Raymond Devos aurait eu 100 ans aujourd’hui

Raymond Devos est né le 9 novembre 1922 et décédé le 15 juin 2006.

© Denys Legros

Fan inconditionnel

Je crois pouvoir dire sans exagération aucune que Raymond Devos est mon humoriste préféré. Celui qui me fait le plus rire aux éclats. Cela n’enlève rien à d’autres que j’adore aussi comme Coluche ou Desproges, mais Devos a quelque chose en plus. Un univers qui n’appartient qu’à lui et dans lequel il nous embarque en deux mots trois mouvements. S’il ya bien quelqu’un qui était capable de nous faire voyager dans l’imaginaire, c’était lui. J’ai eu la chance de le voir sur scène, mais rien que lire ses textes me transporte.

Ces quatre ouvrages de ma bibliothèque personnelle m’offrent à la fois l’intégrale de ses sketches ainsi que des inédits. Sans même les entendre, les textes de Raymond Devos fonctionnent déjà par eux-mêmes. C’est tellement bien écrit. Et avant les livres, j’ai également usé plusieurs disques de la collection familiale sur l’électrophone orange.

En plus de ces deux 45 Tours, il y avait aussi un 33 Tours dont les versions étaient tirées du spectacle au Trois Baudets en 1957. Y figuraient notamment les classiques Caen, La Mer démontée, Parler pour ne rien dire, J’ai des doutes… j’en connaissais chaque réplique, chaque intonation, chaque rire dans la salle.

Et bien sûr Le plaisir des sens, que j’ai joué en duo avec un camarade de classe (Michel, si tu me lis…) au club théâtre en sixième. Le thème de l’année était l’absurde, et outre le capitaine des pompiers dans la scène finale de La Cantatrice Chauve, j’interprétais un fou dans un asile qui écoutait un autre patient lui raconter ses mésaventures du code de la route… Fête du collège de fin année en juin 1983, premiers pas sur la scène, avant même de faire de la musique en public.

J’écoutais ces sketches en boucle comme on écoute de la musique…

Humoriste mais aussi musicien, poète, jongleur…

Et question musique, il en connaissait un rayon le Raymond (► ma chronique sur franceinfo ). De quel instrument ne savait-il pas jouer ? Difficile à dire. On a pu le voir et l’entendre tour à tour au violon, à la clarinette, à la harpe, au piano, à la guitare, au bandonéon, à la scie musicale, à la flûte traversière, au trombone à coulisses,… j’en oublie sûrement.

Cette multiplicité de talents s’inscrivait dans la tradition des saltimbanques, et il pouvait aussi bien jongler, mimer, chanter, jouer d’un instrument et bien sûr faire rire ou écrire des poèmes. Une tradition que Coluche a également repris à sa manière, comme j’en parlais dans cette chronique sur franceinfo à l’occasion des 35 ans de la disparition. Deux humours différents certes, mais un même amour du spectacle façon music-hall.

Et même si Devos abordait rarement le thème de la politique comme le faisait Coluche, il savait glisser des allusions savoureuses à l’actualité du moment. Un de mes sketches préférés L’esprit faussé est un summum d’imbroglio linguistique, de performance labiale et de débit vocal, de clin d’œil musical (les musiciens auront noté que la note Si n’est autre que… Do bémol), d’absurdité communicative, mais surtout ne manque pas de se moquer au final des « retournements de vestes tout en conservant son siège » et des écolos daltoniens qui votent communiste ! Une pirouette hilarante qui fait inévitablement écho au capharnaüm politique actuel… Pour ses 100 ans, qu’aurait pensé Raymond Devos de la résonance de son sketch aujourd’hui ?

Un artiste unique

Auteur de chansons dont sans doute la plus courte jamais composée, le trublion au nez rouge n’était pas qu’un extraordinaire showman capable de tenir une salle plus de deux heures durant. Devos était aussi un metteur-en scène de théâtre en même qu’un comédien à part entière. Non seulement sur les planches mais aussi à l’écran. Il est passé devant la caméra de plusieurs réalisateurs peu connus (Pierre Chevalier, Carlo Rim, Clément Duhour, Louis Grospierre, François Reichenbach, et même le dessinateur Jodorowsky), mais surtout celle de Jean-Luc Godard dans Pierrot le Fou, en amoureux transi, face à un Belmondo incrédule.

Quand je revois cette scène au bord de l’eau, je ne peux m’empêcher de penser au sketch de l’artiste qui vogue « sur une planche pourrie qui oscille sur une mer imaginaire, loin de la rive…en quête d’absolu » et qui au final « regagne la rive en marchant sur les flots… et se noie dans la foule ! » Le mariage de l’humour et de la poésie, du rire et du fantasmagorique, du calembour et de l’allégorie, du bon mot et du symbole…

Un artiste unique dont il est ardu de trouver un équivalent. Tout au plus quelques « héritiers » qui ont pioché certaines bribes de son esprit fantasque. On peut évoquer par exemple à François Morel qui a monté le spectacle J’ai des doutes en 2019 (► ma chronique sur franceinfo ). D’ailleurs, l’ancien humoriste des Deschiens repart en tournée avant deux dates à Paris en 2023.

Je pense également à Stéphane De Groodt dont le rythme effréné de jeux de mots (qu’il vaut mieux lire à deux fois plutôt qu’écouter pour en saisir toutes les subtilités) le placent quelque part entre Devos et Desproges. Le comédien-humoriste belge a d’ailleurs reçu en 2014 le prix Raymond Devos, lui aussi né en Belgique. Quand on sait que De Groodt était dyslexique, on se dit qu’écrire, malaxer le langage et jouer avec les mots est décidément salvateur.

C’est peut-être finalement ça le pouvoir des mots. Un pouvoir salvateur. Le livre éponyme de Sartre me revient instantanément en mémoire, au moment même où j’écris ce texte. La musique et les mots… s’il ne fallait retenir que deux choses au bout du bout… parce que quand on y réfléchit bien, sur un bout, il y a deux bouts !

Merci infiniment pour ces rires, Raymond. Et joyeux anniversaire !

à noter que ce 4 novembre est sorti un coffret 3 DVD Raymond Devos a 100 ans qui reprend ses 100 plus grands sketches.

Présenté sous la forme d’un luxueux digipack, le livret de 36 pages est richement illustré de nombreuses photos rares et inédites offrant un éclairage nouveau sur la carrière de Raymond Devos.

© Jean-François Convert – Novembre 2022

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1 commentaire sur “Raymond Devos aurait eu 100 ans aujourd’hui

  1. Et comme je vous rejoins !! Raymond Devos maniait l’absurde avec maestria , il savait au travers de ses textes très ciselés parfois faire passer des messages comme le sketch du « Rire primaire  » ou celui de « Je zappe » . Un artiste multiforme qui jouait aussi de la musique .Comme vous j’aimais aussi Coluche et Desproges mais Devos ,ah !! Devos c’est comme mon chien, c’est quelqu’un .

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