Le 2 février 1976 arrivait dans les bacs ‘A trick of the tail’, le premier album de Genesis avec Phil Collins au chant principal, suite au départ du groupe de Peter Gabriel.
En 1975, durant la tournée qui suit l’album The lamb lies down on Broadway, Peter Gabriel annonce qu’il souhaite quitter Genesis. Le groupe se retrouve alors sans chanteur et fait passer plusieurs auditions, sans succès. C’est finalement Phil Collins qui reprend le micro. On l’oublie parfois, mais en plus d’assurer les chœurs, le batteur avait déjà interprété seul deux chansons auparavant : For Absent Friends sur Nursery Cryme dès son arrivée dans le groupe en 1971, et More fool me sur Selling England By The Pound deux ans plus tard. Il n’était donc pas si surprenant qu’il prenne cette place. Et quand on connait la carrière solo à succès qu’il a connu par la suite, on a du mal à imaginer un Phil Collins timide et hésitant à chanter sous les feux de la rampe en ce milieu des seventies.
Cette décision s’avère concluante et le batteur succède dignement à son prédécesseur. Dans ce premier album avec cette nouvelle formule, on perçoit même encore des intonations rappelant Peter Gabriel, registre qui s’estompera par la suite, laissant place à la voix typique de Collins qu’on connait.
Musicalement, A trick of the tail est dans la parfaite lignée des albums précédents de Genesis.
Comme je l’expliquais dans cette chronique, le changement de style du groupe ne s’est pas opéré au départ de Pater Gabriel, mais plutôt à celui de Steve Hackett deux ans plus tard, ce qui classe à mon sens cet album ainsi que Wind & Wuthering encore dans la grande période prog de Genesis.
Une intro théâtrale avec Dance on a Volcano qui d’emblée instaure le gros son, des breaks de batterie impressionnants dans Squonk ou Robbery, Assault And Battery, les arpèges typiques de Rutherford à la Rickenbaker, couplés au son énorme des basspedals sur la plupart des morceaux, Steve Hackett encore bien présent à la composition notamment sur le planant Entangled, et toujours les mélodies imparables de Tony Banks qui signe l’onirique Mad Man Moon, et le morceau-titre paru en single avec certes en face B la ballade pop Ripples. Genesis commencerait à sortir des tubes ?
Pour clore l’album, le groupe s’offre un final dantesque en mêlant les thèmes instrumentaux de Dance on a Volcano avec le riff de Squonk, le tout dans une ambiance très rock latino. A cette époque, Santana est très populaire et son influence est flagrante sur Los Endos. J’entends même quelques similitudes avec la mélodie de Promise of a fisherman, figurant sur Borboletta, sorti en 1974, (une impression confirmée par les infos sur la page wikipedia anglophone consacrée à l’album). Si on écoute attentivement les paroles chantées par Collins durant le fondu de fin, il s’agit de quelques phrases issues de Supper’s Ready, en hommage et guise d’adieu à Gabriel.
Mais plus surprenant encore, il s’avère que Los Endos était en réalité la suite de la chanson It’s Yourself, coupée du mixage final pour cause de place limitée sur le vinyle, et sortie plus tard en face B :
Superbe final pour un album dense, puissant, extrêmement bien construit, et qui surtout ne déméritait pas avec la période dite « Gabriel ». Un album qui fête aujourd’hui son demi-siècle.
© Jean-François Convert – Février 2026




