Cory Seznec s’offre une parenthèse avec un « petit album »

Avant un opus « plus produit » en 2023, Cory Seznec sort ‘Eyes on the Rise’ ce 11 novembre, de son propre aveu un « petit album », mais pourtant riche, dense, et varié.

Cory Seznec est un auteur-compositeur-interprète folk franco-américain. J’avais déjà beaucoup aimé son album Backroad Carnival sorti en juin 2017. Un mélange de bluegrass, swamp blues, country-rock, et parfois musique des Antilles, ses origines cosmopolites lui permettant de chanter autant en anglais qu’en français. Mais surtout un excellent jeu de guitare en fingerpicking, mariant influences New Orleans et africaines.

Hormis la collaboration en duo avec Amadou Diagne en 2020, Cory Seznec n’avait rien sorti depuis Backroad Carnival. Ce 11 novembre il revient avec Eyes on the Rise, qu’il qualifie lui-même de « petit album », en prévision de sortir « un plus gros truc » l’année prochaine. Mais cette sorte de parenthèse intime et dépouillée contient tout de même 15 titres !

On y retrouve ces sonorités de guitares qu’on croirait enregistrées dans l’entre-deux-guerres. Pas si étonnant que ça quand on sait que l’album a été en joué sur des instruments pas tout neufs, entre autres une Gibson L-1 de 1919 (le modèle utilisé par Robert Johnson), une guitare National Resonator des années 30, ou encore un orgue Hammond et bien d’autres pièces vintage issues de la collection de l’ingénieur du son Fred Jaillard qui a enregistré et mixé le disque.

Avec l’aide du musicien/réalisateur/arrangeur Daniel Mizrahi, Cory Seznec a mis en musique ses 9 compositions originales et 6 reprises. Fred Jaillard joue aussi, notamment des percussions, de la Pedal Steel, de la basse, ou encore de l’accordéon.

L’ensemble baigne dans une douceur globalement acoustique, avec quelques touches électriques subtiles et discrètes. Au milieu d’ambiances folk-country, plusieurs morceaux apportent une touche créole ou africaine comme par exemple le syncopé Red Road ou l’instrumental kenyan Msichana Auma Variations. Les deux autres instrumentaux sont tout aussi superbes : le pluvieux et mélancolique Rainy Season (on entend même les gouttes tomber) s’accorde avec la saison actuelle, tandis qu’avec ses harmoniques cristallines, l’apaisé Kulowahed clôt l’album dans la sérénité.

Avant ce final de toute beauté, on passe par différentes émotions. De l’ouverture Chop It Up, inspirée de la rumba africaine au gospel apocalyptique Enchanted Mesa, en passant par le blues absurde de Chopstick Lipstick. Et Real Genuine Fake, fait-il allusion à la prolifération des fake news ? En tout cas, la musique sonne très Macca, dans le style pop/années folles cher au Beatle.

On croise aussi une clarinette aux couleurs jazz New Orleans qui s’invite sur Bunco Artist, inspiré de Ry Cooder et Randy Newman, tandis que la Soul fait une incursion sur Peasant Under Grass, une composition de l’accordéoniste Michael Ward-Bergeman, partenaire de Cory Seznec au sein du trio Groanbox, étiqueté « world roots ».

Les « racines du monde », un terme qui correspond bien à la musique de Cory Seznec. En effet, les airs traditionnels font partie de sa culture musicale. Certains enregistrés sur ce disque sont dans son répertoire de scène depuis longtemps : Been All Around This World et Roll The Old Chariot Along notamment. Sont venus s’ajouter Raleigh & Spencer, et J’ai marié un ouvrier qu’on pourrait penser comme une chanson bretonne du moyen-âge, dans sa thématique et sa construction. Mais j’ai été surpris à l’écoute d’entendre parler du Tennessee. Tout s’explique quand on apprend qu’il s’agit en réalité d’une adaptation cajun (donc en français) de la vieille ballade américaine House Carpenter.

L’influence réciproque entre les deux côtés de l’Atlantique, j’en parle souvent à en citant Mark Knopfler (« Mon idée du paradis est un endroit où la Tyne rencontre le Delta, où la musique folklorique rencontre le blues »). Tout comme Mathis Haug ou Cotton Belly’s, Cory Seznec perpétue cette tradition de métissage musical à travers les continents. Et ce Eyes on the Rise est bien plus qu’un « petit album ».

Eyes on the Rise sort le 11 novembre chez Captain Pouch Records
Le concert de sortie d’album aura lieu le 12 janvier 2023 à La Dame de Canton (Paris)

© Jean-François Convert – Novembre 2022

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