‘Michael’ : un bon biopic, aseptisé en attendant le deuxième volet

Dimanche je suis allé voir le film ‘Michael’, qui retrace l’ascension du king of pop, en éludant les sujets fâcheux.

Michael Jackson pour moi, c’est le souvenir des années collège. Pour mes 12 ans en mai 1983, je suis en sixième, et je demande à mes parents en guise de cadeau d’anniversaire le disque Thriller, sorti en novembre 1982 et dont tout le monde parle. Avec ses 9 titres, quasiment tous des tubes, il deviendra l’album le plus vendu de tous les temps : environ 70 millions d’exemplaires écoulés à travers le monde en 2022, selon le Livre Guinness des records (des chiffres supérieurs à 100 millions apparaissent parfois dans les médias mais ceux-ci ne sont pas fiables selon The Wall Street Journal et The New Yorker). (source : Wikipedia)

L’album est tout naturellement au cœur du biopic Michael sorti le 22 avril, et que je suis allé voir ce dimanche 3 mai. Le film se concentre sur l’ascension fulgurante du jeune prodige, depuis ses débuts au sein des Jackson Five, à la fin des sixtes, sous la poigne de fer du père Joseph Jackson, jusqu’à la tournée de Bad en 1988, évitant ainsi d’aborder les sujets qui fâchent.

Pas d’allusions donc aux polémiques et déboires judicaires de la star qui ont défrayé la chronique à partir des années 90 et 2000. mais il semblerait que ces thématiques controversées soient abordées dans un second volet déjà prévu. D’ailleurs, le long-métrage se termine par une phrase teasing « son histoire continue »… (Plus d’explications dans cet article sur franceinfo).

Du coup, le film m’a plu car il s’arrête justement à la période où j’ai commencé à ne plus suivre Michael Jackson. J’ai en effet arrêté d’écouter après l’album Bad et ses délires du caisson à oxygène ainsi que ses multiples transformations physiques le rendant difforme, et à mes yeux repoussant. Toutefois, j’ai découvert dans ce biopic que son désir de changer d’apparence et notamment de nez était dû à un trauma d’enfance lorsqu’on son père le surnommait « gros nez ». De même, je savais déjà que son obsession à blanchir sa peau était lié à son vitiligo, qui se caractérise par la perte de pigmentation sur l’épiderme. Ce sujet est également abordé dans le film.

Pas d’années 90 ni 2000. On est ici centré sur les seventies et eighties, l’âge d’or de l’artiste, avec notamment sa célèbre performance lors de l’émission Motown 25: Yesterday, Today, Forever (célébrant le vingt-cinquième anniversaire de la Motown), diffusée sur NBC le 16 mai 1983, et parfaitement reproduite dans le long-métrage.

Il faut saluer l’interprétation de Jaafar Jackson, neveu de la star défunte et fils du chanteur Jermaine Jackson, adoubé par la propre mère de Michael Jackson, Katherine. Le jeune acteur a dû non seulement reproduire la voix de son modèle, mais surtout ses qualités de danseur et sa présence scénique incroyable.

Le film s’attache également à l’attrait de Jackson pour les comédies à l’ancienne, comme celles de Charlie Chaplin. On entend par exemple Michael fredonner Smile après avoir visionné Les temps modernes. Des séances de visionnage en compagnie de sa mère pour celui qui semblait ne jamais vouloir quitter l’enfance. Un désir que l’on comprend après que son père lui l’ait volée, son enfance. La séquence mêlant les débuts du succès des Jackson Five avec les séances de corrections familiales laisse entrevoir les coulisses sombres de la vie du jeune Michael, malgré la musique enjouée qui illustre les scènes. Saisissant contraste entre les paillettes de la scène et le ceinturon punisseur du père, sous le regard résigné et impuissant de la mère.

Si je devais émettre quelques réserves sur le film (hormis le côté édulcoré mais dont les raisons sont expliquées ici), ce serait au niveau de l’aspect musical qui n’est abordé que trop superficiellement à mon goût. J’ai trouvé qu’il n’y avait pas assez d’éléments sur la création des chansons de Thriller. Van Halen est juste cité au détour d’une réplique, les musiciens de Toto ne sont même pas évoqués. Seuls Quincy Jones et Berry Gordy sont incarnés, c’était le minimum.

Même si on entend Wanna Be Startin’ Something au début du film, les autres chansons sont survolées : le morceau-titre et Beat It sont uniquement montrés sou l’angle du tournage des clips. Human Nature figure dans le film, mais dans sa version live de la tournée Victory en 1984 ; je préfère nettement la version studio. Et rien sur The girl is Mine (aucune évocation de Paul McCartney durant tout le film, sans doute pour éviter d’autres polémiques), ni sur les autres titres du disque. J’en attendais un peu plus des coulisses d’enregistrement de l’album le plus vendu de tous les temps.

Quelques clins d’œil ont tout de même attiré mon attention : le rôle de l’avocat John Branca qui a lui-même produit le film, la présence d’un guitariste gaucher sur la tournée Victory en 1984 (comme c’était effectivement le cas), l’incarnation de la guitariste virtuose Jennifer Batten sur la tournée Bad… et Mike Myers jouant le président de CBS, un peu comme son rôle de producteur dans Bohemian Rhapsody, d’ailleurs réalisé par le même Antoine Fuqua.

Quant à la réplique où Jaafar/Michael dit qu’il ne doit pas laisser Prince le devancer, je l’ai trouvée légèrement anachronique, car elle intervient avant la genèse de Thriller. Même si le kid de Minneapolis avait déjà du succès à cette époque, il me semble qu’il n’est devenu un rival sérieux de Jackson qu’à partir de Purple Rain en 1984.

Enfin on peut noter qu’il n’est fait nullement mention de Lisa Marie Presley durant les plus de 2h du film. Pas de Macca, pas de Presley, et pas d’évocation des accusations abus sexuels… oui, les sujets fâcheux ont été omis pour éviter les polémiques, mais encore une fois, ils semblaient avoir été prévus au départ. Un deuxième opus devrait aborder ces sujets. Retrouvez tous les articles de franceinfo qui traitent de la question :

Au final, un biopic qui peut paraitre aseptisé mais qui comporte tout de même des qualités, et qui m’a fait replonger en enfance pendant deux heures. Quel dommage que j’ai revendu mon exemplaire de Thriller pour une bouchée de pain lorsque les vinyles n’étaient plus à la mode ! Du coup je viens de me réécouter ces neufs morceaux qui demeureront toujours une délicieuse madeleine de Proust pour moi.

© Jean-François Convert – Mai 2026

Étiqueté , , , ,

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

error

Suivez ce blog sur les réseaux