Patti Smith aux Nuits de Fourvière : « Lyon je t’aime ! »

La chanteuse américaine chantait avant-hier soir dans le théâtre antique lyonnais. Elle a affirmé à plusieurs reprises être « très heureuse de retrouver la France ». Et le public lui l’a bien rendu.

Lenny Kaye et Patti Smith sur la scène du Festival Les Nuits de Fourvière (Lyon) le jeudi 23 juin 2022 © Jean-François Convert

Un concert prévu en dernière minute

Il ne m’arrive pas souvent d’aller à des concerts imprévus, et encore moins voir des personnalités dont je ne connais que très peu la discographie. Oui j’avoue, je ne connais Patti Smith que de notoriété, et ne l’ai que très rarement écoutée. Mais l’occasion s’est présentée au dernier moment (merci Hélène), et c’est comme ça que je me suis retrouvé avant-hier soir presque devant la scène (2-3 personnes maximum devant moi) du théâtre romain de Fourvière à Lyon pour voir et entendre cette chanteuse iconique. Et bien m’en a pris car c’était un super concert.

Une présence à la fois simple et magnétique

D’aucuns diront peut-être un peu court (1h30 rappel compris) mais l’intensité en a très largement compensé la durée. Faussement détachée, mimant ironiquement une désinvolture d’apparat, mais finalement ouvrant son cœur au public, Patti Smith s’est livrée entièrement, comme elle fait sans doute à chaque concert. En tout cas c’est comme ça que je l’imagine et qu’elle s’est présentée ce jeudi 23 juin à Fourvière : sincère, affable, jouant constamment sur le fil de la nonchalance, et faisant mine d’être hautaine, mais pour de rire.

Mon premier sentiment a été : on dirait Neil Young au féminin.

Et la comparaison ne se limite pas à cette présence magnétique sur scène. La musique a elle aussi quelques accents du Loner : L’alternance entre ambiances intimistes voire acoustiques et riffs rageurs chargés d’électricité donne une dynamique scénique indéniable.

Une setlist compacte mais intense

Une ouverture de concert décontractée sur le rythme reggae de Redondo Beach (a priori une constance dans ses shows d’après les connaisseurs), puis la superbe ballade poignante Grateful, avant de monter les watts et d’attaquer en mode punk-rock avec Wicked Messenger enchainé à Dancing Barefoot. Puis à nouveau une rupture de ton avec la lecture de Howl, poème manifeste d’Allen Ginsberg, décédé il y a 25 ans comme le rappelle la chanteuse. La pause était de courte durée, le rythme reprend avec Don’t Say Nothing et Free Money.

Beneath the Southern Cross débute calmement en mode acoustique, puis Patti Smith laisse le champ libre à ses musiciens qui partent dans une longue impro où le bassiste cite musicalement entre autres Third stone from the sun de Jim Hendrix et Within you without you des Beatles.

Et la chanteuse continue d’offrir à ses musiciens un espace pour s’exprimer, en s’éclipsant carrément le temps de deux morceaux. « You wanna some rock’n’roll ? » hurle-t-elle à l’assistance, avant que le groupe n’enchaine Stone free de Jimi Hendrix, chanté par le bassiste, et I wanna be your dog des Stooges, chanté par Lenny Kaye, guitariste de longue date du Patti Smith Group depuis les années 70. Son physique m’a instantanément évoqué Bill Nighy !

Parmi les autres membres presque tous interchangeables (guitare, basse, clavier), le batteur (au chapeau unique !) et le bassiste-claviériste ne sont plus tous jeunes non plus. En revanche, à la guitare c’est Jackson Smith, le fils que Patti a eu en 1980 avec le défunt Fred « Sonic » Smith (guitariste rythmique de MC5, à ne pas confondre avec Fred Smith, bassiste de Television).

Après avoir dansé en bord de scène pendant cet intermède offert à son groupe, Patti revient pour Nine et One Too Many Mornings de Bob Dylan.

Une artiste qui aime la France

Et c’est l’heure de l’un de se plus grands tubes, si ce n’est le plus célèbre : Because the night, texte de la plume de Patti Smith, musique composée par un certain Bruce Springsteen. Sans surprise, le public s’égosille en reprenant le refrain d’une seule voix.

À la fin, Patti ne cache pas sa joie d’être sur la scène du théâtre romain lyonnais :

« So happy to be here. Each time this the same picture : beautiful stones and people. So Great to be back in France ! And thanks God for the weather ! »

Patti Smith sur la scène de Fourvière le 23 juin 2022

En effet, la météo s’est avérée bien clémente puisque la pluie de la fin d’après-midi ne s’est pas prolongée et a permis un concert au sec ! Et l’amour de Patti Smith pour notre pays n’est pas feint. On connait le culte qu’elle voue à Rimbaud (elle a racheté en 2017 la maison qui avait remplacé celle de la mère du poète) et son admiration pour la culture française en général.

Un final en famille

Enfin, la chanteuse invite sa fille Jesse Paris Smith (née en 1987) à les rejoindre au clavier pour les deux derniers morceaux du set. Patti Smith se retrouve ainsi accompagnée de ses deux enfants sur Pissing In a River et le célèbre Gloria des Them qui enflamme le théâtre de Fourvière. La chanteuse harangue littéralement la foule.

La réunion de famille culmine sur le rappel People Have The Power, une chanson que Patti présente comme « écrite et composée avec mon mari, pour notre fils, notre fille, et pour vous ! » Tandis que le public reprend une nouvelle fois le refrain en chœur, la chanteuse termine par un tonitruant « Lyon je t’aime ! »

Un concert que je n’avais pas prévu et que je ne regrette pas ! Même quand on ne connait quasiment pas son répertoire, une icône du rock ça reste toujours un grand moment. Et c’était le cas avec Patti Smith ce 23 juin à Lyon aux Nuits de Fourvière.

© Jean-François Convert – Juin 2022

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