Led Zeppelin : “Physical Graffiti” sortait il y a 45 ans aujourd’hui

Le sixième opus de Led Zeppelin arrivait dans les bacs le 24 février 1975. Retour sur ce double album.

Un groupe au sommet

En 1975, le dirigeable de plomb n’a plus grand chose à prouver. Il a débuté en fanfare avec un premier album, suivi d’un deuxième, tous deux au succès retentissant. Il a poursuivi avec deux autres disques tout aussi essentiels dans n’importe quelle discothèque qui se respecte. Il a composé LA ballade hard-rock avec Stairway to heaven, devenue l’étalon auquel de nombreux groupes vont se mesurer.

Led Zeppelin en 1973

Le quatuor a non seulement posé les bases d’un genre musical, mais s’est aussi aventuré vers le folk et le progressif, notamment dans le cinquième album Houses of the holy. Et par dessus le marché, le groupe s’est offert le luxe de conquérir l’Amérique, et trône en tête des charts, et se voit considéré comme la plus grande formation rock du moment. La tournée de 1973 a battu tous les records, et les concerts sont restés parmi leurs plus mythiques. Autant dire que Led Zeppelin est à la fois au sommet, et en même temps un petit peu attendu au tournant…

Un nouveau label indépendant

Après les cinq années du contrat les liant à Atlantic Records (donc jusqu’en 1973), la bande à Page décide de créer son propre label Swan Songs en mai 1974 (mais finalement, les disques sortis sous le label Swan Song seront quand même distribués par Atlantic).

« Swan song » signifie en français « Chant du cygne ». Le logo de la compagnie était basé sur Evening ou The Fall of Day, une peinture de William Rimmer représentant le dieu grec Apollon (1869). Il est fréquemment confondu avec Icare ou Lucifer, les représentations classiques d’Apollon ne présentant pas d’ailes. (Wikipedia)

Et Physical Graffiti est justement leur premier album sorti sous ce label

Un double album, essentiellement constitué de chutes de studio

Plusieurs des pistes de ce double 33 tours sont en fait des morceaux non retenus sur les albums précédents.

Le titre instrumental Bron-Yr-Aur a été enregistré en juillet 1970 aux studios Island de Londres pour Led Zeppelin IIINight Flight et Boogie with Stu (Stu étant Ian Stewart, le pianiste des Stones), enregistrées à Headley Grange et Down by the Seaside enregistrée aux studios Island, étaient prévues pour Led Zeppelin IVThe Rover et Black Country Woman ont été enregistrées durant la même session que D’yer Mak’er à Stargroves à l’aide du Studio mobile des Rolling Stones en mai 1972. Houses of the Holy a aussi été enregistrée en mai 1972, mais aux studios Olympic. L’album Houses of the Holy tient son nom de cette chanson malgré la décision de ne pas l’inclure dans cet album. Les huit autres chansons ont toutes été enregistrées au cours des sessions pour Physical Graffiti au début de l’année 1974. Des arrangements supplémentaires ont été ajoutés et le mixage final a été fait en octobre 1974 par Keith Harwood. (Wikipedia)

Ce qui apparaît au final comme un double album monument, une somme du groupe à son plus haut niveau, s’avère en fait être plutôt un melting-pot d’outtakes, un patchwork de différentes périodes, ce qui peut expliquer son côté un peu hétérogène, et son manque de cohésion sur ses quatre faces (à l’époque). Les chefs d’œuvres (les trois premières faces) côtoient des titres un peu plus faibles (les trois derniers), et des couleurs musicales très diverses s’alternent, entre la sophistication d’un Kashmir ou d’un Ten years gone, la simplicité classic-rock de Houses of the holy ou Boogie with Stu, les riffs imparables de Custard pie, The Rover et The Wanton song, la touche folk de Bron-Yr-Aur, les incursions pop de Night Flight ou prog de In the light, ou encore le blues épique de In my time of dying. Led Zep nous offre un panorama des nombreux styles qui ont émaillé ses précédents albums, et prouve, si besoin en était, qu’il excelle dans quasiment tous.

Quelques perles de l’album

Physical Graffiti est foisonnant, copieux, parfois indigeste aux goûts de certains. Il regorge de chansons phares du groupe. Plutôt que de les lister une par une, attardons-nous sur quelques-unes des plus notables.

Un morceau culte : Kashmir

Quand on demande de citer un morceau emblématique de Led Zep, généralement trois reviennent toujours inlassablement : Whole lotta love, Stairway to heaven, et ce fameux Kashmir.

