Jean-Paul Belmondo est décédé ce 6 septembre

Bébel a tiré sa révérence aujourd’hui. L’acteur français avait 88 ans.

Le-professionnel par Denys Legros
© Denys Legros

Dans les années 70 j’étais déjà allé au cinéma, mais uniquement pour aller voir des dessins animés : Le livre de la jungle, Bernard et Bianca… Mais en ce début des années 80, très exactement en 1982, je me souviens avoir vu mon premier véritable film en salle obscure : L’As des As. C’est que je venais de rentrer en sixième, alors forcément je passais au statut de ‘grand’. Fini les Walt Disney, place aux films pour de vrai, avec des acteurs, des cascades et tout le tralala. Et question tralala, je dirais même plus toc toc badaboum…

Pour une première fois avec des acteurs en chair et en os, je ne pouvais pas mieux tomber : Bébel dans toute sa splendeur. De la verve, de la prestance, du sourire, de la poigne, du charme, de l’humour… le genre de type qui ne perd jamais son sang froid, qui ose répondre même à la Gestapo… le héros que tout gamin rêve d’être un jour.

Je découvrais l’acteur populaire par excellence. Bien plus sympa que Delon, moins monolithique que Ventura, drôle comme Louis de Funès ou Bourvil mais bien plus agile et sportif qu’eux… le mec qui avait tout pour plaire. Il était dans la deuxième partie de sa carrière, celle où Belmondo était devenu Bébel. Gouailleur, irrésistible, burlesque et aventurier à la fois, mêlant comedia dell’arte et action à l’américaine, répliques imparables et cascades périlleuses, un ton inimitable et une présence qui crevait l’écran.

L’as des as, Le professionnel, le Guignolo, Le marginal, Le magnifique, l’incorrigible, Le solitaire, Les Morfalous, L’animal, Flic ou Voyou… on n’allait pas voir un film de Lautner, Zidi, Deray, De Brocca, ou Verneuil, on allait voir « le dernier Belmondo ».

Par la suite j’ai découvert sa première carrière : celle de la nouvelle vague, d’A bout de souffle et Pierrot le fou, de Léon Morin prêtre et La Sirène du Mississippi, de L’homme de Rio et Les Tribulations d’un chinois en Chine, de Cartouche et Les Mariés de l’An II , de Borsalino et Stavisky, de Un singe en hiver et 100 000 Dollars au soleil… la liste est interminable.

Il a su traverser les époques en gardant toujours une popularité au sommet. Et en permanence avec beaucoup d’autodérision et d’humilité.

« – Vous êtes passés au conservatoire ?

– Oui, je suis passé devant ! »

Jean-Paul Belmondo en réponse à un journaliste

Et on peut même parler de troisième carrière à partir de 1988 avec Itinéraire d’un enfant gâté (revu ce soir). Un Belmondo plus sage, plus mûr, plus posé, qui explique à Anconina comment « ne jamais paraitre étonné ». Suivront L’Inconnu dans la maison, Les Misérables, Peut-être… des rôles au théâtre : Kean, Cyrano… toujours l’amour du panache et du verbe haut. Même après un certain âge, Belmondo voulait encore des rôles où pouvait s’exprimer l’exubérance.

Son AVC en 2001 l’aura empêché de terminer sa carrière avec prestige comme il l’aurait sans doute préféré. Mais une carrière comme celle-là, ce n’est pas donné à tout le monde non plus. Luc Laget nous la résume en 13 minutes dans un numéro de sa série Blow Up :

Et puis Belmondo c’était également de l’action, des bagarres, des fusillades, des cascades, des courses-poursuites : Le casse, Le cerveau, Peur sur la ville… mais aussi des films plus sombres, les bas-fonds un coup côté gendarme, un coup côté voleur : La scoumoune, Le voleur, L’héritier, L’alpagueur

Et très souvent des musiques restées plus que célèbres, surtout quand elles étaient composées par Ennio Morricone : Le Marginal, Peur sur la ville et bien évidemment Le professionnel. Un film avec quelques légères notes d’humour, mais un final poignant. Depuis A bout de souffle et Pierrot le fou on avait rarement vu mourir Bébel. Alors quand c’est en plus au son du magnifique morceau Chi Mai

Aujourd’hui c’était pas du cinéma et tu t’es vraiment retrouvé dans la ligne de tir de la camarde, mon cher Jean-Paul. Tu permets que je t’appelle Jean-Paul ? Ce soir, j’ai ressorti mon classeur de collégien où je collectais des photos et coupures de presse de mes acteurs préférés. Et comme je les classais par ordre alphabétique, et bien tu t’es retrouvé le premier du classeur. Toi qui étais passé « devant » le conservatoire, ça t’aurait sans doute bien fait marrer de te retrouver en pole position dans un classeur…

Toc Toc Badaboum Jean-Paul, une dernière pirouette, une ultime cascade, baisser de rideau. On t’imagine le sourire en coin, l’œil pétillant et le regard rieur, relevant l’écharpe par-dessus l’épaule d’un geste grandiloquent, en nous disant « bonsoir m’sieurs-dames ». Bonsoir Jean-Paul. Et Merci. Tu me laisses des souvenirs plein les mirettes, des souvenirs « roses avec des étoiles vertes ».

© Jean-François Convert – Septembre 2021

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