Il y a 50 ans, Pink Floyd sortait ‘Obscured by clouds’

Le 2 juin 1972 arrivait dans les bacs cet album de Pink Floyd, ‘Obscured by clouds‘, la bande originale du film ‘La Vallée’ de Barbet Schroeder.

Une nouvelle musique de film

Pink Floyd avait déjà signé la musique du film More en 1969, réalisé par Barbet Schroeder. En 1970, le groupe participe à la bande originale de Zabriskie Point de Michelangelo Antonioni. Et en 1972, Schroeder fait de nouveau appel à eux pour son film La Vallée qui traite du rejet de la société en faisant une apologie de la contre-culture avec la volonté d’accéder au Nirvana. L’action se passe en Nouvelle-Guinée où la femme d’un diplomate français (Bulle Ogier) suit un gourou (Jean-Pierre Kalfon) en quête d’une vallée mystique. Mais l’histoire se finira mal…

© Denys Legros

J’avoue que je n’ai encore jamais vu le film, mais de toutes les critiques que j’ai pu lire, il semble que ce soit très loin d’être un chef d’œuvre, légèrement prétentieux, et avec un mépris sous-jacent vis-à-vis des populations indigènes (dont on entend d’ailleurs des chants en toute fin du disque).

Une parenthèse dans la discographie floydienne

Quelque soit la qualité intrinsèque du film, ce qui est sûr c’est que la musique du Floyd n’est pas ce qu’ils ont produit de mieux dans leur discographie, il faut bien le reconnaitre. Il y a bien des idées, la prépondérance de la voix et la guitare de Gilmour, de la voix et les claviers de Wright, mais il manque un je ne sais quoi qui empêche de hisser ce disque au niveau des autres œuvres floydiennes.

Il faut dire que les 10 morceaux sont enregistrés en deux semaines donc plutôt rapidement, et au Château d’Hérouville dans les studios de Michel Magne, donc pas à l’endroit où Pink Floyd a ses habitudes, à savoir Abbey Road. Un sentiment de production pas vraiment finie, mixée à la va-vite, alors que le groupe est connu pour son perfectionnisme. À l’époque, les quatre musiciens alternent tournée et sessions en studio, où ils commencent à élaborer leur futur chef d’œuvre Dark side of the moon, comme on peut le voir dans la deuxième version du film Live at Pompeii. De même les concerts servent à structurer cette suite musicale qui s’appelle encore Eclipse.

Quand on connait le monument qui en résultera l’année suivante, cet album Obscured by clouds apparait un peu fade, comme une sorte d’intermède entre Meddle et Dark side of the moon.

Une production plus mainstream que d’habitude

Alors qu’ils nous avaient habitués aux longues pièces expérimentales à la fois symphoniques et prog-rock sur Atom heart mother et Meddle, Waters, Gilmour, Wright et Mason nous offrent ici des chansons à l’ambiance plutôt pop. Un mélange d’instrumentaux et morceaux chantés, des formats courts qui s’aventurent peu sur des terrains risqués. More pouvait facilement glisser dans le bizarre psychédélique, Obscured by clouds reste dans l’abordable pour grand public.

Cela n’empêche pas pour autant d’entendre de superbes mélodies, très plaisantes à écouter. C’est le cas avec la ballade bucolique Wots…Uh The Deal :

Chanté magnifiquement par Gilmour, c’est le morceau de l’album qui a survécu aux années puisque le chanteur-guitariste l’a reprise sur ses tournées solo à partir de 2006. Il déplaçait le solo après le troisième couplet afin de pouvoir troquer la folk acoustique pour la Lapsteel :

Les autres morceaux donnent l’occasion à Gilmour de s’exprimer de façon prédominante avec beaucoup de parties de guitares, saturées, rock, planantes, slide, wah-wah… On pourrait a priori s’en réjouir, mais on a parfois du mal à retrouver le frisson de ses grands solos. Obscured By Clouds, The Gold It’s In The…ou When You’re In sonnent très blues-rock anglais façon sixties, mais finalement pas très Pink Floyd. Le guitariste signe seul l’ouverture de la deuxième face en parlant de « la fin de l’enfance ». Là aussi, un morceau qui a son charme, mais qu’on imaginerait plus sur un de ses futurs albums solos :

