‘Eye in the sky’ du Alan Parsons Project a 40 ans

En mai 1982 arrivait dans les bacs ce sixième album studio du groupe The Alan Parsons Project. Son plus gros succès.

Cliquez sur la pochette pour lancer la playlist de l’album

Un ingé son devenu faiseur de tubes

Le « projet d’Alan Parsons » ne devait à l’origine pas durer autant d’années. C’était une formule destinée à la production de disques conceptuels tels le premier, Tales of mystery and imagination, inspiré des histoires d’Allan Poe. Un mélange de rock, de pop, de musique classique, avec des influences plutôt prog, dans la lignée de Pink Floyd. Rien d’étonnant, puisque Parsons, ingénieur du sons aux studios Abbey Road ayant débuté sur Let it be des Beatles, a connu la consécration avec les Floyd d’abord sur Atom Heart Mother, mais surtout sur The dark side of the moon.

Les premiers albums jusqu’à Pyramid baignent encore dans cet esprit concept cher au rock progressif. À partir de Eve (1979), puis essentiellement Turn of a friendly card (le tournant des années 80), le « groupe » (constitué de multiples musiciens gravitant autour du duo Alan Parsons – Eric Woolfson) opte pour des chansons plus formatées pour la radio. Une sorte de « prog-rock-FM-grand-public » avec une formule constante sur chaque album : des titres qui oscillent entre rock et funk-disco, des ballades parfois légèrement sirupeuses mais aux mélodies qu’on ne peut oublier, les orchestrations d’Andrew Powell pour le côté emphatique, toujours au moins un instrumental qui ne cessera de trotter dans la tête, et au moins un morceau avec la voix d’Eric Woolfson, au départ uniquement parolier, mais qui a pris le micro à partir de Time sur Turn of a friendly card (une réédition de Eve en 2008 a laissé apparaitre un titre inédit des sessions, prouvant que Woolfson avait dès cet album tenté de prendre la place de chanteur).

Eye in the sky, qui sort en mai 82, reprend cette recette inusable et va faire un carton.

Une intro légendaire

Chaque disque du Alan Parsons Project démarre toujours par un instrumental qui prend le temps de mettre les choses en place. On s’installe, on laisse mijoter, on s’imprègne d’une atmosphère, et le rideau s’ouvre sur l’album. Avec Sirius, on entre assez rapidement dans le vif du sujet avec des arpèges devenus légendaires. Surtout depuis que les Bulls de Chicago en ont fait leur hymne pendant les années de championnat des années 1990. Le morceau servait ainsi à annoncer la composition de l’équipe, dont un certain Michael Jordan.

Le club s’est tellement approprié Sirius dans l’inconscient collectif, que même la chaine YouTube officielle d’Alan Parsons a cru bon de sous-titrer le nom du morceau par « Chicago Bulls Theme Song » !

© Denys Legros

Instrumental qui s’enchaine sans temps mort sur le morceau-titre de l’album, sans doute la chanson la plus célèbre du Alan Parsons Project. La plupart du temps, Sirius est presque toujours suivi de Eye in the sky sur les ondes, mais ce n’est pas toujours le cas dans les concerts : lors du World Liberty Concert de 1995, Sirius a été joué comme introduction à Breakaway (de l’album solo d’Alan Parsons Try Anything Once), avec Candy Dulfer au saxophone.

Le clip officiel de Eye in the sky est illustré par des images du film 1984 :

Album à tubes mais concept-album quand même

Quel rapport entre le roman de George Orwell et l’album d’Alan Parsons ? « L’oeil dans le ciel » n’est sans doute pas très lointain de Big Brother. « Je peux lire ton esprit » disent les paroles de la chanson, et l’artiste lui-même a confirmé ce lien, et ce concept global de l’album dans des interviews (à 2:20 dans la vidéo ci-dessous) :

On peut également trouver une inspiration du côté de la mythologie égyptienne (une suite de l’album Pyramid ?). La pochette du disque, conçue par Hipgnosis (responsable entre autres de toutes le pochettes des Floyd) représente une version stylisée de l’Œil d’Horus, qui était dorée pour les premiers pressages de l’album. ► Retrouver les différentes significations de cette icône de l’Egypte Antique sur Wkipedia

Des mélodies inusables

Mais la force de ce disque réside avant tout dans ses mélodies qui ne sortent plus de la tête dès la première écoute. De l’obsédant Psychobabble aux lyriques Silence and I et Old and Wise, en passant par les dansants Step by Step et Children of the Moon ou encore le très rock’n’roll You’re Gonna Get Your Fingers Burned, sans oublier le planant Gemini. On considère généralement qu’Eric Woolfson était le parolier tandis qu’Alan Parsons composait les musiques. Mais ce dernier reconnait que la célèbre ligne d’intro du morceau-titre Eye in the sky est l’œuvre de Woolfson (à 5:55 dans la vidéo ci-dessous, où Parsons revient également sur l’enregistrement du fameux Rooftop Concert des Beatles)

Un morceau (presque) sans musicien

Enfin, comment parler de cet album sans évoquer l’iconique Mammagamma  ? Un leitmotiv intriguant avec des réminiscences de Another brick in the wall et des sonorités dont on a du mal à discerner l’origine : guitare ? claviers ? Et pour cause, l’enregistrement de ce morceau est l’un des premiers titres à utiliser un Fairlight et une boîte à rythmes LinnDrum, deux technologies nouvelles pour l’époque.

« Ce qui est intéressant à propos de ce titre, c’est qu’il est presque entièrement interprété par un ordinateur. Cela ne veut pas dire pour autant que le talent du compositeur est éclipsé, parce que cela a demandé beaucoup d’efforts pour programmer l’ordinateur afin qu’il puisse le jouer. Mais à peu près toutes les notes que vous entendez sont entièrement interprétées par une machine et non par un musicien. »

Alan Parsons

Pour nuancer le propos de Parsons, il est quand même à noter que les crédits de pochette indiquent :

  • Alan Parsons : Fairlight CMI, LinnDrum
  • Ian Bairnson : guitares
  • Stuart Elliott : batterie
  • David Paton : basse
  • Andrew Powell : arrangement et direction de l’orchestre

La partie orchestrale arrangée par Andrew Powell a été enregistrée en overdub.

Enfin, tout comme Sirius, Mammagamma a été utilisé comme fond sonore dans de nombreux documentaires, notamment spatiaux. La composition a aussi été utilisée dans l’émission de télévision soviétique Club des voyageurs (en russe Клуб путешественников).

Mammagamma comme bande son de l’ex-URSS… Anecdote assez cocasse pour un morceau figurant sur un album dont le thème général est la surveillance de l’individu ! Un album sorti il y a 40 ans ce mois-ci.

© Jean-François Convert – Mai 2022

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