Prokofiev est né il y a 130 ans

Le 11 avril 1891 naissait le célèbre compositeur russe. Retour sur quelques unes de ses compositions phares.

© Domaine Public

‘Pierre et le loup’

Prokofiev n’est pas le compositeur classique que je connais le mieux, loin s’en faut, aussi j’avoue en être resté cantonné à ses œuvres les plus célèbres. Et parmi celles-ci, bien évidemment il y a Pierre et le loup. Qui n’a jamais entendu au moins une fois ce conte musical ? Comme beaucoup d’enfants j’ai été bercé avec ce petit bijou d’éveil à la musique classique et à la découverte des instruments de l’orchestre symphonique. Une démarche de sensibilisation artistique que j’ai retrouvée également dans Piccolo et Saxo d’André Popp.

Faire découvrir ainsi les instruments à travers les personnages d’une histoire captivante relevait d’une idée simple mais évidente. Naïve mais limpide. Didactique sans être ennuyeuse. La musique a de nombreuses vertus. Si en plus elle permet d’apprendre, que demander de mieux ? On ne compte plus les innombrables adaptions, du dessin animé de Walt Disney en 1946, au court métrage d’animation de marionnettes de Suzie Templeton en 2006 (avec la fin modifiée), en passant par celle de Michel Jaffrennou en 1995, avec Peter Ustinov (récitant et grand-père).

Outre des stars internationales comme David Bowie, de nombreux artistes français ont également prêté leur voix à cette œuvre intemporelle : Robert Hirsch, Jean-Pierre Aumont, Robert Lamoureux, Madeleine Renaud, Jaques Brel, Claude Piéplu, Jacques Higelin, Charles Aznavour, Eddy Mitchell, Jean Rochefort, Valérie Lemercier, Denis Podalydès, François Morel… impossible de les citer tous. Mais l’un des tous premiers, et celui par lequel je l’ai entendu la première fois est Gérard Philippe (en 1956) :

Le thème de Pierre aux cordes est magnifique de légèreté bucolique et me rappelle l’atmosphère du premier mouvement de la Symphonie Pastorale de Beethoven. Quant aux autres personnages, on se les imagine instantanément aux sons des instruments sans même avoir vu de dessin animé. Encore une autre force de la musique : le pouvoir évocateur des images.

Les musiques de films

Et justement, en matière de rapport à l’image, Prokofiev a travaillé à plusieurs reprises pour le cinéma, en composant la musique des films Les Partisans dans les steppes d’Ukraine d’Igor Savchenko (1943), Lermontov d’Albert Gendelstein (1943), Kotovski (1942) et Tonia (1942). Mais il a surtout apporté sa patte à deux films d’Eisenstein : Ivan le terrible (1945) et Alexandre Nevski (1938). Pour cette première incursion dans le 7ème art, sa composition sert de bande originale au film, mais est également interprétée en tant que cantate du même nom (Op. 78).

Prokofiev et la BO du film Alexandre Nevski d’Eisenstein © Denys Legros

Sa partition accompagnant la « bataille de glace » est indissociable du film qui n’aurait sans doute pas eu la même force sans cette bande son. Il composa les musiques d’Alexandre Nevski et d’Ivan le Terrible tout en regardant les films. On raconte qu’Eisenstein se laissa convaincre de refaire quelques scènes à partir de suggestions que soulevait en lui sa musique.

‘Romeo et Juliette’

L’œuvre de Shakespeare a inspiré moult artistes, que ce soit en peinture, au cinéma, ou dans la musique populaire. Prokofiev en a fait un ballet, en trois actes, composé en 1935. Son plus célèbre thème est celui de La danse des chevaliers qui illustre la scène 4 de l’Acte I, au cours de laquelle Juliette Capulet rencontre Roméo Montaigu. C’est lors de ce bal que les deux jeunes gens issus de familles rivales tombent éperdument amoureux l’un de l’autre.

Les élans presque stridents des cordes, et la tension contenue dans la mélodie, annoncent déjà l’issue tragique de l’histoire. Tout l’art de Prokofiev est de sous-tendre la suite des évènements dès la rencontre des futurs amants. On sent à l’écoute de ce mouvement que la passion entre Roméo et Juliette ne pourra se terminer en idylle heureuse. Comme le dit Mark Knopfler dans sa chanson éponyme : « The dice was loaded from the start » (« Les dés étaient jetés dès le départ »)

Ce morceau aux soubresauts dramatiques a été réutilisé dans de nombreux films et œuvres musicales, dont Caligula de Tinto Brass, Mauvais Sang de Leos Carax, ou le spot publicitaire pour le parfum Égoïste de Chanel, réalisé par Jean-Paul Goude (Lion d’or du Festival international de la créativité de Cannes 1990). Et La Marche impériale (Dark Vador Theme) de John Williams dans la saga Star Wars en est fortement inspirée. Elle apparait pour la première fois dans le deuxième film (épisode V) L’empire contre-attaque, en 1979. Pour ma part je pense aussi que sa mélodie provient en partie du Thème du carillon de Morricone dans Et pour quelques de dollars de plus. Sans doute un mélange des deux influences.

‘Russians’ de Sting

Et Prokofiev n’a pas seulement été repris dans le cinéma ou la publicité. Il a aussi insufflé un certain lyrisme dans la musique pop, notamment avec le morceau Russians de Sting, paru sur l’album The Dream of the Blue Turtles en 1985. On était encore dans la guerre froide, et l’ex-leader de Police, échappé en solo, confrontait les visions des deux blocs Est et Ouest, sur une musique du compositeur russe, la Romance de la suite orchestrale Lieutenant Kijé :

Une chanson que j’ai étudiée en cours d’anglais en seconde, en même temps que Born in the USA et The logical Song. Merci à cette prof d’anglais, dont j’ai malheureusement oublié le nom, qui nous faisait découvrir la langue de Shakespeare à travers la musique. Des souvenirs d’enfance avec Pierre et le loup jusqu’au lycée avec Russians, la musique de Prokofiev me ramène quelques décennies en arrière. La musique en général qui décidemment a accompagné, et accompagne encore, toutes les étapes de ma vie.

© Jean-François Convert – Avril 2021

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