Les “synchros” de films avec des musiques de Pink Floyd

Une légende urbaine affirme que l’album “Dark Side of the Moon” peut être joué en totale synchronisation avec le film “Le Magicien d’Oz”. Plus probant à mon sens, le morceau “Echoes” se cale parfaitement sur le final de “2001 : L’odyssée de l’espace”. Démonstration, en cette veille de 50ème anniversaire du premier pas de l’homme sur la lune.

“The Dark Side of the Rainbow”

Connue aussi sous les titres “Dark Side of Oz” ou “The Wizard of Floyd”, cette légende fait partie du folklore floydien. Assez confidentielle dans les années 70 et 80, elle s’est répandue comme une traînée de poudre dès la fin des nineties avec l’essor d’Internet.

Il y a encore quelques années, de nombreux sites étaient dédiés à cette fameuse “synchronicité“ entre le film de 1939, et l’album de 1973. Bizarrement, ils sont tous maintenant inaccessibles….certains crieront sans doute à une énième théorie du complot.Une page Wikipedia y est entièrement consacrée. Ainsi que de nombreux articles :

A l’époque d’avant Internet, il fallait minutieusement lancer son CD à un timing bien précis (le 2ème ou 3ème rugissement du lion de la MGM ? les avis de spécialistes divergent…) en même temps que son DVD (voire sa cassette VHS) pour vivre cette “expérience”. Mais aujourd’hui, à l’heure des nombreux “mashups”, il suffit de chercher sur YouTube, et on peut trouver plusieurs versions du film entier, synchronisé avec la musique.

Les éléments qui coïncident sont nombreux. Cet article les répertorie tous. Les plus notoires sont :

  • le dernier vers de Breathe dit “You Race towards and early grave.”, tandis qu’à l’écran Dorothy tombe dans l’abreuvoir
  • les horloges de Time qui tombent pile à l’arrivée en vélo de Miss Gulch
  • The great gig in the sky illustre parfaitement la séquence de la tornade
  • Money démarre au moment où le film passe en couleur
  • le vers de Us and them qui dit “which is which” correspond à la scène avec les 3 sorcières (“Witch” en anglais)
  • Le personnage de l’épouvantail ne cesse de répéter dans le dialogue original tout ce qu’il pourrait faire “s’il avait un cerveau” (“if only I had a brain”), et ceci pendant le morceau ….Brain damage.

Il y en a beaucoup d’autres, et les aficionados de la chose vantent les mérites de renouveler l’expérience, car à chaque visionnage on est censé voir et entendre de nouvelles coïncidences troublantes. Les tenants de cette théorie soutiennent que Roger Waters aurait fomenté le projet, sans même en parler aux 3 autres. Chose qu’il a maintes fois démenti, de même que les autres membres du groupe, comme par exemple Nick Mason dans cette interview :

Les fans avides de mythologies conspirationnistes ont fait des recherches approfondies sur la question en mettant en avant de subtiles théories, plus poussées les unes que les autres. L’une d’elle concerne les fameux souliers rouges de Dorothy, qu’on retrouve en filigrane sur la pochette du live PULSE, sorti en 1994, c’est-à-dire a priori bien avant que la légende se soit largement répandue.

Si si, regardez bien en haut dans l’œil, on voit une fillette avec des souliers rouges….oui bon il faut chercher quand même….

Quoi qu’il en soit, c’est un peu du même ordre que pour l’autre célèbre légende du rock “Paul is dead” : personnellement je n’y crois pas une seconde, mais c’est amusant de dénicher les coïncidences qui sont parfois troublantes. Et justement, ce qui donne à cette histoire un côté un peu magique et qui nous échappe, c’est précisément que ça n’a pas été fait exprès. Comme le dit Nick Mason, on peut sans doute prendre de nombreux films, et musiques, et y voir des synchronisations possibles. Des connections qui dépassent les œuvres et leurs auteurs.

Pour ma part, je ne trouve pas que le film et la musique fonctionnent bien ensemble sur la durée. Mais je dois reconnaître que la séquence de la tornade avec The great gig in the sky est de toute beauté :

“2001 : A Pink Floyd Odyssey”

S’il y a une synchronisation que je trouve bien plus marquante, c’est celle entre Echoes, tiré de l’album Meddle (1971), et la fin de 2001 : L’odyssée de l’espace (1968) de Stanley Kubrick.

Ce passage s’intitule “Jupiter and Beyond the infinite”.

La musique de Pink Floyd a souvent été qualifiée de “space rock” (“rock spatial”). Le cinquantenaire de la mission Apollo 11 tombe à pic pour apprécier à quel point la structure du morceau Echoes illustre à la perfection cette dernière séquence d’un des plus grands films de l’histoire du cinéma.

La mini-symphonie prog des Floyd est clairement divisée en plusieurs mouvements très identifiables : l’intro, la chanson, le rythme “funky”, le “bad trip”, la lente progression “solaire”, les arpèges stellaires, puis le retour de la chanson. Et je trouve plutôt époustouflant la façon dont ces “sections” épousent les images du film :

A la différence du Magicien d’Oz et de Dark side of the moon, on peut trouver des connections plus solides entre 2001 : L’odyssée de l’espace et Echoes.

Stanley Kubrick a demandé au groupe de composer la musique de son film. Il leur a également demandé la permission d’utiliser leur morceau Atom Heart Mother (1970) pour illustrer Orange Mécanique. A ces deux requêtes, le Floyd a opposé une fin de non recevoir. Roger Waters a affirmé plus tard avoir regretté de ne pas avoir composé la bande originale du chef-d’œuvre spatial de Kubrick.

Meddle sort en 1971, et se termine par ce très long morceau, d’une durée totale précisément de 23 minutes et 34 secondes, qui s’avère être la durée exacte de Jupiter and Beyond the infinite. Et comme on le voit dans la vidéo, les différents passages musicaux de Echoes correspondent plutôt bien aux sections de cette dernière séquence, qui est un mini-film en elle-même.

Alors ? légende ou réalité ? Le groupe a-t-il volontairement écrit et composé Echoes comme une bande son de Jupiter and Beyond the infinite ?

Encore une fois, les membres ont démenti, arguant que le morceau est né “à partir de rien”, et surtout de l’assemblage de parties disparates. C’était d’ailleurs le premier titre de ces “brouillons” : Nothing. Puis c’est devenu The sons of nothing, et enfin The return of the sons of nothing, un peu en forme de private joke.

Bref, difficile de dire où se trouve le vrai du faux, et on ne sera jamais vraiment sûr si quelqu’un comme Waters ne nous dit pas tout….

On dira que ça rajoute un peu au mystère, et à la mythologie du groupe en général, et de ce morceau en particulier. Il est amusant de noter que tout ceci a des liens plus ou moins éloignés avec la conquête de l’espace, et la course à la lune. Et finalement, si on est friand de théories légèrement fumeuses, on peut penser que tout se recoupe, quand on sait l’autre fameuse légende urbaine qui court à propos de Kubrick et Apollo 11……..

La mission Apollo 11, dont on va d’ailleurs célébrer le demi-siècle dans quelques heures…

C’était le 20 juillet 1969, 21h56 à Houston, mais on était déjà le lundi 21 juillet 1969, 3h56 en France.

© Jean-François Convert – Juillet 2019

Étiqueté , , , , ,

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

error

Suivez ce blog sur les réseaux