Verdi mourrait il y a tout juste 120 ans

Le 27 janvier 1901 disparaissait le compositeur italien, célèbre pour ses opéras aux airs flamboyants.

© Denys Legros

La truculence italienne

Giuseppe Verdi est avant tout connu pour ses opéras, et ses airs qu’on a instantanément envie de fredonner pour se donner de l’entrain. Deux plus particulièrement sont mondialement célèbres et demeurent encore aujourd’hui la référence de l’emphase à l’italienne.

Qui n’a jamais eu envie d’entonner La Dona e mobile, tiré de l’opéra Rigoletto ? S’il y a un air qui symbolise à la fois le panache, l’exubérance et l’euphorie, c’est bien celui-ci. Le matin en ouvrant sa fenêtre ou carrément sous la douche, rien de tel pour démarrer une journée sous le signe d’un enthousiasme assumé. Un air qui a fait les beaux jours de la star des ténors, Luciano Pavarotti :

Sur un plan plus choral, Libiamo ne’ lieti calici figurant dans La traviata fait se marier voix masculine et féminine, puis repris par un chœur auquel on ne peut résister. Là aussi, un air symbolisant la joie de vivre, le plaisir de la fête, et l’envie de ne rien s’interdire. Cette fois-ci, c’est la reine des cantatrices qui a sublimé ce chant : Maria Callas.

Ecrit et composé à l’origine pour un duo homme-femme, le morceau a tout de même été repris par les trois ténors, Luciano Pavarotti, Plácido Domingo et José Carreras. Un soupçon de machisme latin ?…

D’autres airs très connus parcourent les opéras de Verdi, avec toujours cette exubérance italienne, une sorte de bande son pour commedia dell’arte, une musique du bon vivant, des mélodies et orchestrations pantagruéliques. On peut citer entre autres Noi siamo zingarelle (Chœur des bohémiennes) dans La Traviata, Scorrendo uniti remota via dans Rigoletto, ou encore le Choeur des Forgerons dans Le Trouvère.

Parmi les plus grands “tubes” d’opéras, beaucoup sont de Verdi.

Classicisme et Romantisme

Mais verdi n’est pas connu que pour des airs chantés. Il doit également sa notoriété a des mouvements symphoniques éloquents. Deux exemples majestueux :

L’opéra Aïda contient une marche devenue avec le temps une référence du genre. La Marche des trompettes, connue aussi sous le nom de marche triomphale ou grande marche a dépassé le succès de l’opéra, lui-même très grand. Avant l’arrivée du célèbre air à la trompette, les cordes offrent des courbes sinueuses dans le pur style romantique.

Une musique qui rappelle des souvenirs personnels, car figurant dans l’inévitable “playlist” (en cassettes !) des départs familiaux en vacances.

Si ses accents martiaux le firent reprendre (jusqu’à aujourd’hui) par la plupart des armées européennes et au-delà, il fit l’objet de trois détournements : Le premier, quelques années après sa création, par les partisans de l’unité italienne, qui en firent leur hymne de ralliement ; le second par les pacifistes qui, en retour, y rajoutèrent des paroles, évidemment apocryphes. Le troisième, enfin, est le détournement en l’hymne Vara chanté dans la plupart des classes préparatoires littéraires (Khâgne) de France. (Wikipedia)

Autre mouvement qui emprunte plus à la musique symphonique qu’à l’air d’opéra à proprement parlé : l’ouverture de La force du destin. Pour ma part j’y entends des accents dignes de Beethoven. Ce mélange de mélodies parfois torturées et l’instant d’après lumineuses.

La mélodie en mineur (à parti de 0:52 dans la vidéo ci-dessus) a été reprise et adaptée par Jean-Claude Petit pour la bande originale de film de Claude Berri Jean de Florette. C’est d’ailleurs par ce biais que je l’ai découverte, en allant voir ce film à sa sortie, tout fan de Montand que j’étais.

Un hymne à la liberté

Enfin, impossible de parler de Verdi sans évoquer Va, pensiero, le fameux chœur des esclaves issu de l’opéra Nabucco. Déjà à l’origine, cet air symbolise la révolte du peuple hébreux opprimé par le roi Nabuchodonosor. Et à l’époque de la première création de l’opéra, le 9 mars 1842 à la Scala de Milan, la population milanaise alors sous occupation autrichienne, s’identifie totalement à cette rébellion lyrique et son ode à la liberté.

Le morceau va ainsi devenir le symbole de l’Unité Italienne, et un emblème des peuples opprimés de toute époque, tout pays. Nana Mouskouri en chantera une adaptation française Je chante avec toi Liberté qui deviendra un grand succès (723 000 exemplaires vendu en France), et plusieurs scènes de cinéma reprendront cet air dans un contexte de dominant/dominé, notamment dans Sissi face à son destin, qui se situe justement pendant la période d’occupation autrichienne de l’Italie :

Bien plus récemment, et pas du tout au cinéma, Va, pensiero a pris une dimension particulière, toujours dans ce même esprit originel : Nabucco est joué le 12 mars 2011 au Teatro dell’Opera di Roma, à l’occasion du 150e anniversaire de l’Unité italienne, sous la direction de Riccardo Muti. Cette représentation a lieu en présence de Giorgio Napolitano, président de la République italienne, et de Silvio Berlusconi, président du Conseil, dont on connait les idées…

Touché par l’enthousiasme de la salle, Riccardo Muti énonce quelques mots simples sur la nécessité de préserver la culture de sa patrie… et accorde exceptionnellement un bis du Chœur des esclaves en demandant à l’assistance de se joindre au chœur. On peut voir l’émotion contenue sur les visages des choristes. Un acte digne et noble adressé au pouvoir en place.

Bien que Verdi ne se soit jamais engagé politiquement, cet air est devenu un symbole fort pour tous les défenseurs de la Liberté. 120 ans après sa mort, son oeuvre continue d’alimenter l’inconscient collectif, et au-delà de l’image de l’italien truculent et beau parleur de Rigoletto ou La Traviata, ce Va, Pensiero reste un étendard de lutte contre toutes les oppressions, et nous rappelle que la Culture doit plus que jamais perdurer, encore plus en ce moment.

© Jean-François Convert – janvier 2021

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