Robert Plant écrit les paroles lors d’un voyage au Maroc, en s’aventurant une route désertique et sinueuse au milieu de rochers :

« Toute l’inspiration vient du fait que la route passait, passait, passait. C’était une simple route qui traversait pratiquement le désert. Il y avait des rochers à deux miles à l’ouest et à l’est. C’était comme conduire dans un canal, cette route délabrée, et il semblait ne pas y avoir de fin. »

Robert Plant

Musicalement, c’est un véritable tour de force, surtout dans la cohésion du groupe. Le tempo, à la fois léger et pesant, soutient une tension indescriptible, et l’osmose entre le riff de Page et la rythmique imperturbable de Bohnam est à son summum. On touche au sublime avec ce leitmotiv qui l’air de rien se joue dans les non-dits. Au lieu d’en faire des tonnes, Bonham maintient la ligne directrice et ne s’en écarte que très rarement. Son jeu monolithique est en fait d’une grande finesse, et sous-tend subtilement ce qu’on voudrait entendre. un critique musical l’avait ainsi résumé :

Sur “Kashmir”, tout l’art de Bonham se trouve dans ce qu’il ne joue pas

Mais son jeu tout en retenue n’est pas l’unique raison de cette sensation particulière. Un des éléments essentiels du riff de Kashmir, comme dans beaucoup d’autres morceaux du groupe, est l’utilisation de la polyrythmie. Bonham joue sur 4 temps, tandis que le riff de Page aux accords inspirés du sitar, sont sur un cycle en 3 temps.

Une spécialité du duo Page/Bonham, comme nous l’explique cette vidéo :

Pour parfaire le tout, John Paul Jones apporte sa touche instantanément reconnaissable avec les arrangements de cordes, cuivres et mellotron. Jones et Plant estiment que Kashmir est le morceau qui représente le mieux Led Zeppelin.

Ten years gone : 14 pistes de guitare !

La sophistication du groupe est a son paroxysme sur ce titre qui aurait nécessité l’enregistrement de 14 pistes différentes de guitares. Les changements de rythmes, d’ambiances, de couleurs sonores, sont nombreux, et le morceau est un des plus élaborés de Led Zeppelin.

En concert, John Paul Jones utilisait une guitare/mandoline à 3 manches pour jouer une partie des ces arrangements complexes. L’instrument lui avait été fabriqué sur mesure par le luthier Andy Manson.

L’énergie brute de In my time of dying

A l’opposé, ce morceau joué en live en studio, et sans overdubs, restitue la spontanéité du quatuor. Un blues épique dans l’esprit de Dazed and confused ou How many more times, avec des ruptures de tempo et de signature rythmique. Page joue sur sa Danelectro DC en partie au bottleneck. A la fin on entend Bonham dire That’s gonna be the one, isn’t it? » (« Celle-là sera la bonne, non ? »).

En live, le groupe ne terminait jamais cette chanson de la même façon et laissait une grande part à l’improvisation.

L’outsider magnifique : Bron-Yr-Aur

Parmi les autres morceaux, on pourrait citer pêle-mêle : le riff entêtant au clavinet de Trampled under foot, les guitares rageuses de Custard pie et The rover, le mélodique et antimilitariste Night flight de John Paul Jones, ou encore la ballade country mélancolique Down by the seaside, mais je préfère terminer sur ce petit bijou acoustique qui me tient particulièrement à cœur pour raisons personnelles.

Issu des sessions de Led Zeppelin III (50 ans cette année), cet instrumental est parfaitement dans la couleur du 3ème opus du groupe : acoustique, bucolique, il sent bon la campagne, et tient son nom d’une maison située à Gwynedd au Pays de Galles (« Bron-Yr-Aur » signifie « poitrine d’or » en gallois) où les membres du groupe s’étaient retirés pour enregistrer l’album.

Avec une durée de 2:06 minutes, c’est le titre le plus court de Led Zeppelin, mais aussi un des plus beaux à mon goût. La guitare de Page semble flotter et gambader au soleil couchant. Et la note finale, jouée à l’archet, apporte cette touche inimitable d’un grand musicien, pas uniquement guitariste, mais arrangeur, compositeur, qui sait trouver LE son adéquat.

Bron-Yr-Aur sonne forcément un peu en marge du reste de l’album. Mais c’est justement ce statut d’outsider qui lui donne ce côté unique. Et il reste un de mes préférés.

Un double album à (ré)écouter pour y dénicher sa propre pépite, en fonction de ses goûts, de son humeur, de son vécu. Chacun peut y trouver son compte, tant ce disque fourmille de styles, de sensations, d’atmosphères différentes. 45 ans après, on peut encore y découvrir des trésors insoupçonnés.

© Jean-François Convert – Février 2020

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2 commentaires sur “Led Zeppelin : “Physical Graffiti” sortait il y a 45 ans aujourd’hui

  1. de tout ce qui est écrit je n’aurait pas mieux fait pourtant je ressent la même chose le même sentiment quel description magnifique …quand a « Bron-yr-aur  » c’est aussi mon morceau préféré …l’ensemble discographique est pourtant grandiose mais voilà les choses les meilleurs sont souvent les plus courtes …un grand merci a celui ou celle qui a couché sur le papier ce que j’aurais eu grand mal a décrire ….

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    1. avec plaisir

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