‘A day at the races’ marquait la fin de Queen première mouture il y a 45 ans

Le 10 décembre 1976 arrivait dans les bacs l’album ‘A day at the races’ qu’on peut considérer comme le dernier de la première période de Queen.

Un diptyque ?

Comme je l’ai exprimé dans ma chronique sur A night at the opera, cet album A day at the races en constitue le pendant parfait, symétrique, complémentaire, qui pourrait laisser penser que le groupe avait prévu de sortir un double album, même s’il n’existe à ma connaissance aucune info corroborant cette thèse. Les deux titres similaires, issus de films des Marx Brothers, les deux pochettes, quasiment en négatif l’une de l’autre, et la couleur musicale très semblable entre les deux disques, tout porte à considérer A night at the opera et A day at the races comme un ensemble indissociable.

D’ailleurs, le premier titre Tie your mother down avait été pressenti pour figurer sur A night at the opera, mais finalement reporté à l’album suivant. Riff d’acier, shuffle heavy, solo de guitare slide, paroles purement rock’n’roll, bien que Brian May ne voulait en faire au départ qu’une blague (« attache ta mère »)… tous les éléments sont là pour en faire une ouverture tubesque.

Un disque en forme de cycle

Pour être tout à fait exact, Tie your mother down n’est pas vraiment l’ouverture de l’album. Le véritable début est en réalité une intro composée et interprétée par Brian May (un peu comme il l’avait fait dans Queen II avec Procession) : d’abord des guitares harmonisées annoncent le thème musical de White man, qui sont suivies par une gamme de Shepard (Shepard Tone en anglais), un illusion sonore qui donne l’impression que la hauteur des notes augmente à l’infini.

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Et ce Shepard Tone est repris à la toute fin du disque, lui donnant ainsi un côté cyclique, un peu comme The Wall. Pour la petite histoire, cette gamme ascendante a été obtenue en jouant une gamme descendante sur un harmonium, puis passée à l’envers pour le mix final.

Cette intro et cette outro apparaissent au début et à la fin de deux morceaux composés par Brian May, on en déduit donc qu’il ets sans douté à l’origine de cette idée de cycle, idée qui pour le coup vient contredire l’impression de diptyque avec A night at the opera et ferait au contraire de A day at the races une œuvre totalement indépendante et autonome.

La « fin » du Queen première période

A day at the races est le dernier album de Queen qui affiche fièrement la mention « No synthetizers ! » sur les notes de pochette. Et c’est le dernier de leur discographie qui baigne entièrement dans ce cocktail bien à eux de pop-hard-rock-lyrique-progressif. À partir du disque suivant News of the world, le groupe va changer d’orientation musicale et perdre un peu de cette extravagance dans les compositions et arrangements, même si bien sûr de temps à autres quelques morceaux isolés raviveront cette grandiloquence des premières années.

Et pour clore cette première moitié des seventies, Queen signe un album fastueux avec plusieurs morceaux-cultes.

Florilège de pépites typiques de Queen

Outre Tie your mother down déjà cité, et le splendide final Teo Torriatte (Let Us Cling Together) dédié aux public japonais, l’album regorge de morceaux-phares qui placent à mon sens A day at the races au même niveau artistique que A night at the opera, même si celui-ci reste plus emblématique et plus célèbre.

Somebody to love

LE hit de l’album s’inspire clairement du gospel, et reprend le même procédé d’enregistrement que pour Bohemian Rhapsody : Mercury, May et Taylor superposent leurs voix à de multiples reprises afin de simuler un chœur de plus de 100 personnes.

A noter que sur le clip, John Deacon ne mime pas les chœurs, comme il avait pu le faire sur la vidéo de Bohemian Rhapsody. En revanche, lorsqu’elle est interprétée sur scène, Somebody to love est une des rares chansons du groupe où le bassiste chante parmi les chœurs.

The Millionaire Waltz

Quand on fait le parallèle entre A night at the opera et A day at the races, on compare souvent Somebody to love à Bohemian Rhapsody, à cause notamment des voix superposées. Mais récemment un ami a fait remarquer que s’il y a une chanson qui résume Queen à elle toute seule c’est bien The Millionaire Waltz. Et j’ajoute que c’est plutôt ce morceau que j’afficherai comme pendant de Bohemian Rhapsody : par son architecture complexe, par son mélange de valse viennoise et de hard rock jouissif, par ses harmonies vocales parfaitement maitrisées, par sa basse mélodique et sautillante de John Deacon, par ses envolées lyriques de Freddie Mercury, par ses breaks puissants et changements de rythmes de Roger Taylor, et par son orchestre de guitares typique de Brian May. Tout Queen est présent dans ce morceau !

You Take My Breath Away

Et en parlant d’harmonies vocales inouïes, You Take My Breath Away fait partie des enregistrements de voix les plus fabuleux que je connaisse. On entend un énorme travail de mixage et d’effets sur ces parties vocales qui sonnent comme si elles venaient d’une autre planète. Oui des harmonies vocales ont été sublimées par des artistes tels Crosby, Stills & Nash, Simon & Garfunkel, les Beach boys, les Beatles ou Eagles, mais jamais elles n’ont sonné comme Queen.

Impossible à reproduire en live bien entendu. Mais ça n’empêchait pas Freddie d’interpréter la chanson en concert, seul au piano, avec sa mélancolie caractéristique.

White man

Brian May signe un texte engagé du point de vue des amérindiens, chassés de leur terres par « L’homme blanc ». Musicalement, l’ambiance rappelle celle de The Prophet’s song sur A night at the opera. Il arrivait d’ailleurs en live, notamment durant la tournée 1977, que Freddie Mercury mêle le passage vocal de The Prophet’s song à White man.

White man vu par © Denys Legros

Les autres morceaux

Deacon et Taylor signent chacun un titre, le très pop et entrainant You and I, et le plus sombre et plus discret Drowse. Quant à May, en plus de ses trois autres compositions (Tie your mother down, White man et Teo Torriatte), il assure le chant principal sur sa ballade rock Long away.

Enfin, un album de Queen n’en serait pas vraiment un sans cette touche délicieusement rétro, qu’affectionne particulièrement Mercury. Good Old-Fashioned Lover Boy, à mi-chemin entre ritournelle pop et ambiance années folles, raconte comment un « bon garçon romantique passé de mode » vivra sa romance, plus spécifiquement la nuit.

La vie d’un oiseau de nuit, la décadence d’un millionnaire, la célébration de l’amour avec un grand A, la fusion avec son public, la dénonciation du suprémacisme blanc, la rébellion adolescente… que de thèmes divers pour un disque foisonnant autant par les musiques que par les paroles. Un album phare de la carrière de Queen, le dernier de sa première période. Sorti il y a tout juste 45 ans aujourd’hui.

© Jean-François Convert – Décembre 2021

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