Stephen Stills sortait son premier album solo il y a 50 ans

Le 16 novembre 1970 paraissait ce disque éponyme d’un artiste à la carrière foisonnante.

Un patchwork musical

Après le Buffalo Springfield et le trio CSN, Stephen Stills se lance en solo en 1970 avec cet album où il poursuit dans la veine folk-rock dans laquelle il excelle. Mais il n’hésite pas à rajouter des éléments soul ou afro-cubains (Love the One You’re With), blues (Black Queen), Gospel (Church, We Are Not Helpless), voire free-jazz (Cherokee)

Comme dans la plupart de ses disques, en solo ou en groupe, Stills montre sa maîtrise totale de nombreux genres musicaux. Avec une déconcertante facilité, Il passe d’un blues incantatoire épuré avec fingerpicking et open tuning de rigueur sur Black Queen (enregistré en live), à des envolées lyriques accompagnées par un big band cuivré impérial sur We Are Not Helpless, ou une orchestration classique assumée avec le superbe To a Flame. La musique y est tellement belle, que le morceau a été repris en pur instrumental sur un album d’Astrud Gilberto :

Des invités prestigieux

Au milieu de ce patchwork malgré tout homogène, la variété se situe aussi au niveau des musiciens. Les formations changent selon les morceaux, et le casting voit défiler de nombreux artistes en vogue du moment : John Sebastian (de Lovin’Spoonful), les fidèles David Crosby et Graham Nash, la chanteuse Cass Elliot des Mamas & Papas, le légendaire Booker T jones à l’orgue, ou encore un certain Richie à la batterie, qui n’est autre que… Ringo Starr.

Mais parmi ces multiples invités, ce sont surtout les interventions de deux guitaristes qui retiennent l’attention :

Pour ce qui figure sans doute parmi ses dernières sessions d’enregistrement, Jimi Hendrix vient jammer sur Old times Good times, où Stills délaisse la six-cordes pour l’orgue Hammond. Les deux musiciens ont déjà eu l’occasion de jouer ensemble au cours de sessions en 1968 et 1969. Quelques morceaux sont apparus sur des disques posthumes du divin gaucher : My friend sur First rays of the new rising sun, la composition de Stills $20 Fine et la reprise de Joni Mitchell Woodstock sur Both Sides of the Sky. Ce dernier titre a d’ailleurs été aussi repris par le quatuor CSNY sur leur opus Déjà vu, sorti cette même année 1970.

Suite au décès du divin gaucher le 18 septembre, Sephen Stills dédie l’album à « James Mashall Hendrix ».

En ce qui concerne cette chanson Old times Good times, le songwriter Stills se remémore « le bon vieux temps », et entre autres anecdotes de son enfance, se rappelle la fois où, perdu en pirogue au milieu du Bayou, il ne retrouvait plus le chemin de la maison

Old times Good times vu par © Deny Legros

L’autre grand guitariste présent sur l’album est Eric Clapton, qui délivre un magnifique solo de plus de deux minutes (enregistré en une seule prise) sur Go back home. Stills débute le morceau à la wah-wah, et Clapton le termine en apothéose. Compte-tenu de la sonorité, il y a de fortes chances qu’il s’agisse de la légendaire Stratocaster « Brownie », celle-là même qui brille sur l’album Layla and other assorted love songs, sorti une semaine plus tôt.

En concert, Stephen Stills prouvera si besoin en était, qu’il n’a rien à envier au jeu de guitare de Clapton, en assurant le solo final à un niveau bien équivalent. Stills a souvent été sous-estimé comme musicien. Il est pourtant un excellent arrangeur et instrumentiste (à l’aise aussi bien à la guitare, qu’aux claviers et à la basse) en plus d’être un chanteur fabuleux et un songwriter inspiré.

Le monde est petit

Cette fameuse guitare est aussi celle que l’on voit sur la pochette du premier album solo d’Eric Clapton, sorti quelques mois auparavant. Album sur lequel joue d’ailleurs Stephen Stills (a priori sur Let it rain). Et on retrouve également sur ces deux disques la choriste Rita Coolidge, petite amie du batteur Jim Gordon, et qui aurait composé la célèbre coda au piano du morceau Layla.

Et comme le monde de la musique est décidément une « grande famille », il se trouve que cette même Rita Coolidge a aussi été la petite amie de Stills (avant qu’il ne rencontre Véronique Sanson qui venait de quitter Michel berger). Mais celle-ci l’a quitté pour Graham Nash ! Et cela aurait été un des facteurs contribuant à la séparation du quatuor CSNY…

Rita Coolidge et Stephen Stills

Rita Coolodige serait ainsi le thème des deux chansons Sit Yourself Down et Cherokee. La chanteuse a en effet une ascendance cherokee, et Stills la cite dans Sit Yourself Down par son surnom Raven.

Et un message lui serait adressé à travers la girafe sur la photo de la pochette…

Après avoir été la muse de Leon Russell et Joe Cocker, puis de tout ce microcosme tournant autour de Delaney and Bonnie, Clapton et Derek and the Dominos, et enfin de Crosby, Stills & Nash, Rita Coolidge deviendra la femme de Kris Kristofferson.

Une fois de plus, un album inspiré par une femme, une relation amoureuse. Décidément le thème le plus exploré en musique. Et ce disque ne déroge pas à la tradition. Un disque sorti il y a tout juste 50 ans aujourd’hui.

© Jean-François Convert – Novembre 2020

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