ZZ Top sortait “Fandango!” il y a 45 ans

Retour sur cet album mi-live mi-studio, représentatif du ZZ Top des seventies.

Ce bon vieux petit groupe du Texas

En 1975, le trio texan n’a que 3 albums à son actif, mais est déjà bien implanté dans le southern rock. Le riff de La Grange (emprunté au Boogie Chillen de John Lee Hooker) a enflammé la scène sudiste deux ans auparavant, et ZZ Top est d’ores et déjà reconnu comme une référence du boogie-bues-rock, simple mais efficace. Et leur surnom leur va comme un gant : « that little ol’ band from Texas » (« ce bon vieux petit groupe du Texas »)

Ils n’ont pas encore leur look légendaire qui fera leurs succès à partir des années 80. Les barbes de Billy Gibbons et Dusty Hill ont bien commencé à pousser, mais elles sont encore loin d’atteindre leur taille emblématique, symbole iconique du groupe. Seul le batteur s’obstine à ne garder que la moustache, alors qu’il porte le patronyme de Frank Beard … qui signifie « barbe », ça ne s’invente pas.

ZZ TOP en 1975. De gauche à droite : Dusty Hill (basse et chant), Billy Gibbons (guitare et chant), Frank Beard (batterie)

Pour le reste, l’accoutrement ne comporte pas non plus les lunettes de soleil et bonnets ou casquettes futures. Pour l’heure, les 3 compères arborent encore fièrement Stetsons et Santiags, ainsi que costumes country avec cols pelles à tarte et pattes d’eph’. L’ère des clips second degré et des gros riffs mâtinés de synthés n’arrivera que quelques années plus tard. Ce 4ème album reste dans le style de leurs débuts : blues & rock’n roll

ZZ TOP par © Denys Legros

La première face provient d’un concert enregistré le 12 avril 1974 à la Nouvelle Orléans. Du blues-rock basique, sans fioritures, dont une reprise du célèbre Jailhouse Rock, popularisé par Elvis, et chanté ici par la voix puissante du bassiste Dusty Hill.

Le « Révérend », un bluesman pur jus

Backdoor Medley inclut un extrait de Mellow Down Easy de Willie Dixon, qui rappelle l’attachement du groupe au blues. Le chanteur-guitariste Billy Gibbons s’est toujours décrit comme avant tout un bluesman (en témoigne son récent album solo The big bad blues). Ce n’est pas rien s’il est surnommé « Le révérend ».

Et justement, le meilleur titre de l’album, et même de toute leur carrière à mon goût, est ce Blue jean blues, aux paroles purement banales, mais prétextes à une ambiance crépusculaire voire nocturne, et un des plus beaux sons de guitare qu’il m’ait été donné d’entendre.

Selon les spécialistes, il s’agirait d’une Stratocaster branchée directement dans la console, sans ampli. Même si le guitariste de ZZ Top est surtout célèbre pour son affection des Gibson (sa fameuse Les Paul surnommée « Pearly Gates »), des Gretsch ou Bolin, il jouait régulièrement sur Strato en studio dans les seventies, notamment sur plusieurs morceaux de Tres Hombres, dont le solo du mythique La Grange, et donc également sur cet album Fandango! Par exemple Heard It on the X à coup sûr, et peut-être aussi Balinese, en plus de Blue jean blues.

Un adepte aussi de la Stratocaster

Et en matière de Stratocaster, il s’y connait Billy Gibbons. En 1968, alors qu’il assure avec son groupe Moving Sidewalks la première partie de Jimi Hendrix, ce dernier lui offre une Strato finition rose de 1957, car selon le divin gaucher, « la couleur rose n’était pas propice à s’enflammer » !

Cette guitare légendaire figure sans doute sur les premiers albums de ZZ Top, mais peu d’informations précises sur quels titres exactement. Par la suite, le guitariste texan n’utilisera que très rarement des Stratos en concert, sans doute parce que la sonorité ne s’y prête pas (voir plus bas).

© D. Munoz

Une vidéo étonnante : en 2016, alors qu’il se promène à Helsinki, il se voit proposer par un musicien des rues de jouer sur sa guitare, qui n’est autre qu’une Strat ! Et le célèbre guitariste accepte, en exécutant quelques phrases dont il a le secret, dans un style qui rappelle inévitablement Blue jean blues. Le plus surprenant et que ça n’a visiblement pas généré d’attroupement. Pourtant, difficile de ne pas reconnaître le Révérend… certains ont peut-être cru à un sosie !

Le gros son

En concert, le choix de guitares avec micros double bobinage se comprend aisément afin d’avoir un son plus massif, pour compenser le fait d’être seul guitariste. Autant en studio Billy a l’habitude de doubler ses rythmiques pour occuper entièrement l’espace sonore, autant sur scène non seulement il ne peut pas doubler ses rythmiques, mais en plus lorsqu’il part en solo, il n’y a plus que la basse de Dusty derrière pour meubler. Il faut donc un son charnu et bien présent pour remplir les salles :

Le trio a repris Blue jean blues en concert à plusieurs reprises, malheureusement pas quand je suis allé les voir en juillet 2011. Mais pas de regrets, car je trouve qu’aucune version live n’égale l’intensité émotionnelle de la version studio.

Lors de certaines apparitions live faisant suite à la sortie de son second album solo The big bad blues fin 2018, Billy Gibbons reprenait le morceau de ZZ Top, parfois avec un deuxième guitariste :

Tush, le deuxième gros tube du groupe

Même si La Grange sur Tres Hombres en 1973 avait déjà connu un certain succès, Tush, seul single issu de Fandango!, est le premier du groupe à atteindre le top 40. C’est encore la voix de Dusty Hill, plus haut perchée que celle de Billy Gibbons, qui mène tambour battant ce titre bâti sur un riff buldozer, laissant ensuite la place à un solo de slide débridé.

La réédition masterisée de l’album en 2006 offre trois titres bonus en live, dont Tush, où on sent la fièvre du public

Et ce sont justement ces deux premiers succès de leur carrière que les Texans vont enchaîner par la suite en concert. Pas de temps mort entre ces deux gros riffs de sueur et d’acier :

Le trio a gardé cette tradition pendant plusieurs décennies, et continuait encore de lier les deux morceaux dans leurs récentes tournées :

Le bon vieux petit groupe du Texas a d’ailleurs fêté ses 50 ans de carrière l’année dernière. Après un demi-siècle d’activité, les barbus sont encore là, et leurs albums vieillissent toujours aussi bien, comme ce Fandango!, sorti il y a tout juste 45 ans aujourd’hui.

© Jean-François Convert – Avril 2020

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1 commentaire sur “ZZ Top sortait “Fandango!” il y a 45 ans

  1. Ah Blue Jean Blues !!! Enchaînée à Fool For You Stocking avec un verre de Sky et je suis au Paradis !!!

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