Charlie Chaplin : acteur, réalisateur, mais aussi musicien

Charlie Chaplin aurait 130 ans aujourd’hui. On se souvient surtout du comédien facétieux, du génial metteur en scène, du cinéaste de génie, moins du musicien accompli qui a composé la majeure partie des bandes originales de ses films. Focus sur quelques-unes de ses plus belles partitions.

Charlie Chaplin au violoncelle en 1915 © Wikipedia Commons

Des films muets…mis en musique

La majeure partie de la filmographie de Chaplin est constituée de films muets, qui étaient projetés soit tels quels, soit accompagnés en direct par un orchestre ou un piano. Puis les long-métrages ont ensuite bénéficié d’une re-sortie sonorisée plusieurs décennies après.

Le Kid (1921) et La Ruée vers l’Or (1925) © Denys Legros

C’est le cas par exemple de La ruée vers l’or (1925) qui est raccourci et sonorisé par Chaplin lui-même en 1942. Le public redécouvre ainsi la fameuse “danse des petits pains”, cette fois avec sa musique.

Déjà, le talent du réalisateur dans la façon de conjuguer jeu d’acteur, mise en scène, et musique, apparaît comme une évidence. Ses films vont alors devenir indissociables de leurs partitions musicales.

Un sens inné de la mélodie

Une des plus célèbres musiques de Chaplin, et même de toutes les musiques de cinéma, est celle des Feux de la rampe (1952) et son fameux “Deux petits chaussons de satin blanc”

Chaplin / Calvero © Denys Legros

Dans ce film largement autobiographique où Chaplin joue un comique has been, la musique magnifie l’art de la danse. Et le thème de Terry, personnage joué par Claire Bloom, est une merveille de mélodie et d’envolée lyrique.

Cette façon majestueuse de s’élancer, puis de retomber, pour repartir une deuxième fois encore plus haut, avant de se poser délicatement sur la fin de la phrase musicale. On ne sait pas si c’est la musique qui nous fait voir la danseuse, ou au contraire les pas de danse qui nous donnent à entendre la mélodie. Magique.

 

 

Cette alternance entre emphase et douceur se retrouve dans nombre de ses compositions, mais surtout dans la musique du Cirque (1928), une de mes préférées. A l’époque de sa sortie, nous sommes encore dans l’ère du muet (bien que le tout premier film dit “parlant”, Le chanteur de jazz date de 1927), et il faut attendre 1969 pour entendre une version sonorisée en salle avec ces superbes passages retranscrivant si bien les sentiments des personnages.

On entend même chanter Chaplin sur “Swing little girl” :

Une parfaite adéquation entre images et musique

Bien que cinéaste emblématique du muet, Chaplin n’en demeure pas moins l’un de ceux qui a su le mieux utiliser la complémentarité de la bande son et de la mise en scène, à partir du moment où il a fait des films sonores.

Son premier film incorporant du son est Les temps modernes (1936). Chaplin ne croit pas à l’essor du parlant, et cherche à montrer dans ce film sa vision sur le côté néfaste des effets sonores dans le cinéma. Dans la première séquence à l’usine, tout ce qui produit du son est menaçant : le haut-parleur avec la voix du Directeur, les machines, la sirène, etc… et quand ce ne sont pas des agressions, les sons prêtent à rire, tant ils proviennent d’indispositions gastriques malencontreuses. Le message du réalisateur est sans appel : la bande son ne produit que bruits indésirables qui nuisent à la poésie du cinéma. L’avenir ne lui donnera pas raison. Et la seule séquence réellement parlée/chantée, qui se veut moqueuse à l’égard de Charlot dès qu’il accède à la parole, restera une des plus célèbres de la filmographie de Chaplin qui reprend la mélodie d’une chanson traditionnelle “Titine”, et en fait un “tube” franglais avant l’heure, plusieurs décennies avant la mode du “chant en yaourt”.

C’est dans ce même film que figure la musique sans doute la plus connue de Charlie Chaplin : connu sous le titre de Smile, il s’agit en fait du thème romantique, qu’on entend notamment à la fin.

En 1954, John Turner et Geoffrey Parsons lui ajoutent des paroles et lui donnent le titre de Smile. La chanson est enregistrée par Nat King Cole, et sera reprise par de nombreux artistes, de Judy Garland, à Diana Ross, en passant par Michael Jackson, Robert Downey Jr, Gregory Porter, ou encore Seal

 

 

Chaplin / Hynkel © Denys Legros

Son film suivant, Le Dictateur (1940), est entièrement parlant, et se termine d’ailleurs sur une longue tirade sonore, véritable ode humaniste, en pleine seconde guerre mondiale.

 

 

Mais sa scène la plus fameuse repose sur une dualité musique / mise-en-scène dont il avait le secret. Impossible d’oublier ce “ballet” entre un dictateur fou et le monde, devenu soudain léger et fragile, message terriblement toujours d’actualité.

 

 

Un humaniste et un pacifiste

Cet élan d’humanisme à la fin du Dictateur trouve son écho dans la scène finale de Monsieur Verdoux (1947). Bien que meurtrier cynique de ses nombreuses femmes, un peu comme Landru, le personnage principal rappelle la déshumanisation de notre société.

Et Chaplin, victime du Maccarthysme, portera jusqu’à sa mort cette image double de victime incomprise, et de héraut de la fraternité universelle.

Un pacifiste et un humaniste qui savait merveilleusement manier les mots, aussi bien que les mouvements de caméra, et également les notes de musique.

Chaplin / Verdoux © Denys Legros

Merci à Denys Legros pour les illustrations !

© Jean-François Convert – Avril 2019

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