Sheku Kanneh-Mason : classique et moderne à la fois

Le jeune violoncelliste a sorti en début d’année un deuxième disque, dédié à Elgar.

Une famille de musiciens

Britannique mais d’origine africaine par sa mère (né en Sierra Leone) et caribéenne par son père (né à Antigua), Sheku Kanneh-Mason revendique cet héritage cosmopolite, tout en s’inscrivant dans la lignée des rares musiciens noirs officiant en musique classique.

« Il est important de célébrer la musique des compositeurs noirs » 

Sheku Kanneh-Mason lors d’une intreview au Guardian, à propos du Chevalier de Saint-Georges, violoniste antillais du XVIIIe siècle

Chez les Kanneh-Mason, la musique est une histoire de famille : avec ses six frères et sœurs, tous musiciens de haut niveau, ils ont brillé à l’émission Britain’s Got Talent en 2015, et joué dans différents festivals :

La BBC lui a décerné le titre de « jeune musicien de l’année » en 2016, attribué pour la première fois à un musicien noir depuis son lancement en 1978.

Mais c’est en étant invité aux noces royales de Harry et Megan en mai 2018 qu’il a acquis une popularité encore plus grande.

Des adaptations de morceaux populaires

Outre une formation classique, il affiche un goût certain pour les autres genres musicaux, et ses reprises de standards du reggae ou de la pop le rendent éminemment sympathique auprès des jeunes générations.

Son look « jean et baskets » décontracté le place définitivement dans une cool attitude, sans pour autant verser dans l’exubérance excentrique d’un Nigel Kennedy. Ici on est plutôt dans la sobriété en se la jouant humble et discret, un mélange de classe et de modernité.

Un deuxième album dédié à Elgar

Après un premier disque Inspiration sorti en 2016, Sheku Kanneh-Mason a débuté l’année 2020 avec un second opus Elgar, consacré en grande partie au compositeur, et dans les bacs depuis le 10 janvier (DECCA).

Six morceaux sur les treize sont de Elgar, notamment le Concerto en Mi mineur, une des plus célèbres pièces pour violoncelle, la Romance en Ré mineur (écrite à l’origine pour basson), ou encore l’énigmatique Nimrod, issu des variations Enigma, autre incontournable de l’instrument à cordes.

L’album a été enregistré aux mythiques studios Abbey Road, avec le London Symphony Orchestra, dirigé par l’illustre Sir Simon Rattle, que Sheku a rencontré pour la première fois en décembre 2018 à Berlin, où ils ont parcouru l’œuvre ensemble, avant une partie de football dans le jardin du chef d’orchestre .

Les autres titres rendent justice à des compositeurs moins connus du grand public, tels Bridge, Bloch ou Klengel. Le français Gabriel Fauré est également mis à l’honneur avec la très belle Élégie en Do Mineur.

Enfin, deux airs traditionnels complètent la tracklist : Blow The Wind Southerly, arrangé par Sheku Kanneh-Mason lui-même, et un duo avec le guitariste Plinio Fernandes pour une superbe version du cantique Scarborough Fair, popularisé par Simon & Garfunkel, et ici ré-arrangé par Simon Parkin :

Gageons que cette démarche fera découvrir le violoncelle et la musique classique en général à la génération « smartphone & streaming ». Vivre avec son temps ne doit pas empêcher de découvrir une culture plus ancienne, et Sheku Kanneh-Mason nous le prouve avec une limpide évidence.

Infos via Pascal Bod – Decca Classics (Universal)

© Jean-François Convert – Avril 2020

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