Une chanson à la loupe: “A day in the life” des Beatles

Un des morceaux les plus complexes de Beatles, celui qui clôt (enfin presque, si on exclut la fameuse boucle de fin) l’album non moins mythique Sgt. Pepper’s lonely hearts club band sorti en 1967. Plongée au cœur d’une des pièces maîtresses de l’histoire du rock, et plus particulièrement de son final.

“J’aimerais un immense crescendo qui partirait de rien pour arriver à quelque chose comme la fin du monde.”

John Lennon à George Martin

On pourrait parler de ce morceau pendant des heures, tellement il regorge de pistes ouvertes vers des fantasmagories Beatlesiennes et autres chimères Lennoniennes :

  • Son texte obscur (comme souvent chez Lennon), dont certains y ont vu des indices à la prétendue mort de Paul (alors qu’il s’agit en fait de la mort de l’héritier des Guinness, tué dans un accident de voiture) : « He blew his mind out in a car »

  • Ses allusions à peine cachés à la drogue (« I’d love to turn you on »)

  • Son utilisation singulière de la stéréo (dans le mix stéréo de l’époque) : la voix et les instruments changent de côté au cours du morceau (à écouter au casque !)

  • Sa composition complexe et alambiquée nécessitant de multiples prises, avec surtout le raccordement entre les couplets de John et le pont de Paul par les fameuses 24 mesures : elles sont d’abord laissées vides lors de l’enregistrement des prises de bases, mais comptées par l’assistant Mal Evans (on peut l’entendre compter très distinctement, ainsi que la célèbre horloge, juste avant « wake up », mais qui est d’abord là pour marquer la fin des mesures !), puis « remplies » plus tard par un orchestre lors d’un happening avec masques et cotillons : un crescendo apocalyptique (« j’aimerai un immense crescendo qui partirait de rien pour arriver à quelque chose comme la fin du monde » demande Lennon). C’est ce qui suit le deuxième de ces crescendos qui nous amène à notre sujet :

Un final qui a évolué

Le morceau se termine sur un accord tonitruant au piano, mais au départ ce n’est pas ce qui était prévu :
La première version était ce même accord (un Mi majeur) mais chanté, murmuré (« hummed chord » en anglais) par Paul et des amis, présents à la soirée d’enregistrement de l’orchestre : les Rolling Stones, Donovan, Graham Nash, Klaus Voormann, entre autres.

Voici la prise numéro 1, où l’on peut entendre le décompte des mesures encore vides, et le final avec l’accord “chanté” :

Le résultat n’étant pas jugé satisfaisant, en tout cas pas à la hauteur de l’attente qu’on peut avoir pour terminer une telle œuvre, l’idée vient alors de plaquer un accord sur plusieurs pianos simultanément ! Le 22 février 1967, John, Paul, Ringo, George Martin et Mal Evans frappent ensemble différents claviers et George Martin complète l’ensemble par un harmonium, tandis que l’ingénieur du son Geoff Emerick monte progressivement les potentiomètres de la console pour prolonger le son au maximum !
C’est la 9ème prise qui est la bonne (même si à 4’49 dans la chanson, on peut entendre la chaussure de Ringo grincer !). L’effet est ensuite dupliqué 3 fois pour donner ce rendu monumental.

Et enfin, voici le morceau finalisé :

Une fois de plus, les Beatles prouvaient qu’ils étaient en avance sur tout le monde.
A noter que l’édition 50e anniversaire de “Sgt. Pepper” propose une version remixée.


Sources :

  • « Les Beatles la Totale  » de JM. Guesdon et P. Margotin
  • Livre de l’édition 50e anniversaire de “Sgt. Pepper”

© Jean-François Convert – Septembre 2018

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