En vacances à Nantes il y a deux semaines, je me suis offert une Gibson ES-335, un achat qui n’était pas du tout prévu. Retour sur les circonstances de cette dernière acquisition et quelques exemples sonores et visuels de mon nouveau joujou.

Sommaire
Une guitare de référence
Si la Stratocaster, la Telecaster (qui fête ses 75 ans cette année), la Les Paul ou la SG trônent en instruments iconiques de l’histoire du rock, la ES 335 n’est pas en reste et figure également parmi les guitares emblématiques de plusieurs styles confondus. Nombre de guitaristes ont joué sur ce modèle :
Les bluesmen d’abord (BB King, John Lee Hooker, Otis Rush, Buddy Guy, Luther Allison… pour n’en citer que quelques uns, même Stevie Ray Vaughan pose avec une 335 sur la pochette de Soul to Soul, bien qu’à ma connaissance il n’en joue sur aucun morceau), puis le premier guitar-hero du rock’n’roll Mister Chuck Berry, avant que cette guitare ne soit adoptée par les grands noms de la six cordes tels Eric Clapton, Alvin Lee, George Harrison et John Lennon, Keith Richards (qui a même son modèle signature) et Mick Taylor, Ritchie Blackmore, Peter Frampton, Stephen Stills, Steve Howe… liste non exhaustive bien sûr. Et pour couronner le tout, deux de mes guitaristes préférés, Knopfler et Gilmour ont eux aussi joué sur ES-335.














Avant que Leo Fender n’invente en 1951 la toute première guitare à corps plein (« solid body » en anglais) avec l’Esquire puis la Broadcaster, future Telecaster, les guitares électriques héritaient leurs formes et conceptions de leurs ainées acoustiques. Elles ont d’abord conservé leur corps entièrement creux et une largeur de caisse équivalente aux anciens modèles, puis elles se sont rétrécies mais en gardant la cavité intégrale (par exemple les ES-330), avant de devenir « semi-creuses (« semi-hollowbody ») comme justement les ES-335, et plus tard les ES-345 puis ES-355 (le chiffre correspondant aux prix en dollars à l’époque !)






C’est d’ailleurs ce qui explique la présence d’un cordier sur les ES-330 alors qu’il n’y en a pas sur les ES-335 : la tension des cordes nécessite cet élément sur une table entièrement creuse (sinon cette dernière craquerait), alors que les guitares « semi-hollowbody » ne sont creuses que de part et d’autre du manche qui en quelque sorte se prolonge par une poutre jusqu’au bout de la caisse et permet ainsi d’y fixer le chevalet sans besoin de cordier. Ce corps « semi-plein » est ainsi moins sujet au larsen que ne le sont les ES-330 dont la caisse résonne plus.
Toutes ces explications m’ont été fournies par le vendeur Julien Legrout au magasin Michenaud à Nantes. Car c’est bien là que s’est commis l’acte du délit…




Un achat fortuit
J’étais en vacances chez des amis non loin de cette belle ville de Nantes que je ne connaissais pas, et que je me suis donc empressé de visiter. Sur conseils de mon hôte (Franck si tu me lis…) j’ai ajouté à ma liste de lieux à voir le magasin Michenaud, sans doute la dernière enseigne nantaise d’instruments de musique encore en activité. Et si ce nom me disait quelque chose, c’est tout simplement parce que j’y ai acheté par correspondance ma guitare National il y a quelques années, Michenaud étant l’unique revendeur en France de cette marque américaine. C’était donc l’occasion d’aller rendre visite à la personne que j’avais eue par téléphone et avec qui nous avions bien sympathisé. Mais malheureusement, le dit Arnaud était en congés.






Qu’à cela ne tienne, la discussion s’est engagée avec un autre vendeur, en l’occurrence Julien, également très sympathique lui aussi, et qui m’a appris un tas de chose sur les Gibson, notamment cette histoire de prix liés aux références des modèles, les différences entre les 330 et 335 (outre le cordier, il y a également la distinction des micros P90 et Humbuckers) ou encore l’historique entre Epiphone et Gibson, les premiers étant d’abord la marque illustre puis rachetés par les deuxièmes devenus par la suite le grand nom que l’on connait. Une marque iconique, grande rivale de Fender.




