Il y a 45 ans sortait l’album “Ferrat 75”

En décembre 1975 arrivait dans les bacs ce disque sans titre, et souvent intitulé “Ferrat 75” ou “La femme est l’avenir de l’homme”.

Un nouveau label

Je me souviens bien de ce 33 T, il figurait parmi la collection de disques à la maison, mon père étant grand admirateur de Jean Ferrat. C’est donc par cet album que j’ai découvert le chanteur ardéchois, bien avant les classiques La montagne ou Ma France.

J’ai appris bien plus tard qu’il s’agit de son premier album sorti sous le label Temey, qu’il avait créé avec Gérard Meys. Auparavant, Ferrat était chez Barclay, avec qui il avait signé en 1963 pour Nuit et brouillard, après deux premiers disques chez Decca en 61 (Deux enfants au soleil) et 62 (La Fête aux copains). Déjà réputé pour son intransigeance artistique et éthique, l’auteur de Potemkine prenait son indépendance vis-à-vis des grosses maisons de disques pour avoir la totale liberté de ses publications.

En Studio. De gauche à droite : Alain Goraguer, Jean Ferrat, Gérard Meys.
© http://www.jean-ferrat.com

Mais, comme expliqué dans cet article, les rapports entre Jean Ferrat et Eddie Barclay ont toujours été respectueux de l’artiste, qui n’a jamais eu à subir de pressions de la part de la maison Barclay.

Un auteur en avance sur son temps

C’est d’ailleurs pour cela que ce changement de contrat ne se ressent pas particulièrement dans sa musique. Les chansons de Ferrat restent des petits bijoux mélodiques et textuels. Qu’elles soient poétiques, sarcastiques ou virulentes, ses paroles témoignent toujours d’une profonde humanité et d’une recherche dans ce qu’il y a de bon en l’Homme. Et aussi en la Femme, devrait-on dire, à l’écoute du premier morceau.

Il y a 45 ans sortait l’album “Ferrat 75”.
Jean Ferrat La femme est l’avenir de l’homme vu par © Denys Legros

La pochette du disque ne comportant pas de titre, on l’intitule souvent du nom de cette première chanson emblématique : La femme est l’avenir de l’homme. Une ode à la féminité, à l’égalité des sexes (en 1975 !), portée par le célèbre vers d’Aragon, poète fétiche de Ferrat.

Le vers « l’avenir de l’homme est la femme » est utilisé à deux reprises dans le poème “Le Fou d’Elsa” d’Aragon

La loi Veil venait d’être votée en janvier de la même année, mais il est sûr que les mentalités dans la société française étaient encore loin de considérer comme acquises ces valeurs chantées par Ferrat. Aujourd’hui encore, le combat des femmes est toujours d’actualité, et les prises de position de l’auteur il y a 45 ans peuvent apparaître en 2020 comme novatrices pour l’époque (même s’il y avait déjà eu des figures féminines importantes comme Rosa Parks, Louise Michel, Colette, George Sand…).

Des paroles sans concessions

Et Ferrat ne mâche pas ses mots à l’égard de la société qui l’entoure : il alerte sur Le bruit des bottes qui peut poindre à tout moment (un texte qui pourrait bien faire écho à la situation actuelle…), il se moque de la société de consommation et ses travers jusque dans les ventes d’armes dans Berceuse pour un petit loupiot, il ironise sur les jeunes militants de droite avec Un jeune, il attire l’attention sur les conditions des animaux enfermés aux zoos dans Le singe, il se gausse des stars télévisuelles indétrônables dans Le fantôme, et il fustige Jean d’Ormesson et son discours anti-communiste dans Un air de liberté.

Des prises de position fermes et décidées, qui lui ont parfois valu quelque animosité de la part de certains, même si D’Ormesson a plutôt pratiqué le dialogue que l’attaque frontale, comme il l’explique dans cette émission.

En tout cas, le chanteur ne s’interdisait pas de chanter à la télévision ses textes sarcastiques. Ici on le voit interpréter (en play-back) Un jeune, en 1977, alors encore en pleine présidence Giscardienne ! Imaginerait-on aujourd’hui un artiste passer à une émission de grande écoute, se moquant des jeunes LREM ?

Un mélodiste hors-pair

Mais Jean Ferrat ne s’est jamais cantonné au rôle du contestataire ou critique acerbe. C’était également un poète et un musicien, un amoureux des mots et des notes. En témoignent ces deux magnifiques mises en musique de poèmes : Dans le silence de la ville de Louis Aragon, et Mon chant est un ruisseau, avec des paroles de Henri Gougaud d’après un poème de Vitezslav Nezval.

La chanson Je meurs, outre sa nostalgie mélancolique, est elle aussi portée par une très belle mélodie. Et les orchestrations de tout l’album sont toujours très belles, jamais trop proéminentes, juste ce qu’il faut pour soutenir les paroles, et la voix de velours du chanteur.

Ferrat alterne ainsi des textes plus personnels et intimes, avec des pamphlets contre ce que notre monde le hérissait au plus haut point. A travers des musiques très travaillées, il savait faire passer des messages forts et qui gardent toute leur pertinence encore aujourd’hui, 45 ans après la sortie de ce disque.

© Jean-François Convert – Décembre 2020

© Denys Legros
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1 commentaire sur “Il y a 45 ans sortait l’album “Ferrat 75”

  1. « Les guerres du mensonge les guerres coloniales – C’est vous et vos pareils qui en êtes tuteurs – Quand vous les approuviez à longueur de journal – Votre plume signait trente années de malheur ».

    CQFD…

    Ce très beau disque 33 tours fera la joie du grand public fin 1975 et courant 1976 et s’écoulera à 842 200 exemplaires . Un album fort bien arrangé grâce à ses fidèles complices Alain Goraguer et Gérard Meys. Le résultat est un bijou à posséder dans sa discothèque, un opus qui respire cette époque de transition ou tout pouvait encore devenir possible .Et Jean Ferrat par la suite , ne cessera pas de faire rimer qualité avec lucidité .

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