À l’occasion du centenaire de la naissance de Miles Davis, les éditions Le Mot et le Reste rééditent l’ouvrage de Matthieu Thibault consacré au double album ‘Bitches Brew’ sorti en 1970, et considéré comme l’une des pierres fondatrices du mouvement jazz-rock ou jazz-fusion.

Lorsque Miles Davis enregistre Bitches Brew durant l’été 1969, il utilise sa méthode habituelle en appelant des musiciens peu de temps avant l’enregistrement et avec un minimum de répétitions. Il donne ses instructions avant et pendant l’enregistrement, en précisant le tempo et en indiquant quand les musiciens doivent jouer un solo. Une démarche qui semble s’inscrire dans la spontanéité et l’improvisation…
Néanmoins, on en discutait récemment avec Pierrejean Gaucher : Bitches Brew a peut-être été enregistré en seulement 3 jours (du 19 au 21 août 1969), mais il y a eu ensuite un énorme et long travail de montage et mixage pour parvenir au disque tel qu’on le connait. Ce double album sorti en 1970 n’est donc pas qu’une succession de jams et d’expérimentations, mais bien une œuvre sciemment construite, peaufinée en post-production.
Il n’en demeure pas moins que Miles Davis y fait preuve d’innovations sonores en faisant jouer simultanément plusieurs pianistes, batteurs et bassistes en même temps, et surtout en utilisant des pianos et guitares basses électriques, procédé inhabituel dans le jazz à l’époque. De plus, contrairement au style cool qui le caractérisait jusqu’ici, le trompettiste joue de manière agressive, dans le registre haut de son instrument, par exemple dans Miles Runs the Voodoo Down. Enfin, les rythmiques laissent tomber le swing et lorgnent plutôt vers le funk.
On sait également qu’à cette époque, Mile Davis a côtoyé Jimi Hendrix, et qu’ils ont même joué ensemble, comme c’est relaté dans l’enquête de Yazid Manou parue en 2022 dans Jazz Magazine, ainsi que dans la bande dessinée Miles Davis et la quête du son de Dave Chisholm.


Il n’est donc pas exagéré d’affirmer que Bitches Brew constitue une des pierres fondatrices du mouvement jazz-rock ou jazz-fusion. On peut aussi citer Hot Rats de Frank Zappa (enregistré le même jour, mais sorti avant)., et bien sûr d’autres artistes emboiteront le pas, notamment les musiciens de Davis : Herbie Hancock, Wayne Shorter, Joe Zawinul et John McLaughlin, entre autres.
Et justement, le livre de Matthieu Thibault s’attarde sur les origines de ce style musical et son contexte d’apparition. L’auteur identifie aussi les changements dans la vie de Miles qui ont rendu possible la création de Bitches Brew, avant de se concentrer sur l’impact que le disque a eu sur le jazz et plus largement la musique. Tous les aspects sont abordés notamment les interactions entre les instrumentistes et les techniques de production et d’enregistrement qui étaient particulièrement innovantes à l’époque dans le milieu du jazz.
Cette nouvelle édition qui parait le 22 mai a fait l’objet de corrections et d’une mise à jour.

Matthieu Thibault est l’auteur de Sonic Youth, Radiohead et de David Bowie publiés aux éditions Le mot et le reste. Diplômé en musicologie, enseignant au collège et à l’université, il donne des conférences sur la musique et produit des albums au sein du groupe de rock The Snobs.
© Jean-François Convert – Avril 2026




