Découvrez Le blues saharien de Farees

Dans son dernier album “Border Patrol”, sorti le 6 novembre, Farees plaide pour la justice et les droits humains, et invite Calexico sur un titre.

Les origines du blues

Le blues, musique afro-américaine, est on le sait née aux Etats-Unis, mais puise bien évidement ses racines en Afrique, d’où elles ont été importées malheureusement par la traite des esclaves. Cette influence africaine transparaît de façons différentes selon les courants du blues. On peut l’entendre par exemple dans les incantations lancinantes d’un John Lee Hooker, plus récemment chez Cédric Burnside ou le trio créole Delgres. Et des artistes comme Eric Bibb ou le duo M. Mo Rodgers & Baba Sissoko ont remis en lumière la tradition des Griots, ces conteurs du continent africain. On pourrait également citer Ali Farka Touré, et bien d’autres.

Mais si on fait souvent référence à l’Afrique noire dans la musique blues, on évoque moins souvent la région transsaharienne.

Assouf : le blues touareg

D’origine italienne et touareg, FARIS avait publié en 2015 Mississippi to Sahara, acclamé par Ben Harper, Taj Mahal ou Otis Taylor, entre autres. Il revient aujourd’hui sous le nom FAREES avec Border Patrol, un double-album-concept très engagé, mêlant protest-songs, spoken words, blues (assouf en touareg), rock et rap.

Le disque est un plaidoyer musical pour la justice et les droits humains, et une dénonciation sans équivoque d’un système qui piétine les libertés, nie l’égalité pour tous et continue de diviser et creuser un gouffre entre les hommes. Un véritable cri contre le racisme, la xénophobie et les barrières de toutes sortes.

Une expérience traumatisante

Cet album a vu le jour après la détention arbitraire subie par Farees à l’été 2016 lors de son arrivée à Chicago pour la sortie de son disque précédent. Il a vécu dans sa chair la violence du profilage ethnique. Arrêté, interrogé pendant des heures – sans motif – comme un terroriste, et incarcéré, il a ensuite été expulsé des Etats-Unis. Ce qui a entraîné l’annulation de sa tournée américaine avec de lourdes conséquences personnelles et professionnelles.

Pourtant, cette terrible épreuve , suivie par la suite de menaces de mort et d’insultes, a aiguisé la conscience de Farees et accentué son activisme. Il a réussi à transformer cela en musique et surtout en quelque chose de positif et novateur.

Cliquez sur la pochette pour lancer la playlist de l’album

Un disque sur le monde d’aujourd’hui

Enregistré fin 2018, Border Patrol apparaît aujourd’hui comme précurseur en dénonçant avant l’heure des faits qui ont secoué le monde et marqué l’actualité ces derniers temps.

https://youtu.be/732rZ2yDh_4

L’album invite Calexico sur le titre Y’all don’t know what’s going on. Le groupe américain partage avec Farees un intérêt commun quant aux violences et conditions humaines aux frontières.

« Nous en avons assez de la réthorique du racisme. Mon message est clair : faire attention car nous nous déshumanisons nous-mêmes, nous tous. Le racisme et toute cette mentalité ‘colonialiste’, ou rétrograde, cela déshumanise à la fois la victime et l’agresseur. Nous détruisons notre humanité »

Farees

Un message traduit en dessin d’animation avec des visuels particulièrement forts dans le clip vidéo du morceau d’ouverture de l’album : Sand Ni##er! Un titre sans équivoque qui dénonce la façon dont sont traitées encore aujourd’hui de nombreuses populations à travers le globe :

Du Sahara à Jimi Hendrix

Pour mettre en musique ce discours, Farees puise dans diverses influences. Tantôt acoustique et planant, tantôt électrique et rageur. Le Sahara ressemble au Texas de Ry Cooder dans le dernier morceau Pegu, tandis qu’on pense inévitablement à Ali Farka Touré sur The Changing of the Guard ou Weird Statistics. Les mélodies orientales sont bien évidemment présentes dans le morceau-titre, mais aussi Empire Man, I’m a Demon, ou Take the Barricade Down. Et à plusieurs reprises, l’atmosphère d’Afrique du Nord est mixée avec des ambiances rap ou rock.

Une guitare avec fuzz ou avec wah-wah, parfois en slide : la filiation est limpide. Si l’utilisation d’une lapsteel Wesissenborn dans Sand Ni##er! fait instantanément penser à Ben Harper, les riffs saturés de I’m Privileged, Empire Man ou Independence #D nous ramènent immanquablement à Jimi Hendrix.

Et Farees insère même un clin d’œil au divin gaucher dans le titre de Empire Man (Slight Return), qui fait bien sûr référence au dernier morceau de Electric Ladyland. Sauf qu’ici, c’est la première version, Empire Man, qui est électrique et rageuse, tandis que Empire Man (Slight Return) est plutôt dans une ambiance bluesy lancinante.

Jimi Hendrix prônait lui aussi un message de fraternité dans ses chansons. Avec ces influences multiples, Farees offre une musique cosmopolite qui cherche à réunir plutôt qu’à diviser. Espérons qu’il soit entendu.

© Jean-François Convert – Décembre 2020

Border Patrol est sorti le 6 novembre chez Rez’Arts Prod / Bigwax

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Infos via Yazid Manou

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