Jean-Sébastien Bach est mort il y a 270 ans

Le 28 juillet 1750 décédait le compositeur allemand, qui a révolutionné la musique.

J. S. Bach en 1746, portrait par © Elias Gottlob Haussmann / Domaine Public

Introduction

Bach n’est pas mon compositeur classique favori. Je lui préfère de loin Chopin ou Beethoven. Mais je dois bien reconnaître que son apport à la musique est considérable, qu’il reste LA référence du baroque et bien au-delà, et qu’il a posé nombre des bases qui ont servi pour les mouvements musicaux suivants : classicisme, romantisme, post-romantisme, contemporain. Un virtuose de plusieurs instruments (violon et alto, mais surtout clavecin et orgue), un compositeur hors du commun qui a réalisé l’équilibre parfait entre le contrepoint et l’harmonie, et qui est, de nos jours, considéré comme un des plus grands compositeurs de tous les temps, si ce n’est comme le plus grand.

Mais plutôt que de retracer sa vie ou énumérer ses œuvres au nombre astronomique (plus de mille !), je vous propose quelques exemples où ses compositions m’évoquent de délicieuses madeleines de Proust.

Toccata et fugue en ré mineur

Comme beaucoup de personnes de ma génération, Bach je l’ai d’abord découvert grâce à ce générique devenu culte :

La Toccata et fugue en ré mineurBWV 565 a été écrite entre 1703 et 1707. C’est probablement l’œuvre pour orgue la plus connue à travers le monde. Mais comme beaucoup de marmots des seventies, c’était pour moi, avant tout et d’abord, la musique de Il était une fois l’Homme ! Cette introduction au son imposant et majestueux (la toccata), puis ce thème tournoyant où chaque note semble courir après l’autre (la fugue).

Le générique du dessin animé enchaîne d’ailleurs deux parties qui ne sont pas à la suite dans l’oeuvre originale, il s’agit d’une adaptation par le compositeur japonais Yasuo Sugiyama. Et pour l’anecdote,  la fin du générique où la Terre explose a été coupée lors de la diffusion plus récente sur la chaîne Gulli.

Jésus que ma joie demeure

Un autre grand classique du compositeur qui s’était spécialisé dans la musique sacrée. Mais toujours pour les bambins élevés à la télévision de papa avec seulement trois chaines, les sketchs de Coluche demeurent une référence incontournable. Et l’humoriste qui jouait Le temps des cerises avec des gants de boxe, ou La lettre à Elise à la trompette, a également repris du Bach, ou plutôt massacré du Bach, en version fanfare dissonante, voire carrément désaccordée (à 7:05)

Suites pour violoncelle seul

Et c’est cette même génération née au début des années 70 qui a vécu en 1989 un des événements politiques les plus importants du XXéme siècle : la chute du mur de Berlin. Je m’en souviens comme si c’était hier, et l’image qui reste associée à ce moment est Rostropovitch jouant des extraits des Suites pour violoncelle seul devant le mur :

Un instant de grâce que le musicien termine par ces mots, en recevant des dons du public :

« C’est le cachet le plus élevé que j’ai jamais reçu de ma vie, car il vient du cœur ! »

Mstislav Rostropovitch

Il a eu à plusieurs reprises l’occasion de raconter comment il avait lui-même vécu ce moment si particulier :

C’était le 11 novembre 1989, aux toutes premières heures de la chute du mur. Cette prestation lui a valu d’être connu dans le monde entier, la scène ayant été filmée par des télévisions internationales.

Il a joué un extrait d’une des Suites pour violoncelle seul. Mais de cette oeuvre, le mouvement le plus connu est bien évidemment le prélude de la Suite pour violoncelle n° 1 en sol majeur, BWV 1007 (1720) :

Rostropovitch a enregistré 6 Suites pour violoncelle de Bach en 1991. L’intégralité est disponible dans cette vidéo

Pour ma part, je ne peux m’empêcher de penser que le guitariste de Genesis, Steve Hackett, avait en tête ce Prelude, lorsqu’il a composé son instrumental Horizons (sur l’album Foxtrot en 1972) :

Air sur la corde Sol

Autre lien entre musique ancienne et musique moderne : Cette mélodie, elle aussi très célèbre, et sa progression d’accords, ont servi d’inspiration à Gary Brooker (de Procol Harum) lorsqu’il a composé le non moins célèbre A whiter shade of pale en 1967. Il me l’a confirmé lorsque je l’ai interviewé il y a 3 ans, pour les 50 ans du tube, et la sortie de l’album Novum.

Bien que moins de ma génération, ce morceau est encore et toujours LE slow de la toute l’histoire de la pop, et il reste indissociable de cet autre « hit », datant d’il y a 300 ans (l’ Air sur la corde Sol est en fait le 2ème mouvement de la Suite pour orchestre no 3 en ré majeur BWV 1068, composée entre 1717 et 1723).

Sur YouTube, de nombreuses reprises en forme de mash-ups réunissent les deux morceaux :

Badinerie et Prog-Rock

Le Rock Progressif a toujours revendiqué s’inspirer de la musique classique et baroque. En 1981, sur son album QE2, Mike Oldfield cite une phrase de Menuet et Badinerie, Suite Orchestrale No 2 en Si Mineur dans le morceau Conflict (à 1:07) :

Fugue et Hard-Rock

Nombre de guitaristes rock et hard-rock aiment citer du Bach dans leurs solos. Ici c’est Angus Young de AC/DC qui place quelques notes d’une Fugue dans une de ses improvisations sur scène :

Bach au cinéma

Bach a été énormément repris dans la culture populaire et notamment dans les films. En témoigne cette petite compilation de certaines des citations du compositeur au cinéma, par l’excellent Luc Laget dans son émission Blow Up sur Arte :

Prélude en do majeur pour piano

Enfin pour terminer, une partition qui me tient particulièrement à cœur car c’est le morceau fétiche de ma fille depuis qu’elle a appris le piano : Le Prélude en do majeur BWV 846, issu du premier livre du Clavier bien tempéré, compilé vers 1722.

Dans le même esprit que le Prélude pour violoncelle, ce ne sont « que » des suites d’arpèges, mais qui témoignent d’une maîtrise totale de l’harmonie, avec un enchaînement parfait des différentes tonalités.

Ce Prelude pour piano a été réarrangé par Gounod en 1859 pour son Ave Maria :

Il y aurait tant d’autres œuvres à citer… Jean-Sébastien Bach reste l’un des compositeurs les plus célèbres au monde, et même 270 ans après sa disparition, tout le monde a déjà entendu au moins une fois son nom et l’une de ses musiques. Une star avant l’heure.

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