L’album “Say It Ain’t So” de Murray Head a 45 ans cette année

Sorti en 1975, le deuxième disque de Murray Head connut un très grand succès en France, en particulier grâce à sa chanson-titre. Un album intemporel.

Une chanson politique

La phrase « Say It Ain’t So, Joe » est célèbre dans l’histoire américaine pour faire référence à la star de baseball Shoeless Joe Jackson, qui en 1921 est banni à vie, pour ne pas avoir dénoncé la corruption de ses coéquipiers dans le scandale des Black Sox. Après avoir servi de titre au journal Chicago Daily News, elle devient légendaire quand un autre reporter l’attribue à un jeune supporter croisé par Joe Jackson à la sortie du tribunal après son témoignage devant le grand jury :

«Dis-moi que c’est pas vrai, Joe».

Aussi, quand Murray Head chante Say It Ain’t So, Joe en 1975, les critiques musicaux font immédiatement le lien avec le joueur de baseball.

Mais le chanteur a exposé une autre signification à son texte : il s’agissait pour lui de dénoncer l’attitude des Américains qui, malgré le scandale du Watergate, continuaient de voter pour Nixon. Les paroles lui ont été inspirées par le visionnage d’un documentaire montrant des Américains, en plein scandale du Watergate, refusant de croire que Richard Nixon avait menti.

Folk-Rock British et Exotisme

Musicalement, l’album est un petit bijou de folk-rock à prédominance acoustique, même si 3 morceaux (sur les 10) sont clairement plus électrifiés : Boy on the bridge, Don’t forget him now et le très rock She’s such a drag. Sur le final, Murray Head fait preuve d’une tessiture hors norme et monte très haut dans les aigus, comme d’ailleurs sur d’autres morceaux, dont la chanson-titre.

Les arrangements de guitares entremêlées offrent des couleurs post-hippies, mais avec cette touche typiquement anglaise qui rappelle instantanément qu’on n’est pas à San Francisco. Des parties de slide ou arpèges qui sont l’œuvre des orfèvres Bob Weston (qui a joué avec Fletwood Mac en 1973) et Alun Davies (guitariste, entre autres, de Cat Stevens). Bob Weston co-signe le titre Silence is a strong reply. Et la mélodie obsédante de Never even thought reste aussi longtemps en mémoire. Sans doute le deuxième morceau le plus connu de l’album

Mais le disque ne se cantonne pas dans ce registre, et on voyage à travers des atmosphères dixieland (la reprise de Someone’s rocking my dreamboat) ou jamaïcaines comme sur Boats away. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si l’album est distribué sur le label Island.

Un album qui donne de la voix

Et c’est justement sur une ambiance de plage de sable blanc que se clôt l’album : à l’écoute de You’re so tasty, difficile de ne pas imaginer un coucher de soleil en Floride ou aux Bahamas.

La chanson est interprétée en duo avec Vicky Brown, choriste de Pink Floyd en tournée, et qui ici sonne presque comme Minnie Ripperton. Parmi les autres voix, on retrouve aussi Liza Strike (également choriste sur l’album Dark Side of the moon) et Anthony Stewart Head, le frère du chanteur.

Mais c’est bien l’organe vocal de Murray Head qui perce le mix sur chaque morceau, et passe du susurrement intimiste à l’explosion débridée, sans jamais donner l’impression de forcer.

Et le chanteur prouve qu’il en a encore dans le gosier, 45 ans après après cet album, en continuant d’interpréter Say it ain’t so, Joe en concert. Il sera le 28 mars 2020 sur la scène de l’Olympia. Retrouvez les autres dates sur le site officiel.

Petit clin d’oeil aux fans de Dire Straits : le guitariste sur cette vidéo filmée au Pic du Midi, n’est autre que Phil Palmer (neveu de Ray Davies, leader des Kinks), qui a accompagné le groupe dans sa dernière tournée en 1991-1992.

 

© Jean-François Convert – Janvier 2020

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