En septembre 1976 arrivait dans les bacs ce quatrième album de JJ Cale. Celui par lequel j’ai découvert le héraut du Tulsa Sound.
Quand je deviens fan de Dire Straits en 1988, je me mets à lire moult chroniques et interviews. Pas si facile que ça à l’époque car pas d’Internet. Il faut dénicher des anciens numéros de magazines, soit d’occase soit en les commandant dans les archives. À de nombreuses reprises, je lis le nom d’un certain JJ Cale dans ces articles. Cela m’intrigue et je finis par avoir une copie sur K7 de l’album Troubadour par un camarade de classe. Je ne sais pas pourquoi mais avec un nom pareil je m’attends à entendre un vieux bluesman à la voix rauque, profonde et grave, et là je découvre cette petite voix fluette qui me rappelle instantanément Knopfler.
Dès le premier titre Hey Baby, je suis immédiatement séduit par cette atmosphère dont je ne connais pas encore la dénomination « laid back ». Une sensation de plénitude, de sérénité, l’impression de boire une bière dans un rockingchair en face du soleil couchant… ce que JJ Cale décrit lui-même par cette phrase qui résume tout : « j’aime la musique où je peux allonger mes jambes ».
Embed from Getty ImagesJJ Cale en avril 1976 à Copenhague © Jorgen Angel / Redferns / Getty Images
Et effectivement, on peut allègrement allonger ses jambes à l’écoute des langoureux Hold On, Super Blue et You Got Me On So Bad qui sentent clairement la fin de soirée et la séduction en mode lounge jazzy, tandis que Travelin’ Light et Ride Me High lorgnent encore plus vers l’ambiance nocturne. À l’inverse, les lumineux You Got Something et Let Me Do It To You semblent illustrer un décor chaud et ensoleillé, pendant que Cherry surfe sur un climat qu’on jurerait venu des îles, à mi-chemin entre Hawaï et les Antilles. Sur plusieurs morceaux (Hey Baby, You Got Something, Super Blue…) la pedal steel et aussi un son type marimba instaurent ce panorama légèrement exotique où on s’attend à voir danser des vahinés.
Mais JJ Cale sait aussi sonner rock. Avant la nonchalance de The Woman That Got Away, deux titres font rugir les guitares : I’m A Gypsy Man et surtout Cocaine qui fera les beaux jours d’Eric Clapton, un an plus tard sur son album Slowhand. Avec After Midnight (également repris par Clapton sur son premier opus solo), c’est le morceau le plus connu de Cale. Les deux artistes auront l’occasion de l’interpréter ensemble bien plus tard à diverses occasions. Pour ma part, j’aime beaucoup la version donnée lors d’un concert de Dire Straits en décembre 1985 avec Eric Clapton, invité à monter sur scène.
Mais il serait dommage de réduire Troubadour à son tube planétaire. C’est un album qui regorge d’autres pépites, propices à « allonger ses jambes », alors ne nous privons pas en réécoutant avec délice cet opus sorti il y a tout juste un demi-siècle ce mois-ci.

© Jean-François Convert – Septembre 2026