De son côté, Waters affiche son cynisme caractéristique dans Free four où il évoque pour la première fois la mort de son père à la guerre. Une chanson décalée en forme de tube mais en opposition par rapport à l’ensemble hédoniste de l’album. Alors qu’il a été question d’harmonie et de bien-être méditatif et romantique, Waters vient évoquer la noirceur et la grande vacuité qui peuvent accompagner nos vies :

Burning Bridges, Mudmen et Stay sont plus proches des ambiances planantes familières du Floyd, des morceaux qui doivent surtout à Wright. C’est au final lui qui apporte le plus la touche psychédélique nous reliant au reste de la discographie du groupe. Plutôt que l’intro tonitruante du morceau-titre d’ouverture sur le synthétiseur VCS3, joué par Gilmour, on préfère la conclusion de l’album interprétée par Wright aux sonorités d’orgue et de Moog qui semblent annoncer les prémices du futur Shine on you crazy diamond.

Mais la vraie fin du disque s’achève sur des chants tribaux pour nous rappeler qu’on est bien en présence de la bande originale d’un film, plus que d’un album de Pink Floyd. Final qui renforce la sensation première d’une œuvre pas totalement maitrisée par le groupe. Un peu comme quelque chose qui leur aurait échappé. Un album-parenthèse, sorti il y a un demi-siècle aujourd’hui.

© Jean-François Convert – Juin 2022

Source : Pink Floyd par Dominique Dupuis (Editions du Layeur)

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7 commentaires sur “Il y a 50 ans, Pink Floyd sortait ‘Obscured by clouds’

  1. C’est probablement l’un de mes disques préférés de Pink Floyd, et le film, bien que très spécial, me yransporte. En conclusion, heureusement qu’il y a des avis différents, sinon, on ne pourrait pas défendre ce que l’on aime… Il faut voir le film et écouter sa bande son comme un conte… Quant au mépris des aborigènes ? On n’a pas du voir le même film!

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  2. Pas forcément leur plus mauvais

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    1. je suis bien d’accord. ma chronique est peut-être un peu rude, mais en fait je l’aime bien ce disque. c’est juste que je trouve qu’il lui manque quelque chose pour le classer véritablement dans les « albums ».
      d’ailleurs ce n’en est pas vraiment un, mais plutôt un ensemble de chansons destinées à une B.O.

  3. Les gouts et les couleurs…
    Dire qu un groupe ne fait jamais d erreur c est manquer de recul musical. Un fan ne doit pas etre sourd et rester attentif aux « fausses notes » de son groupe préféré.
    Pink Floyd reste mythique et inspire le respect mais n est toutefois pas parfait..

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    1. entièrement d’accord. Je n’ai jamais dit le contraire

      je crois que mes nombreuses chroniques écrites sur Pink Floyd témoignent du grand respect que j’ai pour ce groupe qui fait partie de mes 3 artistes préférés et que je considère comme un monument incontournable de l’histoire de la musique en général.

      https://textes-blog-rock-n-roll.fr/pink-floyd/

      « qui aime bien châtie bien »

  4. Un article bourré de fautes d orthographe qui fait une généralité d un avis personnel . N’a rien compris à l œuvre de Pink Floyd dans son ensemble .

    1. alors pour les fautes d’orthographe, j’ai publié tard hier soir, et n’ai pas eu le temps de relire, je vais corriger aujourd’hui.
      quant à l’œuvre de Pink Floyd dans son ensemble, sans prétention aucune, je pense l’avoir quelque peu écoutée durant ces 30 dernières années, et j’ai lu « 2-3 » ouvrages sur le sujet
      et enfin, cet avis « personnel » est partagé par beaucoup de monde parmi les critiques musicaux si vous lisez, écoutez, regardez un peu des magazines, livres, documentaires, etc…

      ah j’oubliais d’ajouter : Pink Floyd est mon deuxième groupe préféré, et je le place très haut dans mon estime. J’ai juste un sentiment nuancé sur cet album que par ailleurs j’écoute très souvent avec plaisir.

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