalance propre aux plus grands : donner l’impression que c’est facile, que ça coule de source.

La guitare est fluide, la voix est laid-back, les cuivres présents mais discrets. Un mélange de classicisme et de modernité.

Robben Ford arrive le 27 octobre en Europe en commençant par les Pays-Bas, et enchaîne avec pas moins de 9 dates en France, du 2 au 11 novembre.

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Boney Fields – “Bump City” – 9 novembre

Boney Fields est présenté comme “Le chaînon manquant entre James Cotton, Lucky Peterson et Trombone Shorty”. On est effectivement plus proche de la soul et du Rhythm and Blues. Des cuivres mis en avant, un swing groovy, rien de plus normal pour quelqu’un qui a décidé de se lancer dans la musique après avoir découvert Louis Armstrong à la télévision dans les années 70.

Mais le blues est aussi de la partie à travers un hommage appuyé à son compagnon de route et mentor, le regretté James Cotton, sur le titre Ying Yang, magnifié par la grâce d’un invité de marque, le chanteur et harmoniciste, Charles Pasi.

Dans Bump City, le titre phare de l’album, Boney imagine d’ailleurs une ville où l’on ferait la fête et danserait toute la nuit. Quelle belle promesse ! Et comme le laissent entendre Ain’t giving up on you et More, l’espoir et la félicité sont les meilleurs remèdes aux embûches et aux revers de l’existence. Qu’il soit entendu !

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Bâton Bleu – “Weird and wonderful tales” 2 Nov.

Changement total d’ambiance avec Bâton bleu, duo français qui revisite le blues des origines : acoustique, scandé, rudimentaire. Mais plutôt que de se cantonner au style classique type south delta, Gautier et Maria font exploser les barrières et nous transportent à travers les steppes d’Asie, la Méditerranée ou l’Afrique en jouant tout aussi bien sur un tovshuur (un luth traditionnel mongol à tête de cygne) que sur un banjo, une guitare, ou des kalimbas.

Ils définissent leur musique comme du “neo-bues / hard-folk” (!) A vous de vous faire une idée en écoutant leur album, qui porte bien son nom : “Contes étranges et merveilleux”

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Eric Bibb – “Global Griot” – 26 Octobre

Toujours dans le style acoustique, s’il y a un bluesman qui perpétue le mieux la tradition, c’est bien Eric Bibb. L’année dernière il nous avait enchanté avec Migration Blues, il revient cet automne sur les traces des conteurs africains, ces “Griots” récemment honorés par Mighty Mo Rodgers et Baba Sissoko avec leur album Griot Blues sorti il y a tout juste 1 an.

Mon indéfectible rencontre avec l’Afrique de l’Ouest est une bénédiction qui a changé le cours de ma vie.

Eric Bibb

Dans le même esprit que ses prédécesseurs, Eric Bibb invite ses amis griots du continent africain (notamment le sénégalais Solo Cissohko et le malien Habib Koité) et nous propose un album de blues, groovy à souhait , qui va puiser aux racines de l’Afrique.

Eric Bibb est en tournée en France dès la semaine prochaine, jour de sortie de son album, jusqu’au mois de mars.

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Paul Deslauriers Band

A l’opposé du style acoustique et dépouillé d’Eric Bibb, mais toujours dans le monde du blues, le québécois Paul Deslauriers joue un blues rock énergique et puissant, en formation “power trio”. Il n’est pas courant de voir un bluesman jouer au bottleneck sur une Gibson SG double-manche, guitare rendue célèbre en version rouge par Jimmy Page sur Stairway to heaven , et en version blanche (la même donc) par Don Felder sur Hotel California.

Après plusieurs festivals cet été et quelques dates depuis la rentrée, en France, le trio vient tout juste de retourner au Canada cette semaine, avant de partir à l’assaut de la Floride le mois prochain. Assurément un groupe à suivre qui n’a pas finit de faire parler de lui.

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Henrik Freischlader Band – “Hands on the Puzzle”

On le voit bien, le blues est une musique cosmopolite et n’est plus l’unique apanage des Etats-Unis. Ici c’est Allemagne qui est à l’honneur avec Henrik Freischlader et son groupe.

Actif depuis quasiment une quinzaine d’années, ce combo aux carrefours de la soul, du blues et du rock vient de sortir un quatorzième album (en comptant les live) qui n’a rien à envier aux maîtres du genre tels Joe Bonamassa ou Gary Moore (à qui le groupe avait rendu hommage sur Blues for Gary en 2017). Ce magnifique Mournful Melody laisse entrevoir l’étendue du talent guitaristique de Henrik Freischlader, accompagné par une rythmique solide et des cuivres feutrés.

Après différents festivals cet été, le Henrik Freischlader Band sillonne l’Allemagne actuellement, avant de se produire le 26 novembre au New Morning, en première partie de Rosedale.

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Rosedale – “Wide Awake” – 9 novembre

Rosedale qui justement sort son deuxième album le mois prochain. A nouveau un coup de cœur après leur premier opus Long way to go en mai 2018, ce Wide awake transforme l’essai et confirme définitivement ce qu’on avait pressenti l’année dernière : un grand groupe est en train de naître.

La guitare de Charlie Fabert est toujours autant finement ciselée, tout à tour tranchante et percussive, virtuose et pleurante. La voix d’Amandyn Roses a gagné en maturité et passe de l’émotion à la puissance avec une déconcertante facilité. La production est encore une fois impeccable et distille des touches subtiles pour un son global plus travaillé encore que sur l’album précédent. Un côté moins “rentre dedans” mais tout aussi persuasif.

Plusieurs dates sont prévues en France et en Allemagne, mais à ne surtout pas rater : la release party au New Morning le 26 novembre (avec donc le Henrik Freischlader Band en première partie).

Site WebChaine YouTubePage facebookNew Morning le 26 novembre

Rolling Stones – “Confessin’ the Blues” – 9 novembre

Impossible de ne pas terminer cette sélection automnale avec ce projet soutenu par un groupe qui doit tant au Blues : les Rolling Stones.

Le plus grand groupe de Rock’n’Roll du monde est en effet à l’initiative d’une copieuse compilation qui dresse un éventail très large du blues : de Robert Johnson à Muddy Waters (à qui ils doivent d’ailleurs leur nom), de John Lee Hooker à Bo Diddley, de Big Bill Bronzy à Howlin Wolf…la liste est trop longue pour les citer tous.

On le sait : sans le blues, le rock n’aurait jamais existé, et Jagger autant que Richards savent à quels point ils lui sont redevables. Leur dernier album Blue & Lonesome (2016) était d’ailleurs constitué uniquement de reprises de standards. Ici, ils rendent directement hommage aux interprètes originaux en regroupant sur 2 disques une sélection qui leur tient à cœur, et qui dans le même temps doit permettre aux néophytes de découvrir cette musique incontournable.

“Si tu ne connais pas le blues, il n’y a aucun intérêt à prendre une guitare et jouer du rock’n’roll”

Keith Richards

On sent une implication très forte du groupe. Ron Wood a dessiné lui-même la pochette. Et on imagine les longues discussions entre eux pour arriver à déterminer la playlist blues ultime ! le moins que l’on puisse dire est que le pari est réussi.

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Un conseil : tous ces disques (et bien d’autres à découvrir) constituent une bande son idéale pour accompagner la lecture de l’ouvrage de Philippe Thieyre “Blues en 150 figures” paru le 18 octobre aux éditons du Layeur.

Un automne résolument bluesy.

© Jean-François Convert – Octobre 2018

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