Le premier album de Crosby, Stills & Nash a 50 ans aujourd’hui !

L’année 1969 étant un cru assez exceptionnel dans l’histoire du rock, 2019 fête le cinquantenaire de nombreux albums phares. Et celui-ci ne déroge pas à la règle.

Crosby Stills and Nash
Crosby Stills and Nash

En 1969 se constituait le trio californien qui allait dominer le folk-rock pendant une bonne partie des seventies, parfois à trois, parfois en quatuor, lorsque Neil Young daignait les rejoindre, formant ainsi Crosby, Stills, Nash & Young.

© José Correa

David Crosby avait quitté les Byrds en 1967 (ou plutôt les Byrds avaient quitté Crosby…), Stephen Stills venait de dissoudre Buffalo Springfield (justement avec Neil Young), et Graham Nash se sentait à l’étroit au sein des Hollies.
Crosby commence à travailler avec Stills dès 1968, et Nash les rejoint après s’être lié d’amitié avec le morse chassé des Byrds.

Le morceau qui ouvre le disque est l’oeuvre de Stephen Stills, une ode à la chanteuse Judy Collins :

Suite : Judy Blue Eyes

Tout est déjà là : le mélange acoustique / électrique, les open-tunings à la guitare folk, la mélodie, plutôt les mélodies devrait-on dire, et enfin et surtout les superbes harmonies vocales parmi les plus belles jamais entendues (dans les mêmes sphères que les Beach Boys, Simon & Garfunkel, Queen ou les Eagles)

Outre ce chef-d’oeuvre d’ouverture, Stills compose You don’t have to cry, clôt l’album avec 49 bye-byes, signe le magnifique Helplessly hoping et co-signe avec Crosby le non-moins magnifique Wooden ships (qui figurera sur la BO de Woodstock

En plus d’être l’auteur de la moitié de l’album, le futur compagnon (violent) de Véronique Sanson assure la plupart des instruments : guitares bien sûr, mais aussi basse et claviers, tandis que Dallas Taylor (qu’on peut apercevoir à travers la vitre de la porte, au dos de la pochette) officie derrière les fûts.

La pochette dépliée avec le dos à gauche, où on voit le batteur Dallas Taylor

Crosby joue quelques rythmiques, mais sa contribution guitaristique la plus remarquable s’entend dans les arpèges vaporeux du planant Guinnevere, dont il enregistre une demo en juin 68 avec Jack Casady, le bassiste du Jefferson Airplane : 

Sa deuxième composition Long time gone est sans doute le morceau le plus « rock » de l’album 

Nash, quant à lui, apporte la couleur pop : Marrakesh Express (qui sonne comme du Simon & Garfunkel) 

le psyche Pre-Road Downs et ses bandes à l’envers, et la très belle ballade Lady of the Island 

Dès sa sortie, cet album va faire l’effet d’une bombe et se positionner en fer de lance d’un tournant musical à la fin des sixties. Amorcé au festival de Newport en 1965 par Bob Dylan, puis prolongé par The Band en 1968 avec Music from the Big pink, le mouvement folk-rock va réellement éclore au grand public en cette année 1969 avec justement cet album de « CSN » comme ils seront rapidement surnommés.

Plusieurs groupes vont emboîter le pas, à l’instar du Grateful Dead qui va quelque peu délaisser les expérimentations pysché, pour se tourner vers un rock mâtiné de country et bluegrass. Dans le sillon des Byrds et Gram Parsons, de nombreux artistes vont fusionner le folk, le rock et la country dans les années qui suivent : les groupes rock vont incorporer des éléments country dans leur musique, par exemple les Stones avec des morceaux comme Dead Flowers, et à l’inverse des artistes country comme Johnny Cash ou plus tard Linda Ronsdadt vont rendre leur musique plus puissante.
Un groupe comme les Eagles représentera la quintessence du country-rock dans les années 70, et plusieurs composantes de son style sont issues de ce disque fondateur.

© Denys Legros

Encore aujourd’hui, des artistes actuels se revendiquent de cette référence incontournable, jusque dans la pochette qui a par exemple fait l’objet d’un clin d’œil sur le dernier l’album de Lukas Nelson & Promise Of The Real :

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Turn-Of-The-News-Build-A-Garden-de-Lukas-Nelson-Promise-Of-The-Real

Nul doute qu’ils sont tous redevables d’un incontestable héritage laissé par cet album, qui, un demi-siècle plus tard, parait toujours aussi intemporel.

Illustrations de Denys Legros et José Correa

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