« Fender et Gibson sont les deux mots les plus beaux de la langue anglaise »
Mark Knopfler
Jusqu’à présent, je n’ai toujours joué qu’exclusivement sur Stratocaster, très occasionnellement sur Telecaster ou Les Paul d’emprunt, et bien sûr également sur ma Custom Shorty. Depuis longtemps je souhaitais acquérir une Gibson pour avoir des micros double bobinage, notamment pour le slide et aussi pour un son plus gras, parfait pour le blues. Mais j’hésitais (et j’hésite toujours) entre Les Paul et SG, entre Les Paul série 50 dont je préfère le son et le look et Les Paul série 60 dont je préfère le manche plus fin ; idem entre SG série 60 avec un manche « slim taper » et SG standard actuelle avec la grande plaque « batwings » que je trouve plus esthétique (mais malheureusement avec un manche plus large)… bref, même après quelques essais dans le magasin, encore pas mal de tergiversations en perspective…
Et puis… j’ai vu cette guitare en soldes :
Le modèle ES-335 n’était pas forcément celui que je visais en priorité, même si je m’étais dit qu’un jour… Et puis, en discutant avec Julien, et surtout en l’essayant, j’ai trouvé chaussure à mon pied : un manche fin au profil ‘C’ comme sur les modèles à partir de 1963, les jolis repères en nacre sur le manche (à la différence des points), une finition naturelle magnifique avec les veinures de bois apparentes, un très joli double filet (« binding ») couleur crème, et les mécaniques classiques « tulipes ».
Un modèle assez semblable à celui de Mark Knopfler (que l’on voit dans le livret de Sailing to Philadelphia, et que l’on entend sur entre autres Baloney Again, One more matinee, et aussi Wag the Dog comme on l’aperçoit d’ailleurs dans le clip).








Quelques tests en la branchant dans un Marshall DSL pour avoir un son similaire à mon ampli… et forcément j’ai été séduit. Après un week-end de réflexion, je n’ai pas pu résister à ce tarif défiant toute concurrence (vendue à prix coûtant, donc le plus bas possible, en dessous c’est tout bonnement illégal), j’ai complété par une sangle Gibson car non incluse dans l’étui (la célèbre firme abuse un peu vu le prix !) et je suis rentré à Lyon avec ce petit bijou.




J’avoue que je ne suis pas peu fier de voir se côtoyer dans ma collection personnelle les deux plus grandes marques électriques au monde et sans aucun doute dans toute l’histoire de la musique moderne.






Vidéos
Même si à domicile je n’ai pas pu pousser suffisamment le volume pour apprécier pleinement la richesse de timbre des Humbuckers (histoire de ne pas trop me fâcher avec mes voisins), voici quelques exemples pour donner une idée de comment ça peut sonner. Vivement la prochaine répétition dans quelques jours pour savourer entièrement le son mythique d’une Gibson dans un Marshall !
- Branchée en direct dans mon ampli Marshall DSL40 : Les micros doubles bobinage saturent presque déjà en son clean. Les variations sur les potards de tonalités offrent un beau panel de sonorités. Le manche est agréable et me convient bien. Quant au jeu en slide (deuxième vidéo), il n’y a pas photo avec les micros simples de Strato ; c’est sûr, les Humbuckers sont définitivement taillés pour le son du bottleneck !
- Branchée dans mon mini pedalboard avec le simulateur Amplug ‘Blues’ de Vox et le boitier TRIO+ Band Creator+Looper : la restitution par mon enceinte Bose SoundLink Mini n’est pas très fidèle, le signal est rapidement trop élevé ce qui entraine de la distorsion et le mix lead/rythmique est très mal équilibré, mais c’est tout que j’ai comme système pour pouvoir être filmé (sinon habituellement je joue au casque). D’abord un petit blues des familles, puis une impro sur la grille de mon morceau Partir (dans les deux cas, j’avais préparé les boucles avant) :
Une guitare tout à fait appropriée pour jouer du blues et qui va trouver indéniablement sa place au sein du répertoire du Kurt Blues Band. Elle sera à l’honneur lors de notre prochain concert fin août. Même si vous ne pouvez pas venir, il y aura forcément un live report. Stay tuned !
© Jean-François Convert – Août 2026






Félicitations ! Ça permet d’avoir plus de perspectives musicales.